Perspectives agricoles Les nombreuses sources d'inquiétudes des Chambres d’agriculture pour 2016

Terre-net Média

Difficultés économiques dans toutes les productions, application laborieuse de la Pac, marchandisation des contrats laitiers, TTIP, attaques sur la viande rouge, crises sanitaires, etc. Au sein des Chambres d’agriculture et de l’APCA, les raisons d’aborder l’année 2016 avec inquiétude sont nombreuses.

Guy Vasseur, président de l'Apca.Guy Vasseur, président de l'APCA. (©Terre-net Média)

C’est en dressant un bilan 2015 très préoccupant que les responsables de l’APCA ont présenté leurs vœux à la presse mercredi 13 janvier 2016. Pour eux, les nombreuses difficultés qui se sont accumulées pour les principales filières agricoles sont autant de préoccupations pour l’année qui vient de démarrer.

Au regard de la situation des filières, l’APCA entend faire de la filière laitière son premier axe de travail pour 2016. Un travail d’analyse approfondi du secteur laitier, puis de la filière viande, doit conduire les Chambres d’agriculture à formuler des propositions dans les prochains mois. « Il faut retrouver des repères dans les politiques agricoles en France et en Europe. »

« Comment les acteurs de la filière laitière doivent-ils se réorganiser ? », a ainsi questionné Guy Vasseur, le président de l’APCA. Le représentant s’insurge par ailleurs contre la pratique grandissante de la « marchandisation des contrats laitiers ». « Nous découvrons des contrats qui sont sur le marché, notamment sur le site d’annonces leboncoin.fr. Nous sommes fermement opposés à cette pratique car cela va signer la fin de l’installation en élevage laitier. Comment les pouvoirs publics peuvent-ils laisser faire cette pratique ? », a-t-il martelé. La même question pourrait être posée aux collecteurs privés qui ne semblent pas s’y opposer.

Accompagner socialement et humainement les agriculteurs

Dans le secteur de la viande bovine, Guy Vasseur a dénoncé les « incessantes attaques contre la consommation de viande rouge. Il y a beaucoup de désinformation dans les médias grand public. »

Le président de l'APCA veut croire qu'il est encore possible de « tirer d'affaire » les agriculteurs en grande difficulté, prêts à quitter le métier. « Il pourrait y avoir un grand plan d'accompagnement des agriculteurs en difficulté. Mais je m'y refuse pour l'instant. Je ne sais pas s'il faut les accompagner à la sortie du métier, mais il faut les accompagner socialement et humainement. »

Pour l’ensemble des filières, la compétitivité reste l’un des principaux chantiers à travailler. L’APCA a relayé 19 propositions de simplification au Sénat mais aussi dans les instances européennes. Les Chambres d’agriculture demandent notamment des assouplissements dans la réglementation applicable à la méthanisation pour raccourcir les délais de concrétisation des projets et ainsi atteindre les objectifs de développement.

« Arrêtez d’emmerder les agriculteurs »

« Les tracasseries administratives, les problématiques sur la gestion de l'eau sont aussi des dossiers non finalisés en 2015. Sur le terrain, les paysans et les techniciens des Chambres en ont assez des dispositifs inapplicables », a poursuivi Guy Vasseur.

Les Chambres d’agriculture relaient les inquiétudes émises par le FMI, qui explique que « le cycle d’endettement de l’économie mondiale est reparti à la hausse ». Le niveau d’endettement des exploitations est d’autant plus préoccupant que la chute quasi-généralisée des prix des productions agricoles « devrait se prolonger en 2016 ». La conjoncture céréalière ne devrait pas y déroger. L’offensive du nouveau président de l’Argentine pour augmenter la production de céréales et faciliter les exportations est un facteur supplémentaire pour maintenir les prix à la baisse.

Dans ce contexte général, le TIPP, accord de libre-échange entre l’UE et les Etats-Unis en cours de discussion, ajoute un énorme discrédit à la Commission européenne qui a la charge des négociations. Car de l’aveu même des autorités américaines, l’accord pénaliserait nettement l’agriculture française et européenne au profit des Etats-Unis.

Toujours sur le plan européen, l’APCA fustige, comme l’ont également fait tous les syndicats agricoles, l’attitude de Phil Hogan le commissaire à l’agriculture, qui a nié l’existence des difficultés rencontrées par les éleveurs français et européens. Et « comme si cela ne suffisait pas », l’enquête de Bruxelles menée sur les tables rondes des filières d’élevage de l’été 2015 pour tenter de revaloriser les prix, reste « une aberration ». « Comment Bruxelles pourrait-il condamner la France et ses producteurs alors que le prix du porc est à 1,06 €/kg, bien en-dessous des prix qui avaient été souhaités à l’issue des discussions », a réagi Guy Vasseur.


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