Revenus agricoles Des écarts de 1 à 5 entre céréaliers et éleveurs

| par | Terre-net Média

Le revenu des agriculteurs par actif non salarié s’établit en moyenne à 36.500 euros mais le revenu des céréaliers, producteurs de pommes de terres ou de betteraves atteint 79.800 € contre 15.000 € pour les éleveurs d’ovins et de bovins viande (1). C'est ce que révèlent les prévisions publiées ce mercredi 12 décembre par Agreste, le service statistique du ministère de l'agriculture.

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La moisson 2012 augmente le revenu des céréaliers
Les céréaliers voient leurs revenus augmenter, à l'inverse, ceux des éleveurs baissent. (© Terre-net Média)
Cette année, ce n’est pas la hausse de 5,5 % du revenu agricole par actif non salarié qui impressionne (4 % en europées réels) mais sa répartition entre les agriculteurs et la disparité qui en découlent.

Pour l’ensemble des productions végétales (74.400 €/actif), l’augmentation du revenu est de 42 % en euros courants entre 2011 et 2012 contre un recul de 22 % en production ovine et près de 8 % pour les éleveurs de bovins viande.

Par actif non salarié, le revenu des agriculteurs s’établit en moyenne à 36.500 €, soit en termes réels, une progression de 25 % environ par rapport à celui de 2000 !

Mais le revenu des céréaliers, des producteurs de pommes de terres ou de betteraves atteint 79.800 €, selon les prévisions établies par le service de la statistique et de la prospective du ministère de l’Agriculture, contre 15.000 € par éleveur d’ovins ou de bovins viande (1). L’impact des prix de l’alimentation animale est si fort qu’il empêche les polyculteurs-éleveurs de bénéficier de la flambée des prix des céréales puisqu’une partie des grains produits est autoconsommée et donc non valorisée aux prix forts sur les marchés. Leur revenu a donc diminué de 9 % sur un an.

Des facteurs favorables aux céréaliers

Conséquence les polyculteurs-éleveurs disposent, cette année, de revenus parmi les plus faibles ce qui les conduit à se situer en queue de peloton. Or d’un point de vue agronomique et écologique, leurs systèmes sont les plus performants ! Les céréaliers profitent cette année d’un ensemble de facteurs qui leur ont été favorables.

Ce n’est pas le rendement des différentes cultures, altéré dans certaines régions, qui a conditionné le revenu mais le prix soutenu des grains durant toute la campagne alors que les charges ont modérément augmenté. « Les dépenses en produits pétroliers augmentent. Mais les achats d'engrais reculent légèrement, la baisse des volumes compensant la hausse des prix », souligne le ministère de l’Agriculture.

Les producteurs exclusifs de céréales à paille, pourtant les plus touchés par les gels de l’hiver dernier, ont dégagé en moyenne 74,4 mille euros par actif non salarié.

Graphique sur le résultat courant avant impôts moyen par actif non salarié en valeur 2012
Résultat courant, avant impôts, par actif non salarié en valeur 2012. (© Ssp-Rica)

L’écart de revenu est aujourd’hui supérieur de un à cinq entre les filières et il est encore plus prononcé, ramené à l’heure de travail passée. Il est, en effet, de un à 10 voire quinze entre les producteurs de grains et les éleveurs de bovins et d’ovins. Mais la disparité des revenus est aussi très importante parmi les céréaliers. Selon le ministère de l’Agriculture, 25 % des céréaliers ont un revenu inférieur à 25.000 €, soit un tiers du revenu moyen.

Durant la période 2009/2012, la variation du revenu des céréaliers est de 463 %. Contrairement aux craintes manifestées en 2009, le bilan de santé de la Pac et le redéploiement partiel des aides Pac en faveur des éleveurs n’ont pas d’impact depuis que les prix des céréales ont flambé. Le redéploiement partel des soutiens publics n’a pas empêché les revenus de baisser, puisque les éleveurs n’ont pas été en mesure de répercuter la hausse des charges alimentaires de leurs animaux tandis que la production baissait de plus de 5 %. Le bilan de santé de la Pac n’a été bénéfique que durant l’année de crise 2009-2010 puisqu’il s’est traduit par une meilleure répartition des aides alors que les prix des produits agricoles, toutes activités confondues, étaient au plus bas.

Des chiffres qui vont alimenter les débats

A un mois des élections des représentants des Chambres d’agriculture, les revenus prévisionnels annoncés par le ministère de l’Agriculture vont alimenter les dernières semaines de la campagne professionnelle. Les chiffres publiés divisent plus que jamais la profession agricole en remettant en question de nombreux choix politiques opérés depuis des années (fin des outils de régulation, répartition des aides Pac, etc).

Après 2010 et 2011, les nouvelles prévisions du revenu agricole 2012 alimenteront aussi les débats de la prochaine réforme de la Pac et de la nécessité de maintenir des aides fixes quelle que soit la conjoncture. Mardi 11 décembre, Philippe Mangin, président de Coop de France, qui avait déjà une idée de ce que serait l’évolution des revenus agricoles pour 2012, déclarait : « L’intelligence commande une Pac flexible avec des aides contracycliques. Il faut arrêter de s’attacher à un découplage et coller à l’Omc dont il ne reste plus rien de l’accord ». Il présentait le premier congrès de l’Accoa.

