Présidentielle Les priorités agricoles du nouveau président Emmanuel Macron

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Les Français ont choisi de porter Emmanuel Macron à la tête du pays, aux dépens de Marine Le Pen. Retrouvez les priorités du candidat et fondateur du mouvement « En Marche ! » pour l’agriculture française.


Emmanuel Macron a été élu président de la République dimanche 7 mai 2017.Emmanuel Macron a été élu président de la République dimanche 7 mai 2017. (©Compte instagram d'Emmanuel Macron)

 

Les Français ont choisi d’élire Emmanuel Macron à la présidence de la République pour le quinquennat 2017-2022. Quelles sont les priorités, pour l’agriculture et les agriculteurs, du fondateur du mouvement « En marche ! » ? Le nouveau président de la République Emmanuel Macron expose un programme agricole plutôt centriste, alliant investissements et défense d'une agriculture plus respectueuse.

Les cinq points-clés de son programme agricole

  • Engager un plan d’investissement de transformation agricole sur 5 ans de 5 Mds€. Les financements seront réservés à des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal, et aux projets de transformation privilégiant les circuits courts.
  • Organiser  un Grenelle de l’alimentation avec les représentants des agriculteurs, des industries de transformation, de la distribution et des consommateurs, afin de définir un partage équilibré de la valeur.
  • Réformer la Pac par la mise en place d’outils de régulation adaptés à chaque filière et d'outils de gestion des risques efficaces et adaptés.
  • Soutenir l’installation des jeunes agriculteurs en proposant un prêt d’honneur à la personne sans demande de garantie d’un montant de 50 000 € maximum avec un différé de 2 ans. 
  • Rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent, à hauteur de 200 M€ par an, dans le cadre de la Pac.

Plus en détail, son programme agricole s’articule en six grands objectifs :

  1. « Nous garantirons des prix justes pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail.
  2. Nous nous battrons pour une Europe qui protège.
  3. Nous donnerons les moyens de faire face aux situations d’urgence.
  4. Nous construirons l’agriculture du futur, innovante et diversifiée.
  5. Faciliter l’accès au foncier agricole.
  6. Libérer le travail, l’investissement et l’énergie des territoires. »

Sur ces six axes programmatiques, que retenir de ses propositions ?

En matière de négociations commerciales, Emmanuel Macron veut « faire évoluer le droit européen au bénéfice des producteurs, pour qu’ils pèsent plus dans leurs négociations avec les industriels de l’agroalimentaire ».

« Nous garantirons des prix justes pour que les agriculteurs puissent vivre de leur travail. » De même, il compte « organiser un Grenelle de l’alimentation avec les représentants des agriculteurs, des industries de transformation, de la distribution et des consommateurs, afin de définir un partage équilibré de la valeur. »

En matière d’Europe et de politique agricole commune, il défend « la mise en place d’outils de régulation adaptés à chaque filière, et des outils de gestion des risques efficaces et adaptés. » Parmi ceux-ci, il cite « l’épargne de précaution individuelle qui permet de surmonter la baisse des prix de vente ou l’assurance climatique ».

Point assez novateur concernant les contrôles de l’administration, il veut « créer un droit à l’erreur pour tous ». « Les contrôles opérés par les pouvoirs publics se feront non plus pour sanctionner mais pour orienter. Le contrôlé de bonne foi pourra faire valoir son droit à l’erreur, et ne sera donc pas sanctionné. »

Pour faire face aux situations d’urgence, Emmanuel Macron veut étendre aux agriculteurs le bénéfice du droit au chômage « pour leur permettre de surmonter les périodes de baisse d’activité ».

Sur le plan économique, quatre chiffres sont à retenir du programme du candidat. Il souhaite :

  • un plan d’investissement de transformation agricole sur 5 ans de 5 Mds€. Les financements seront réservés à des projets de modernisation des exploitations ayant un impact positif sur l’environnement et le bien-être animal, et aux projets de transformation privilégiant les circuits courts ;
  • atteindre 50 % de produits biologiques, écologiques ou locaux dans l’ensemble de la restauration collective en 2022 ;
  • soutenir l’installation des jeunes agriculteurs en proposant, en plus de la DJA actuelle, un prêt d’honneur à la personne sans demande de garantie ;
  • rémunérer les agriculteurs pour les services environnementaux qu’ils rendent, à hauteur de 200 M€ par an, dans le cadre de la Pac.

