Assurance multirisques climatiques Le montant des sinistres climatiques pourrait doubler d’ici 2040

Terre-net Média

Si l’année 2016 a été une année noire pour les agriculteurs, le risque climatique va nettement s’amplifier dans les années à venir. En matière de gestion des risques, les évolutions envisagées sur les assurances multirisques climatiques seront cruciales pour permettre aux agriculteurs de s’assurer plus largement.

Groupama se dit favorable à des évolutions du contrat socle multirisques climatiques.Groupama se dit favorable à des évolutions du contrat socle multirisques climatiques. (©Terre-net Média)

La gestion des risques en agriculture sera un enjeu majeur dans les années qui viennent. Un seul chiffre, rappelé par Groupama lors d’une conférence de presse mercredi 15 février 2017, suffit pour s’en convaincre : dans les 25 ans qui viennent, la charge des sinistres liés aux aléas climatiques sera presque deux fois supérieures à celle enregistrée ces 25 dernières années.

Entre 1988 et 2013, les assureurs ont indemnisé un total de 48 Mds€ au titre des aléas climatiques. Pour les 25 ans à venir, « cette charge de sinistre pourrait s’élever à 92 Mds€ » a expliqué François Schmitt, président délégué de la Fédération nationale Groupama.

Face à cette perspective directement liée au changement climatique, l’année 2016 restera malheureusement dans les annales des agriculteurs. Elle le restera aussi dans celles des assureurs. En 2016, Groupama a perçu 213,3 M€ au titre des primes d’assurances multirisques climatiques. Mais jamais l’assureur n’avait autant reversé en prises en charge des sinistres. « Nous avons versé plus de 430 M€ », chiffre François Schmitt qui a rappelé l’intérêt de s’assurer. « Pour certains agriculteurs qui n’étaient pas assurés, la situation est catastrophique. Pour d’autres, l’assurance les a sauvés. Un céréalier de Seine-et-Marne, qui a hésité à renouveler son assurance multirisques, a perçu l’équivalent de 28 années de cotisations. »

Pour les assureurs, le bilan du contrat socle n’est pas bon. Alors que ce contrat devait redynamiser des souscriptions en baisse, le nombre de contrats souscrits a encore diminué l’an dernier. « En moins de deux ans, on est passé de 35 % à seulement 26 % des surfaces couvertes », rappelle Stéphane Gin, responsable de l’assurance agricole de Groupama. Pire, le contrat-socle n’a été retenu que par 6 % des souscripteurs agriculteurs de l’assureur. 87 % des producteurs ayant leur assurance multirisques climatiques chez Groupama ont préféré souscrire l’option pour un seuil de déclenchement et une franchise de 25 %. En clair, non seulement le contrat socle a été boudé par la plupart des agriculteurs, mais ceux qui y ont souscrit ont préféré payer une option pour avoir de meilleures conditions, mais non subventionnées.

En baissant le seuil et la franchise, la hausse des tarifs sera exponentielle

Au-delà de cette année 2016 exceptionnelle, l’enjeu est d’adapter ce contrat socle pour le rendre plus attractif pour les agriculteurs. La principale piste formulée est d’abaisser le seuil de déclenchement et la franchise de 30 % à 20 %. Mais une telle évolution suscite beaucoup de pourparlers à Bruxelles. « Un seuil de déclenchement à 20 % est jusqu’à présent jugé moins compatible avec les accords de l’OMC et entrerait dans la "boîte orange" et non plus dans la "boîte verte" ». Mais à Bruxelles, les positions tendent à évoluer dans ce sens. Michel Dantin, député européen PPE, a d’ailleurs expliqué au congrès de l’AGPB que cette évolution ferait partie des mesures de « l’omnibus », le processus permettant de réviser les règles de la Pac avant sa prochaine réforme, cette dernière risquant de n’intervenir que pour 2023.

Abaisser le seuil de déclenchement et le niveau de franchise se heurtera aussi à un autre problème : le coût de l’assurance pour les agriculteurs. « La hausse des cotisations induite ne serait pas linéaire mais exponentielle », confirme-t-on à Groupama. Un seuil et une franchise à 20 % plutôt qu’à 30 % ferait grimper la facture de l’ordre de 75 % par rapport aux tarifs initiaux du contrat socle.

De toute évidence, le développement de l’assurance multirisques climatiques ne sera pas possible sans un engagement public conséquent. « Nulle part dans le monde les assurances multirisques ne se sont développées sans le soutien de l’Etat. » Autrement dit, la Pac devra réserver un budget bien supérieur à l’enveloppe actuelle de 100 M€. « Avec seulement 8 % du budget du premier pilier, soit entre 500 et 600 M€, on pourrait couvrir plus de 80 % des surfaces pour toutes les productions. » Des chiffres calibrés sur les niveaux actuels de seuils, de franchise, et surtout de coût. Pour Groupama, il y a aussi un enjeu d’équilibre du dispositif : « avec seulement 26 % des surfaces couvertes, le dispositif reste fragile. »

Il faudra par ailleurs répondre à une autre question sous-jacente : faut-il, oui ou non, rendre l’assurance multirisques climatiques obligatoire ? Sans l’afficher directement, Groupama, comme les autres assureurs, serait tenté de répondre par l’affirmative. En tout cas, la question divise car elle touche à la « liberté d’entreprendre » tant revendiquée par les céréaliers.


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