Manipulation de produits phytosanitaires La première précaution, c’est de raisonner l'intervention

| par | Terre-net Média

Tous deux utilisateurs de produits phytosanitaires, James Barré et David Lemaire ont conscience des précautions à prendre lors de leur manipulation pour protéger leur santé et plus globalement celle de leur environnement. Une fois la réflexion entamée, les actions se mettent en place progressivement et la limite s’éloigne à mesure que s’étend le domaine des progrès possibles. À la base du raisonnement, une notion commune aux deux hommes : « la protection commence par le raisonnement du traitement ».

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Alors que, à l’évidence, indissociable de la protection de l’environnement quand on parle de traitements phytosanitaires, la protection de l’utilisateur a longtemps été écartée des débats. À force de prises de conscience, d’actions de prévention, de messages de sensibilisation, l’agriculteur utilisateur, premier exposé aux risques liés à l’emploi de produits phytosanitaires, revient au cœur des préoccupations. James Barré a pris conscience de l’importance de réfléchir la protection dans son ensemble. « La protection de l’environnement et celle de l’utilisateur sont deux éléments indissociables. Partant de ce constat, la protection commence à l’instant où je décide de déclencher, ou non, le traitement. J’ai pris du temps pour réfléchir à mes méthodes de travail et ma conclusion était qu’il existait d’autres solutions que le traitement systématique. » Dans ce sens, James Barré adhère à un groupe animé par la chambre d’agriculture qui expérimente des pratiques mécaniques pour compenser les pertes de solutions phytosanitaires. « Nous sommes presque arrivés à ne pas désherber chimiquement le colza et nous testons la herse étrille en pois. »

« La lutte raisonnée à la base de la protection personnelle »

James Barré, agriculteur à Saint Germain la Ville dans la Marne, associé avec sa femme, possède une exploitation de 200 ha, cultivés pour la moitié en céréales, et pour l’autre moitié en pommes de terre, betteraves et luzerne. Il a converti 10 % de sa Sau au bio. David Lemaire travaille pour les champagnes Jean Vesselle à Bouzy dans la Marne, sur une exploitation familiale de 11 ha. Récoltants manipulants, ils emploient sept personnes. La production annuelle atteint 80 à 90 000 bouteilles.

Comme un écho, David Lemaire place, « à la base de la protection personnelle, la lutte raisonnée, appliquer le bon produit, au bon moment, sur le bon parasite après observation et comptage des ravageurs ». Il a d'ailleurs changé de matériel de pulvérisation, passant d'un système classique à un système en projeté, « pour plus de confort mais aussi pour une meilleure application des produits. » Il favorise au maximum les systèmes de défenses naturelles des plantes, utilise des produits de lutte biologiques, respecte les auxiliaires de la vigne. Les mesures prophylactiques entrent aussi en jeu pour jouer sur le développement de la maladie : travailler la végétation pour bien l’aérer, éviter l’humidité et le tassement, positionner des écarteurs de fil. De plus, David Lemaire raisonne ses traitements en fonction de la surface réelle de cultures et non de la surface cadastrale avec en moyenne « une fois enlevés les fourrières, accidents de terrain, chemins, etc., une différence de 9 % entre les deux, de 5 à 18 % selon les parcelles. » Ensuite, le choix du produit se fait en fonction de son action, du risque vis-à-vis des auxiliaires. « Je ne fais pas attention à la dangerosité pour l’utilisateur car je me protège au maximum et je respecte le délai de rentrée dans les parcelles. »

Les équipements sécurisants existent mais restent souvent en option sur les machines

Chez James Barré, loin d’être systématique, le traitement se décide à partir de l’observation des cultures, puis de l’avis du technicien et, enfin, des avertissements agricoles transmis par la coopérative et le Geda. « La sensibilité est évidemment un critère de choix de la variété. Et en saison, le programme de traitement s’adapte à chacune même si la mise en œuvre est alors plus difficile. » James Barré réalise quasiment toutes ses interventions le matin à 5h30, pour profiter de l’absence de vent, « donc de dérive, donc de pollution », et d’une bonne hygrométrie. Il remercie d’ailleurs le progrès technique en renfort de la sécurité de l’utilisateur et de l’efficacité du travail, comme l’installation d’éclairages sur les rampes de pulvérisation. « Je vois presque mieux la nuit que le jour grâce au système d’éclairage. »

