Foncier agricole Face à la pression urbaine en Paca, l'agriculture tente de garder ses terres

| AFP

Chaque année,des milliers d'hectares consacrés à l'agriculture disparaissent en Provence-Alpes-Côte d'Azur (Paca), région la plus touchée en France par ce phénomène, même s'il semble que la donne commence à changer avec l'engouement pour l'agriculture de proximité.

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La France perd 60.000 ha par an de terres cultivables
sous la pression de l'urbanisation. (© Terre-net Média)
« Tous les dix ans, la France perd l'équivalent d'un département en terres cultivables, soit 60.000 hectares par an, sous la pression de l'urbanisation (habitat, zones d'activités, routes), explique Roger Jumel, chef du bureau du foncier et de la biodiversité au ministère de l'Agriculture. Et le rythme s'accélère. Les données pour 2009 font état de 93.000 hectares disparus. Si cette nouvelle tendance se confirme, on sera sur la base d'un département tous les sept ans ».

Après les périphéries des grandes villes dans les années 1980, « celles des villes moyennes, toutes les zones littorales et une grande partie des zones de montagne touristiques » sont aujourd'hui touchées, détaille-t-il. Conscient du problème, le gouvernement a annoncé la création, d'ici la fin de l'année, d'un observatoire de la consommation des espaces agricoles et, dès 2011, d'une taxe sur les plus-values réalisées lorsque des terres agricoles sont affectées à un usage autre.

En Paca, près de 3.000 hectares s'artificialisent chaque année, d'après la Safer (Société d'aménagement foncier et d'établissement rural), et des milliers d'autres sont abandonnés à la friche par des propriétaires en quête du meilleur prix pour améliorer leur retraite. « On est à l'agonie », assure l'agriculteur niçois Henri Derepas, de la Confédération paysanne, qui qualifie la région de « laboratoire de la disparition des terres ». « Les seules Alpes-Maritimes ne comptent plus que 600 exploitations professionnelles, contre 10.000 en 1971 », déplore-t-il.

Les jeunes peinent à s'installer

Selon le Conseil régional, la moitié de la surface agricole des Alpes-Maritimes a disparu entre 1979 et 1988 pour se réduire aujourd'hui à peau de chagrin (à peine 3 % du territoire). Si bien que les jeunes peinent à s'installer. « Pour préserver une zone agricole, les collectivités doivent s'engager à ne pas réviser les documents d'urbanisme » en vue de rendre les terrains constructibles, souligne Max Lefevre, directeur adjoint de la Safer Paca. S'il y a malgré tout « changement de destination », la Safer, si elle le juge pertinent, peut exercer son droit de préemption (141 cas sur 6.000 dossiers en 2009). Mais, de l'avis des différents acteurs interrogés, il faut surtout reconsidérer la place accordée à l'agriculture, longtemps délaissée par les élus. « Une prise de conscience se dessine depuis la fin des années 1990, estime M. Lefevre. Avant, les communes avaient le déclassement facile, désormais elles doivent compter avec la demande des citoyens d'avoir des produits de qualité proches de chez eux ».

André Boulard, président de la Chambre d'agriculture des Bouches-du-Rhône, voit aussi un « motif d'espoir » dans la relocalisation de la production et le développement des circuits courts de commercialisation. Peut-être va-t-on enfin pouvoir « assurer un revenu digne de ce nom aux agriculteurs » et attirer les jeunes, dit-il. Autre piste, renforcer la coopération entre agriculteurs via des associations comme « Terre de liens » qui, au-delà du travail de sensibilisation, « s'organise pour acheter les terres de manière collective » et les louer à des agriculteurs, explique le maraîcher bio Pierre Fabre. Une solidarité rurale qui a fait plier le couturier Pierre Cardin. Il a dû renoncer à implanter un golf à Bonnieux (Vaucluse) en juillet, face à l'opposition d'agriculteurs locaux.


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