L’heure du bilan pour Stéphane Le Foll « Faites de l’agro-écologie », l’illustration d’un bilan en demi-teinte

Terre-net Média

Pour le ministre de l’Agriculture, ce 15 décembre 2016 constituait une nouvelle session de promotion de son « projet agro-écologique pour la France ». Cette journée faisait office de bilan de son action en faveur d’une évolution des pratiques. Une action empreinte de bonne volonté mais au résultat mitigé.


Journée de débats « Faites de l’agro-écologie » par Alimentation-Agriculture

Ce jeudi 15 décembre 2016, Stéphane le Foll organisait au ministère de l’Agriculture un colloque baptisé « Faites de l’agro-écologie ». Un événement où se sont multipliés les témoignages de producteurs et de conseillers de terrain chargés de les accompagner dans leur démarche d’évolution de leurs pratiques. Quatre thématiques ont été abordées – l’alimentation durable, l’enjeu des sols, l’intérêt du collectif ou encore les effets du changement climatique – balayant  ainsi plusieurs initiatives en matière de réduction des antibiotiques dans un élevage, d’agroforesterie, de diminution des produits phytos, de méthanisation et d’agriculture de conservation des sols.

En fait, cette conférence, qui se déroulait après la tenue d’un comité national d’orientation et de suivi de l’agro-écologie illustrait parfaitement un bilan en demi-teinte.

Dans un tel bilan, il y a des « plus » et des « moins ». Commençons par les points positifs. D’abord, que l’on soit favorable ou non à cette orientation, Stéphane Le Foll a maintenu une ligne politique stable pendant cinq ans. Il a promu « l’agro-écologie » au premier rang de son action dès son arrivée au ministère de l’Agriculture en 2012, quand d’autres ministres l’ayant précédé n’ont pas réussi à maintenir un cap sur deux ou trois ans, faute de temps.

Il faut aussi lui reconnaître une certaine « labellisation » plus formelle des efforts permanents des agriculteurs pour améliorer leurs pratiques, en faveur d’une alimentation plus saine, d’un meilleur bien-être animal, ou d’une meilleure préservation de l’environnement. Tous ces efforts effectués au quotidien sur le terrain, mais que la profession a tant de mal à faire connaître auprès des citoyens, le ministre de l’Agriculture en a fait une démarche formalisée, en quelque sorte remise au goût du jour. « L’agro-écologie » est, rappelons-le, un terme employé pour la première fois non pas en 2012, mais dans les années 1920.

Une défense des changements de pratiques agricoles

Autre point positif, à la fois pour le ministre et les agriculteurs : Stéphane Le Foll s’est servi de son « cap » agro-écologique pour défendre le secteur agricole dans les débats sur l’enjeu climatique. Lors de la Cop 21 à Paris en décembre 2015, il a fait de son initiative « 4 pour 1000 » un chapitre de son plan agro-écologique pour mieux défendre les pratiques des agriculteurs, alors que les pratiques d’élevage, avec les émissions de méthane, ont été vigoureusement dénoncées par de multiples détracteurs écologistes.

Autre source de satisfaction pour Stéphane Le Foll : les agriculteurs qui ont associé cette sémantique agro-écologique à l’évolution de leurs pratiques témoignent volontiers de leur expérience, que ce soit dans leur entourage professionnel ou dans les salons du ministère. « Je n’y étais pas favorable au départ en 2009. Mais maintenant que j’ai réduit de 80 ou 90 % ma consommation d’antibiotiques pour mon troupeau en six ans, je suis un éleveur heureux. Je tiens à le dire », a ainsi témoigné Bruno Gourdon, éleveur laitier en Auvergne et président de l’association Éleveurs Autrement, qui regroupe 200 éleveurs.

Passons maintenant aux points négatifs, tout aussi importants. Le colloque « Faites de l’agro-écologie » l’a parfaitement illustré : à cette journée participaient davantage de conseillers ou de représentants d’associations que d’agriculteurs. Le colloque ne réunissait finalement que des « convaincus », de l’aveu même de l’animateur.

Par ailleurs, l’agro-écologie ne s’est pas suffisamment imposée dans les échanges qui opposent encore, à tort, le conventionnel au biologique. Du côté des associations environnementales, certaines, comme Générations futures, contribuent toujours à opposer bio et conventionnel sans reconnaître les efforts des agriculteurs.

Un divorce consommé avec le syndicalisme majoritaire

Surtout, Stéphane Le Foll n’a pas reçu le soutien escompté de la part des syndicats, notamment la FNSEA. Aucun représentant officiel n’était présent dans la salle ce 15 décembre. Du côté de la Coordination rurale, Jacques Commère, responsable de l’organisation des producteurs de grains, est intervenu pour rappeler que l’objectif de réduction de 50 % de l’usage des produits phytos était inatteignable dans de nombreuses exploitations conventionnelles. « L’agro-écologie est d’abord une démarche de progrès » a rétorqué Geneviève De Sainte Marie, chargée de mission agro-écologie au ministère.

En fait, le ministre de l’Agriculture n’a pas convaincu sur le premier et principal volet de la triple performance des exploitations, à savoir la performance économique. Dans un contexte de crise accrue dans la plupart des productions, les risques économiques engendrés par une baisse sensible des produits phytos ou d’un passage en bio sont jugés, à juste titre, trop importants aux yeux de nombreux agriculteurs et de leurs représentants. Le ministre de l’Agriculture aurait probablement convaincu davantage dans une période économique et sociale plus sereine pour les producteurs.

Au final, la persistance de Stéphane le Foll dans sa démarche, quelle que soit la situation de l’agriculture, a contribué à sceller le divorce avec le syndicalisme majoritaire. « Pendant cinq ans, il aura persévéré à vouloir emmener l’agriculture française vers l’agro-écologie, tellement obsédé par cette ambition qu’il en est même venu à soutenir la décroissance agricole, commente ainsi la FDSEA d’Ile-de-France. Malheureusement, l’utopie et le dogmatisme n’ont pas fonctionné face aux hommes de la terre. »

Entre le syndicalisme majoritaire d’un côté et le ministre de l’autre, seuls les représentants des Chambres d’agriculture « accompagnent » la démarche. « L’agro-écologie sera un atout pour nos fermes si elle contribue à la performance, la durabilité et une meilleure acceptabilité sociale de notre activité », résume Claude Cochonneau, le nouveau président de l’APCA.

Quelle suite à son action ?

Le ministre de l’Agriculture le savait : ce n’est pas en seulement cinq ans qu’il pouvait recueillir tous les fruits de son action, par la conversion de toute une profession.

Reste à savoir si « la démarche agro-écologique » va survivre à son passage rue de Varenne. Pour les quatre derniers mois à son poste, Stéphane Le Foll compte bien s’y employer. « Le ministère de l'Agriculture mettra en place au mois d'avril 2017, après une phase de tests, un dispositif de reconnaissance de démarches volontaires et partenariales permettant de valoriser leurs approvisionnements issus de pratiques agro-écologiques, au bénéfice des agriculteurs engagés dans ces démarches. »


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