Des syndicats vont plaider pour un redéploiement massif des aides avec la prise en compte du nombre d’actifs dans les exploitations et avec l’instauration d’un plafonnement. Les réactions syndicales seront publiées dans les heures et les jours qui viennent.

Lire dès à présent la réaction de Philippe Collin, porte-parole de la Confédération paysanne (vidéo).

En attendant, les céréaliers ne pourront plus compter sur les Dpi pour investir et réduire leurs taux de prélèvements car un amendement voté dans la loi de finances rectificatives de 2012 vient d’interdire l’utilisation à cette fin. « La Coordination Rurale et l’Organisation des Producteurs de Grains s’insurgent contre cette modification des règles et demandent au ministre de l’Agriculture, M. Le Foll d’intervenir pour que les règles fiscales ne soient pas modifiées, en dernier ressort, au gré de la volonté du législateur ». En revanche, les Déductions pour aléas (Dpa) rencontreront un vif succès.

 

Suivez ce lien si vous souhaitez connaître le revenu des éleveurs.

 

N.B : (1) Il s’agit du résultat courant avant impôts (Rcai) par actif non salarié dans des exploitations professionnelles exprimés en euros courants. Les résultats des petites exploitations ne sont pas pris en compte dans ces statistiques. Le Rcai sert à la rémunération des exploitants, à payer leurs prélèvements obligatoires et autofinancer une partie de leurs futurs investissements.

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DÉJÀ 26 RÉACTIONS


alain
Il y a 656 jours
il y en a marre de mettre toujours le monde agricole en porte a faux vis a vis de l opinion publique avez vous mis les vignerons parmis vos chiffres et peut etre pourrions nous parler de nos chers deputes et de leurs indemnites ou il y a tout et n importe quoi
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agricucereal
Il y a 673 jours
tout a fait luc
quasiment impossible de comparer des systemes completement different
c'est l' avantage et l'inconvenient de la diversité
gagner sa vie grace a son entreprise c'est génial ,pourquoi critiquer celui qui prend tous les risques pour reussir et en plus s'il gagne plus que la moyenne ,ou est le mal ?
se remettre en question en fonction des marchés, en fonction de sa vie privée , de son outil de travail
aujourd'hui on parle beaucoup de conservation des sols ... c'est une piste a travailler car dans l' avenir , les contraintes environnementales seront plus contraingnantes donc en avant vers le semis direct 100 pour cent
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luc
Il y a 674 jours
Je ne suis pas d'accord avec le graphisme sur le revenu avant impôts. Le calcul doit être fait à l'hectare, on ne peut pas comparer un maraicher qui a une M.O énorme et un producteur de maïs dans les landes avec des centaines d' hectares!
Un hectare de vigne en champagne n'est pas le même hectare de vigne dans le Languedoc.
A+ luc
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Chris
Il y a 676 jours
pour compléter: quand je dis ça je me compte dans ceux qui rêvent
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Chris
Il y a 676 jours
On rêve les gars, je n'entends pas un dirigeant politique ou syndical pour bouger la politique agricole dans ce sens. C'est plutôt chacun qui prêche pour sa paroisse. Ou alors c'est juste vendre de l'espoir.... pour ne rien changer derrière. Il n'y a qu'à écouter les candidats pour les chambres d'agriculture.
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equilibrous
Il y a 676 jours
tout a fait , le principe de repartir les aides en fonction des cours de chaque production serait plus equitable pr tous et permettrais d'avoir des agriculteurs peut-etre plus solidaire meme si la tandence est plutot les riches d'un coté et les pauvres de l'autre , l'espoir fait vivre et calme les plus mal en point... Mais il est clair que la politique agricole aujourd'hui est obsoléte , il y a beaucoup de travail...
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philou
Il y a 676 jours
il faut aussi penser qu'en général les structures des fermes céréalières sont plus impotantes donc comme c'est des aides a la surface elles sont plus importantes et en plus elles tiennent compte des rendements historiques plus les rdt sont élevés plus les aides compensatoires le sont il faut donc je pense supprimer les références historiques et introduire de la dégressivité sans faire d'usine a gaz il y a du travail !!!!
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Chris
Il y a 677 jours
D'accord avec Philou. L'inégalité est injuste, c'est vrai. Mais ce n'est pas en nous opposant les uns aux autres que ça arrangera les choses. Il faudrait surtout que les prix des produits soient corrects, que les aides soient mieux réparties (et adaptées chaque année selon le marché). Et... si on rêve un peu, il faudrait un peu + de solidarité entre agriculteurs. Quand est-ce que nos représentants et nos dirigeants s'occupent de ça???
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philou
Il y a 677 jours
ce n'est pas parce que le revenu des céréaliers est très bon qu'il faut leur taper dessus je rappelle que du blé a 230 euros/T est le prix du début des années 80 le problème des éleveurs est qu'ils ne peuvent pas vendre leurs produits à leurs juste prix et ce n'est pas la faute des céréaliers cordialement.
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pipaulit
Il y a 677 jours
bouhhh on s en fout
tant de disparite en agriculture

dans d autres metiers il y a des differences.

ce qui est bete c'est que tout le monde n a pas la surface pour faire des cereales


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