« Frexit », la « Politique fiction » Et si la France sortait de l’UE ? Quelles conséquences pour l’agriculture ?

Terre-net Média

Dans son rapport d’orientation consacré à l’Europe, présenté lors de son congrès à Brest, la FNSEA se livre à un récit de « politique fiction » sur un éventuel « Frexit », pour mieux dénoncer les effets destructeurs, pour le secteur agricole et ses producteurs, d’une sortie de la France de l’Union européenne.

La sortie de la France de l'UE signerait la fin de l'Union européenne, synonyme d'incertitudes économiques grandissantes pour les agriculteurs.La sortie de la France de l'UE signerait la fin de l'Union européenne, synonyme d'incertitudes économiques grandissantes pour les agriculteurs. (©DR)

« Face à la montée du Front national dans l’électorat agricole, la FNSEA sensibilise-t-elle assez ses adhérents sur les risques d’une renationalisation de la Pac et d’une sortie de la France de l’Union européenne ? » Cette question qu’a posée un journaliste lors de la présentation du congrès du syndicat à la presse, mardi 21 mars, trouve en partie sa réponse dans le nouveau rapport d’orientation consacré à l’Europe.

La FNSEA y raconte, dans un passage de « politique fiction », ce qu’il adviendrait, selon elle, du secteur agricole si la France renonçait à l’Europe pour renationaliser la Pac. Un passage comme un contre-argumentaire aux promesses tenues par Marine Le Pen et François Asselineau, candidats à la Présidentielle. Le texte n’est qu’une « ébauche d'analyse prospective interne à la FNSEA, basé sur des échanges informels avec des économistes et des financiers mettant en évidence des risques potentiels réels. »

« En 2018, la France a repris la maîtrise de ses frontières, de sa monnaie et de sa politique agricole. Côté budgétaire, elle réalise une économie immédiate du montant de la contribution nette de la France au budget de l’Union européenne, 8 milliards d’euros, soit 50 milliards de Francs d’économie… car il a bien fallu immédiatement mettre fin à l’euro », narre le syndicat.

« Côté monétaire, le Franc est livré aux spéculations sur les marchés et le Trésor peine à trouver preneur pour la dette de l’Etat. La dette de 2 100 milliards d’euros est passée à 14 000 milliards de Francs, mais les détenteurs de la dette préfèrent le Deutschemark. Le coût des intérêts de 2,5 % en 2015, a doublé à 5 % en 2018, soit un coût total de 100 milliards d’euros, donc un déficit de 50 milliards d’euros supplémentaires… »

Hausse du prix des terres, effondrement de la filière broutard…

« L’inflation menace et les conditions de financement se tendent drastiquement (explosion du coût du crédit). Certains se réjouissent de l’augmentation du prix des terres, liée à l’engouement sur la terre et sur l’or, comme toujours en période de crise aussi profonde, mais aucun JA n’est plus en mesure de s’installer… Rapidement devenu obligatoire, le contrôle des changes limite aussi bien les investissements étrangers, que la participation d’entreprises françaises dans les pays tiers. »

« De plus, l’Italie, qui est encore plus en difficulté, vient de réaliser une dévaluation compétitive, renchérissant les exportations françaises. La filière broutard s’effondre. »

« Côté commerce international, le gouvernement français a un besoin stratégique de l’excédent de la balance commerciale agro-alimentaire pour tenter de tenir le choc. Malheureusement, les pays européens mettent en place des barrières non tarifaires différentiées et le gouvernement français est contraint d’imposer à la fois les demandes allemandes, mais aussi celles des pays du nord qui ont formé une Union scandinave, et celles de WWF, qui suite à son accord avec Carrefour, maîtrise la « demande » des consommateurs. Les normes demandées aux exploitations agricoles françaises sur les produits phytosanitaires, le bien-être des animaux et les questions sanitaires sont renforcées. »

… Hausse du coût des intrants et du différentiel d’aides en Europe

« Suite à la décision de Monsanto-Bayer de poursuivre les demandes de mise en marché uniquement devant les autorités allemandes, la France capitule et accepte sans contrepartie les décisions allemandes sur l’autorisation des produits phytosanitaires, à l’exception de quelques produits qui sont interdits et conduisent à des impasses techniques signifiant la fin de certaines productions. De plus, une taxe spécifique est mise en place par Monsanto-Bayer à la demande des autorités allemandes pour payer ces travaux d’analyse. Le coût des intrants augmente pour les agriculteurs, tandis que l’opinion publique se braque et demande diverses interdictions. »

« Au niveau international, l’approche anglo-saxonne est affirmée au codex alimentarius sur la seule base scientifique. Les pays du sud de l’Europe, en grande difficulté, abandonnent totalement leur présence au niveau international. La Grèce négocie avec l’Allemagne un plan d’aide alimentaire en nature, qui exclut de facto la France. Les Pays tiers dénoncent la protection des Indications géographiques. Suite à la réussite du champagne hongrois, les parts de marché françaises diminuent partout sur ce produit phare français, qui pâtit de la mise en accusation de la France sur la scène européenne. »

« L’engagement français de maintenir les aides directes d’une politique agricole renationalisée, est tenu mais en franc français. En conséquence, suite à la dévaluation du franc et la poursuite de l’inflation, les aides françaises sont rapidement équivalentes à la moitié de celles reçues en Allemagne, soit du niveau des soutiens britanniques… »

Si la France sort de l’UE, le projet européen disparaît.

« Arrêtons-là cette politique fiction, mais tirons-en les enseignements », conclut la FNSEA. « Si la France sort de l’UE, le projet européen disparaît. Notre pays et notre monnaie seraient soumis à de telles pressions, que nous perdrions la souveraineté partagée que nous avons aujourd’hui grâce à l’UE. »

« Pour le secteur agricole français, la crise sur les marchés serait sans précédent, les normes nous seraient imposées par les acheteurs allemands et les finances du pays ne permettraient pas de soutien comparable suite à la dévaluation du franc… Il nous semble indispensable de rester au sein de l’Union Européenne pour le développement du secteur agricole et agroalimentaire français. »


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