Agriculture biologique Malgré l’épuisement des aides, l’explosion des conversions se poursuit en 2017

Terre-net Média

Selon la Fnab, la dynamique de conversions et installations en agriculture biologique enregistrée en 2016 se poursuit au premier trimestre 2017. Mais les porteurs de projets biologiques hésitent face à l’épuisement des budgets régionaux pour la conversion et le maintien. La Fnab attend des inflexions de la part du Gouvernement d’Emmanuel Macron pour mieux les accompagner financièrement.

La Fnab réclame un renforcement des soutiens des structures d'accompagnement spécialisés en production biologique par l'Etat. La Fnab réclame un renforcement des soutiens des structures d'accompagnement spécialisées en production biologique par l'Etat. (©Terre-net Média)

En 2016, l’Agence bio a enregistré en moyenne 20 conversions à l’agriculture biologique chaque jour. Le nombre de producteurs ayant converti leur exploitation a grimpé de 12 %. Les surfaces, quant à elles, ont fait un bond de 16 % en un an. Selon la Fnab, cette année historiquement dynamique de développement de la production bio s’est poursuivie au 1er trimestre 2017.

Sur neuf régions, le réseau Fnab a recensé des projets et des intentions de conversion ou d’installation représentant 72 000 ha. Sans compter les projets dans les autres régions, cela représente environ 5 % de hausse des surfaces en cours ou en projet depuis le 1er janvier 2017.

« Les  agriculteurs conventionnels veulent sortir de la crise », argumente Stéphanie Pageot, présidente de la Fnab pour justifier de l’engouement vers la production biologique. Outre des prix en conventionnel « toujours dans la déflation ou la volatilité », la production bio est également boostée par les demandes de l’aval des filières.

Selon une enquête de la Frab de Bretagne, les principales motivations énoncées par les nouveaux convertis étaient environnementales ou de santé – 36 % déclaraient vouloir arrêter les traitements chimiques – et économiques – 30 % y voient un avantage économique et 25 % soulignent la quête d’une plus grande autonomie.

Mais face à cet engouement des agriculteurs pour la production biologique, une question taraude la Fnab : « les politiques agricoles répondent-elles aux besoins de la production biologique ? ». « A l’évidence, non ! » répond la fédération. Le niveau de soutien des régions est d’ailleurs la principale inquiétude des porteurs de projet. « La plupart des intentions exprimées au premier trimestre 2017 sont conditionnées par le niveau des aides que les régions pourront satisfaire », précise Julien Adda, délégué général de la Fnab. Sans garantie sur le niveau des soutiens, bon nombre de producteurs reportent leur projet. »

Des fonds Feader épuisés depuis fin 2015

La situation est critique dans la plupart des régions : avec l’essor des conversions depuis deux ans, les budgets Feader, issus du 2e pilier de la Pac et gérés par les régions, sont épuisés. En région Centre-Val de Loire par exemple, « le budget pour l’agriculture biologique prévu pour les six années de la programmation budgétaire a été épuisé dès 2015. Pour 2016, les régions ne financeront les soutiens à la conversion et au maintien qu’avec des crédits nationaux et de l’agence de l’eau. Les plafonds d’aides ont été abaissés pour 2016, et il n’y aura pas d’aide au maintien pour l’an dernier », explique Jean-François Vincent, de l’interprofession biologique de la région Centre-Val de Loire. Autre exemple : la région Nouvelle Aquitaine a débloqué en urgence, début mai 2017, un budget supplémentaire de 9 M€ sur ses fonds propres.

Outre l’insuffisance des enveloppes budgétaires pour accompagner la dynamique en cours la Fnab dénonce le manque de transparence des régions. « Les régions ne disent pas qu’il n'y a plus d'aides pour le maintien. Mais elles fixent des critères de priorisation de sorte que les aides au maintien ne sont pas accessibles », résume Clara Gasser, chargée de mission réglementation et politiques agricoles de la Fnab.

Dans ce contexte, les producteurs biologiques attendent beaucoup des prochaines orientations du premier Gouvernement d’Emmanuel Macron. Mais ses promesses en matière agricole les inquiètent déjà. « Poussé notamment par la FNSEA, il entend mettre la priorité sur la modernisation des exploitations, et notamment des bâtiments d’élevage. Or les budgets du deuxième pilier ne sont pas extensibles. Et cela viendra forcément en concurrence avec le soutien à l’agriculture biologique », estime Stéphanie Pageot.

La Fnab réclame ainsi un doublement du transfert de fonds du 1er pilier vers le 2e pilier de la Pac dans le cadre de la révision à mi-mandat prévue en 2017, ainsi qu’un soutien renforcé des structures d’accompagnement spécialisées en bio.


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