« La qualité du matériel fait qu’il devient rare que je descende pour déboucher le tonneau. » Christelle Halipré, conseillère prévention de la Msa, alerte pourtant sur le fait qu’ « encore beaucoup d’agriculteurs descendent du tracteur en cours de traitement pour dévisser la buse à mains nues et souffler dedans ». Le rinçage de la cuve du pulvérisateur se commande depuis la cabine « pour ne pas avoir à me rééquiper et descendre du tracteur ». David Lemaire doit, lui, descendre de son tracteur pour aller manipuler les vannes. « J’ai demandé à ce que toutes les commandes puissent être passées depuis la cabine. Je dois batailler pour avoir des équipements dont la présence est évidente sur le matériel de grandes cultures. J’ai fait installer un système de coupure de voisinage et une coupure de tronçon. »

Préparer l'intervention la veille

« Je prépare toutes mes interventions la veille en concertation avec mon technicien. Les bidons prêts la veille permettent de partir plus tôt, d’intervenir plus vite. » James Barré ne conserve que très peu de stocks et préfère acheter selon ses besoins sauf pour la pomme de terre et le désherbage de la betterave. « Ma coopérative, Champagne Céréales, a d’ailleurs opté pour une politique d’approvisionnement à l’utilisation plutôt que d’achats de morte saison. » David Lemaire, de son côté, choisit d'être livré en morte saison. En cas de besoin en cours de campagne, il fait également appel à un livreur pour ne pas avoir à transporter lui-même les bidons.

Les Epi en bout de liste

Quant aux équipements de protection individuels (Epi) qui arrivent finalement en dernier dans la liste des mesures de précautions de nos deux agriculteurs, pour éviter le contact avec les produits donc utilisés surtout lors de la phase de préparation de la bouillie, « il faut savoir les choisir et surtout les renouveler régulièrement ». James Barré évoque le fait que les lunettes de vue peuvent poser problème pour la tenue des masques de protection. « Des masques existent avec un dégagement spécifique mais ma coopérative ne propose que du matériel standard. » En effet, pour un produit plus spécifique, il faut s’adresser à un équipementier spécialisé, dont la Msa peut fournir la liste pour votre région. Souvent le choix se fait après avoir testé plusieurs modèles. Pour certains produits utilisés à très petite dose, James Barré se permet de ne pas mettre de combinaison, sauf s’il a les bras ou les jambes nus. « Par contre, je mets systématiquement mon masque et mes gants. »

Laisser les Epi contaminés à l’extérieur de la cabine

Les insecticides ne sont pas plus nocifs
Christelle Halipré, conseillère en prévention de la Msa : « Une idée reçue court sur les insecticides. Ils donnent mal à la tête, aux yeux, le soir même de l’application et sont donc considérés comme les plus dangereux. Et certains ne se protègent que pour l’application d’insecticides. Mais ce n’est pas parce que les maux ne surviennent pas immédiatement que les autres produits sont moins dangereux ».
Enfiler les gants en premier pour éviter le contact avec les Epi souillés, puis la combinaison, les bottes, mettre la capuche, puis le masque respiratoire et enfin les lunettes. La combinaison doit se placer par-dessus les bottes et les gants pour éviter le ruissellement à l’intérieur de ceux-ci. Opérer dans le sens inverse pour les retirer. Laver les mains gantées avant de les retirer puis laver les mains nues. Pendant le traitement, la cabine du tracteur, étanche, assure la protection (pas besoin d'Epi), ainsi que la présence d’un filtre à charbon normé – il doit filtrer 99,9 % des particules - à changer une fois par an. Le retirer avant l’hivernage pour éviter le relargage des produits avec l’humidité. L’idéal est de l’enlever en novembre et d’en poser un nouveau en mars. Sans filtre à charbon dans la cabine, il faut porter un masque respiratoire à l’intérieur. James Barré conserve son équipement à portée de main dans une boîte disposée sur le tracteur mais à l’extérieur de la cabine.

Penser que l'extérieur du matériel est contaminé

David Lemaire utilise une cote simple en coton, mais qu’il change et lave après chaque utilisation. « J’utilise des gants spécifiques pour la préparation, un peu grands pour pouvoir les laisser glisser pour les enlever sans toucher l’extérieur. » Le souci du détail devient un automatisme. « Je mets mes gants dès que j’ai à entrer en contact avec l’extérieur du tracteur. Une fois à l’intérieur, je les laisse glisser pour les enlever et les place dans un compartiment réservé dans la cabine pour les avoir à proximité si besoin de manipuler le matériel de pulvérisation. J’ai des gants jetables dans la cabine pour la manipulation précise de petits objets. J’ai aussi une cote au cas où. » La volonté de protection du viticulteur a également entraîné l’achat d’un nouvel automoteur : « un grand changement par rapport à l’ancien dépourvu de climatisation, ou de ventilation, dans lequel je devais rester entièrement équipé. »

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