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La coopération s'inquiète du projet de réglement européen

Agriculture biologique

| par | Terre-net Média

Régionalisation des aides de la Pac, nouveau règlement européen en cours de discussion… La commission filières biologiques de Coop de France se dit inquiète quant au développement de la filière, malgré une demande croissante.

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Christophe Lecuyer et Julien Bidaud, représentants de la commission filières biologiques de Coop de FranceChristophe Lecuyer et Julien Bidaud, représentants de la commission filières biologiques de Coop de France ont présenté un fascicule pour promouvoir l'implication des coopératives dans le développement de la filière biologique. (©Terre-net Média) 

Le nouveau règlement proposé par la Commission européenne pour durcir les règles en matière de production biologique ne finit pas d’inquiéter la coopération agricole. En présentant, jeudi 12 juin, son livret récapitulant les actions des coopératives en matière d’agriculture biologique, la commission des filières biologiques au sein de Coop de France n’a pas manqué d’exprimer ses craintes.

Le projet de règlement prévoit la fin de la mixité des exploitations. Autrement dit, il serait impossible de conserver un atelier conventionnel aux côtés d’un autre converti en bio. « 25 % des exploitations engagées en bio sont en mixité, explique Christophe Lecuyer, président de la Sica Axéréal Bio et de la commission filières biologiques chez Coop de France. Dans de nombreux cas, le bio n’est pas adapté aux productions en place. Pour ces exploitations, cette interdiction de la mixité serait très compliquée à gérer. »

« Mauvais signal pour les conventionnels »

En fait, cette interdiction, de même que la fin des dérogations également proposée par Bruxelles, pourrait porter un sérieux coup de frein au rythme des conversions. « Quand je suis passé au bio au milieu des années 90, j’ai converti mon exploitation sur six années. Au vu des risques que cela comporte, je n’étais pas dans l’idée de convertir directement toute mes surfaces d’un seul coup », poursuit le céréalier, installé dans le Perche avec 200 ha de grandes cultures.

Pour lui, c’est « un mauvais signal pour les agriculteurs conventionnels qui sont tentés de passer au bio. » L’interdiction risque d’en décourager plus d’un.

Mais il n’y a pas que le durcissement du cadre réglementaire européen qui préoccupe la coopération. La régionalisation des aides de la Pac pour 2015-2020 pourrait créer des disparités régionales. « La régionalisation ne nous inquiète pas en tant que tel, explique pour sa part Julien Bidaud, producteur de porcs bio et administrateur de Biodirect, mais les orientations régionales peuvent nous inquiéter ».

Les représentants évoquent des « problèmes budgétaires » dans plusieurs régions « qui n’ont pu être anticipés ». Certaines aides au maintien seraient remises en cause. « Or ces aides au maintien sont indispensable pour sécuriser les producteurs qui sont en place. »

Conjoncture défavorable au bio

En 2013, le marché du bio a cru de 9 %. « Entre 2007 et 2012, le marché s’est développé de 50 % ! » Peinant à suivre le rythme de croissance de la consommation, la production biologique n’aurait pas besoin, selon Coop de France, de freins réglementaires et budgétaires supplémentaires. D’autant que la conjoncture elle-même n’incite pas à la conversion. « Avec des cours des céréales conventionnelles assez rémunérateurs actuellement, les producteurs sont plus réticents à passer le pas de la conversion. »

Les coopératives, elles, entendent promouvoir leur implication dans la structuration des filières biologiques. D’ailleurs, elles occupent sensiblement la même place sur ce marché qu’en conventionnel. En céréales notamment, 48 coops assurent la collecte de 75 % de la récolte bio. Il n’y a, en fait, que sur la filière laitière où la coopération est moins présente en production biologique qu'en conventionnel : 20 coopératives collectent 36 % du lait bio, contre 55 % du lait conventionnel.


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