En matière d’usage des produits phytosanitaires, Emmanuel Macron souhaite un « Grenelle de l’alimentation dans lequel serait défini un calendrier pour éliminer progressivement les pesticides en commençant par ceux qui présentent un risque pour la biodiversité ou la santé, et le développement d’alternatives ». Le candidat souhaite par ailleurs « séparer les activités de conseil aux agriculteurs et de vente des pesticides qui peuvent susciter des conflits d’intérêts ».

Emmanuel Macron, lors d'une visite d'exploitation agricole lors de sa campagne présidentielle.Emmanuel Macron, lors d'une visite d'exploitation agricole pendant sa campagne présidentielle.
(©Compte instagram d'Emmanuel Macron)
 

Le candidat consacre par ailleurs un chapitre à l’accès au foncier. En voici les mesures :

  • « Nous renforcerons la transparence des transactions agricoles en soumettant toutes les sociétés foncières au contrôle des Safer.
  • Nous assurerons le financement du foncier et du capital d’exploitation en facilitant le recours à des outils de portage : le crédit-bail immobilier, la location-vente progressive, prêt viager hypothécaire, etc. ».

Les autres propositions clés de son programme agricole :

  • Adapter la formation agricole et faciliter la formation professionnelle tout au long de la vie pour permettre aux agriculteurs de profiter des nouvelles connaissances.
  • Encourager les projets de méthanisation en maintenant des aides, en engageant une simplification administrative et en accélérant le raccordement au réseau électrique.
  • soutenir l’innovation et la recherche à travers plusieurs actions : fin des zones sans réseau téléphonique, développement du numérique et de l’agriculture de précision, mise en place d’un portail des données agricoles pour stimuler une innovation décentralisée, ouverte, collaborative au service des agriculteurs.
  •     encourager la diversification des sources de revenus en soutenant par exemple l’agro-tourisme.

Dans une lettre dédiée que certains agriculteurs ont reçu dans leur boîte aux lettres jeudi 4 mai, soit seulement trois jours avant le scrutin du 2e tour, Emmanuel Macron a insisté sur les promesses suivantes :

  • Redonner du pouvoir aux producteurs dans la chaîne de valeur : états généraux de l’alimentation dès le début du quinquennat.
  • Encourager le développement de véritables OP.
  • Permettre aux agriculteurs d’embaucher plus, en réduisant le coût du travail, en transformant le CICE en allègement permanent des cotisations, et en supprimant les charges patronales pour un salarié au Smic.
  • Instaurer une indemnisation chômage.
  • Créer un droit à l’erreur en matière de contrôles.
  • Redonner un cap à l’Union européenne, en faisant appliquer un principe de dérogation au droit de la concurrence.
  • Mettre en place des outils de régulation : aides contracycliques et fonds de mutualisation notamment.
  • Veiller à ce que les traités de libre-échange ne pénalisent pas les agriculteurs.
  • Mettre en place un grand plan de transformation de l’agriculture de 5 Mds€. Un autre plan, également de 5 Mds€, visera par ailleurs la modernisation des infrastructures de transport.
  • Sortir de l’écologie punitive en créant un « paiement pour services environnementaux », d’un budget de 200 M€ par an.
  • Mettre en place de prêts d’honneur sans demande de garanties pour soutenir l’installation des jeunes.

Quel ministre de l’agriculture va-t-il choisir ?

Désormais élu, la question du choix des membres de son gouvernement et de son ministre de l’agriculture se pose. Choisira-t-il une personnalité du « sérail agricole » comme le sont ses deux porte-parole pour son programme agricole : l’éleveur costarmoricain Olivier Allain a été président de la FDSEA de son département puis président de la Chambre d’agriculture avant de devenir vice-président de la région Bretagne aux côtés de Jean-Yves Le Drian. Audrey Bourolleau, quant à elle, est déléguée générale de l’association Vin et société, qui fédère et défend l’ensemble de la filière viticole française.

Que ce soit pour le choix des membres de son gouvernement ou pour sa capacité à faire appliquer ses promesses, tout dépendra du résultat des élections législatives qui se dérouleront les 11 et 18 juin prochains. Car si le président de la République a le pouvoir de fixer un cap sur quelques dossiers stratégiques, ce sont bien les députés à l’Assemblée nationale – et les sénateurs au palais du Luxembourg – qui voteront les réformes.


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