Réforme de la Pac, crises, agro-écologie « Cinq ans, c’est excessivement long », reconnait Stéphane Le Foll

Terre-net Média

Entre orientations assumées et quelques regrets, Stéphane Le Foll s’est livré à l’exercice du « bilan », lundi 13 février 2017, devant quelques journalistes agricoles. Son mandat, le plus long de toute l’histoire du ministère de l’agriculture, s’achève sur un sentiment d’inachevé. Il va surtout laisser la plupart des agriculteurs dans une situation difficile.

Face aux journalistes de l'Afja (Association française des journalistes agricoles), Stéphane Le Foll a répondu aux questions sur son bilan au ministère de l'agriculture.Face aux journalistes de l'Afja (Association française des journalistes agricoles), Stéphane Le Foll a répondu aux questions sur son bilan au ministère de l'agriculture. (©Terre-net Média)

Il l’avait déjà fait lors de la présentation, pour la cinquième fois, de ses vœux à la presse et aux parlementaires : Stéphane Le Foll s’est de nouveau prêté au jeu du « bilan » devant les membres de l’Afja, l’association française des journalistes agricoles, lundi 13 février 2017. Un bilan gonflé par ses orientations assumées de promotion de « l’agro-écologie », mais émaillé de quelques regrets, notamment sur la Pac, et surtout, en cette fin de mandat, par une certaine rancœur à l’égard du syndicalisme majoritaire.

Sur le fond, Stéphane Le Foll, devenu en octobre 2016 le ministre de l’agriculture le plus endurant de la démocratie française, assume. « Dès mon arrivée, j’ai voulu qu’on sorte du clivage habituel entre l’agriculture conventionnelle et la production biologique », résume le ministre, qui ne se retrouve « ni dans les termes de l’agriculture raisonnée, ni dans ceux de l’agriculture écologiquement intensive ». Dès lors, « l’agro-écologie » et la défense de la « triple performance des exploitations » se sont imposées à lui, au risque que le terme soit mal perçu par une partie des agriculteurs et des syndicats car trop connoté « environnement ». Et, effectivement, « le terme a cristallisé certains esprits ». « Avec le modèle conventionnel, on est arrivé au bout d’un processus », explique le ministre. « Pendant cinq ans, j’ai toujours cherché à poser les jalons pour faire évoluer cet état d’esprit ». La loi d’avenir pour l’agriculture, avec la création des GIEE a été la pièce maîtresse de cette ambition. « Je pense avoir contribué à bousculer les inerties culturelles malgré les nombreuses résistances », estime-t-il.

« Il faut revoir le système de sanctions en Europe ! »

Des résistances, il en a également rencontré lors de la réforme de la Pac en 2013. « J’ai trouvé, dans le débat européen, une fracture entre six pays à l’orientation libérale et 20 autres pays qu’il fallait rassembler pour défendre le couplage des aides. » Concernant la Pac, le ministre de l’agriculture regrette surtout « l’amende de Bruxelles » sur les faiblesses de la France en matière de cartographie. « La seule erreur que nous avons pu faire, c’est de négocier l’amende par paliers. Cela nous a fait perdre un an. » D’où les retards accumulés dans le versement des aides Pac 2015 et 2016. « Ce n’est pourtant pas faute d’y avoir mis des moyens et d’y avoir consacré du temps. » Et le ministre de tirer sa conclusion : « Il faut revoir le système de sanctions en Europe ! »

Autres sujets, autres résistances : concernant la crise agricole, le ministre ne s’attendait pas à une telle inertie politique au niveau européen. Pour obtenir la mise en place de mesures pour la filière laitière, il a fallu neuf mois pour convaincre quatre pays, dont l’Allemagne. Le DBV (l’équivalent de la FNSEA outre-Rhin, ndlr) ne voulait pas de mesure d’incitation à la réduction de la production. 

Mais en matière de crise, « on renvoie des responsabilités au ministre qui ne sont pas forcément les siennes », regrette-t-il, citant la capacité des producteurs à se regrouper et s’organiser ou encore la part de responsabilité des distributeurs et transformateurs en matière de répartition de la valeur ajoutée. Et pourquoi toutes les mesures pour revoir la LME n’ont finalement pas produit leurs effets ? « Parce que vous croyez qu’une loi peut résoudre les problèmes du jour au lendemain ? », rétorque-t-il.

Sur le plan des charges, Stéphane Le Foll défend, « avec le CICE et le plan de consolidation notamment », un « niveau d’exonérations de charges sociales qui n’avait jamais été atteint en faveur des agriculteurs ».

« Jamais je ne retournerai au congrès de la FNSEA ! »

Lors de ses vœux à la presse le 25 janvier dernier, le ministre a expliqué que son pire moment avait été le salon de l’agriculture 2016. Avec François Hollande, il avait essuyé pendant l’inauguration de très nombreux sifflets et insultes, avant que le stand de son ministère ne soit démonté par des agriculteurs franciliens. Mais le congrès de la FNSEA 2016 à Laval  est l’autre épisode qui restera en travers de la gorge du ministre. « J’ai été sifflé pendant 35 minutes alors qu’on m’avait expressément invité. C'était le dernier congrès de la FNSEA que je ferai. Jamais je n'y retournerai ! »

« Cinq ans, c’est excessivement long », lâche-t-il enfin, visiblement marqué par la dureté de la tâche, et sans doute déçu de défendre son bilan alors que François Hollande, à qui il est resté fidèle, a renoncé à défendre le sien. L’élu sarthois défendra son poste de député aux prochaines élections législatives.


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