Congrès de l’OPG en Eure-et-Loir La CR appelle à outrepasser l’interdiction de vente directe des céréales

Terre-net Média

Pour son congrès organisé mardi 31 janvier à Villampuy, en Eure-et-Loir, l’organisation des producteurs de grains, branche céréalière de la Coordination rurale, a appelé ses adhérents à s’affranchir de l’interdiction de vendre des céréales en direct sans passer par un organisme stockeur. Dénonçant la vocation exportatrice de la ferme France et la cogestion de la FNSEA, l’OPG a défendu une « exception agriculturelle » qu’elle souhaite soumettre aux candidats à la Présidentielle.

Nicolas Jaquet, président de l'OPG, lors du congrès de la branche céréalière de la Coordination rurale à Villampuy, en Eure-et-Loir, mardi 31 janvier 2017.Nicolas Jaquet, président de l'OPG, lors du congrès de la branche céréalière de la Coordination rurale à Villampuy, en Eure-et-Loir, mardi 31 janvier 2017. (©Terre-net Média) 

Les congrès annuels de la Coordination rurale organisés en décembre et ceux de l’Organisation des producteurs de grains, sa branche céréalière, ont tous un point commun : faire la part-belle à des interventions « anti-système » permettant, au passage, de dénoncer la « pleine responsabilité » de la FNSEA à l’égard de la situation catastrophique des agriculteurs. Le congrès 2017 de l’OPG, qui se tenait à Villampuy, au sud de l’Eure-et-Loir, n’a pas dérogé à cette tradition.

Nicolas Jaquet, président de l’OPG et producteur dans les Landes, a appelé les céréaliers à outrepasser l’interdiction de vente directe de céréales, pour « vous permettre de mieux valoriser vos céréales dans des contrats locaux et directs ». « Cette réglementation vieille de 80 ans est en Europe un privilège purement français qui nuit aux agriculteurs » a-t-il asséné. « Et si l’Etat, les douanes ou votre coopérative vous attaquent en justice pour ne pas être passé par un organisme stockeur, alors l’OPG et la CR vous soutiendra par une aide juridique. Et vous demanderez aux juges français de saisir le Conseil constitutionnel ou la cour de justice de l’UE pour faire reconnaître cette réglementation comme non conforme au droit européen et français. »

Pour le syndicat, cette obligation de vendre les grains via un organisme stockeur est un exemple de la main-mise du syndicalisme majoritaire « Et surtout de son président et patron de l’agrobusiness Xavier Beulin ». « C’est une exception française qui sert l’objectif exportateur des filières et non l’intérêt des producteurs. »

« La vocation exportatrice de l’agriculture française nuit aux agriculteurs »

L’exemple de l’interdiction de vente directe des céréales est venu illustrer le thème central du congrès : la vocation exportatrice de l’agriculture française est « une fable sans morale qui sert tous les acteurs des filières, sauf les agriculteurs ». Et l’OPG ne pouvait pas trouver meilleure intervenante qu’Eve Fouilleux, chercheuse au CNRS et politologue, pour les conforter dans cette thèse.

« Depuis des décennies, les politiques, les syndicats, la communauté scientifique et les industriels expliquent que, pour nourrir 9 milliards d’humains, il faudra augmenter la production agricole mondiale de 70 % d’ici 2050. C’est faux », a-t-elle martelé pendant près d’une heure.

« A l’échelle mondiale, on produit déjà trop depuis 1981 ! a-t-elle argumenté. Quand on regarde les besoins énergétiques moyens par habitant et la quantité de kilocalories fournies par les denrées agricoles, on constate que le monde agricole mondial produit déjà 2 850 kcal par jour pour chaque homme sur terre. Or nous n’avons besoin, en moyenne, qu’entre 2 000 et 2 500 kcal par jour. Il ne suffit pas de produire beaucoup pour satisfaire les besoins des populations partout dans le monde. »

Et la chercheuse de désigner les coupables de cette situation : « Depuis l’après-guerre, toutes les politiques publiques – politique des marchés agricoles, politique des structures, d’aménagement du territoire, de recherche, etc… - ont été conduites pour assoir un modèle modernisateur et exportateur. Le tout avec la cogestion Etat-FNSEA. » « Ce positionnement n’a rien à voir avec vos intérêts et ceux de tous les agriculteurs. Il ne sert qu’une petite élite d’agriculteurs et d’agromanagers autour, notamment du groupe Avril. »

« Quelles alternatives promouvoir pour contrer cette vocation exportatrice destructrice pour les agriculteurs ? Il faut déspécialiser les filières et boucler les cycles, notamment celui de l’azote », explique Eve Fouilleux. « Pour gagner en autonomie et consommer moins d’intrants, et être moins dépendants des ressources non renouvelables et de l’agro-industrie. »

Le libre-échange déstructure nos élevages et ruinent nos producteurs de grains.

L’intervention de la chercheuse devant une petite centaine de producteurs n’était que du grain à moudre pour l’OPG qui revendique la défense d’une « exception agriculturelle ».

Nicolas Jaquet, qui se dit « consterné par les erreurs et les mensonges de la FNSEA, au préjudice de notre métier. » « J’en ai marre d’entendre de la part de Xavier Beulin que la filière oléagineuse a récupéré de la valeur ajoutée. Qui a récupéré cette valeur ? Xavier Beulin n’est pas là pour défendre le revenu des agriculteurs, mais pour défendre le développement de filières. »

L’OPG demande ainsi, au nom de cette exception agriculturelle, de « revoir notre stratégie commerciale européenne en matière de grains. » « Le libre-échange déstructure nos élevages et ruine nos producteurs de grains, non compétitifs face à des géants. C’est à l’initiative de la France que l’UE a su imposer une exception culturelle pour défendre la production audiovisuelle. Il faut faire de même pour l’agriculture. »

L'OPG compte demander aux candidats à la Présidentielle 2017 de s'engager sur la défense de cette « exception agriculturelle ».


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