Le bio business
Un reportage de Laurent Hakim et David Da Meda
La consommation du bio est en pleine expansion : en moyenne en hausse de 12 à 15 % chaque année. Un quart des Français se déclare consommateur régulier.
Pourtant, l’exploitation des terres en agriculture biologique ne suit pas, et notre pays a recours à l’importation pour satisfaire la demande. La grande distribution surfe sur cette mode du bio, en faisant parfois exploser les prix, ou en se révélant peu exigeante sur les normes sociales ou les bilans carbone. Nous avons enquêté sur cette nouvelle planète du bio qui se révèle un bon business, et sur les premiers bio-tricheurs qui font leur apparition.
Complété le 20/11/2011 à 19:17 :

Bio Cohérence, le nouveau label qui peut tout changer
Bien plus exigeant que le label bio européen ou notre "AB" national, Bio Cohérence a été lancé ce lundi par de grands acteurs de l'agriculture bio en France. Il pourrait chambouler le marché dès 2011.
Depuis le 1er janvier 2009, le label bio européen harmonise les pratiques en matière d'agriculture biologique dans l'UE. Du coup, le label AB, bien connu des consommateurs français de produits bio, n'est plus ce qu'il était: désormais calqué sur celui du label européen, son cahier des charges serait insuffisant, regrettent les partisans d'une agriculture bio plus responsable. Or, les labels plus exigeants, tels Demeter ou Nature et progrès, ne sont pas très répandus en France.
Des pros de l'agriculture bios, et pas des moindres - la Fédération nationale d'agriculture biologique (Fnab), les magasins Biocoop et Biomonde, le grossiste bio PrioNatura, les Eleveurs bio de France pour ne citer qu'eux- se sont donc réunis au sein d'Alternative bio pour lancer un nouveau label privé, dont l'idée a germé en 2007, dévoilé ce lundi 12 avril: Bio Cohérence.
0% d'OGM, 100% bio
"Pour nous, le label européen est un socle, pas un aboutissement", a expliqué lors de la conférence de presse Dominique Técher, viticulteur et président de Bio Cohérence. Ce nouveau label, qui sera contrôlé par les organismes certificateurs habituels (Ecocert, Certipaq, Agrocert, Qualité France et SGS) et attribué par un comité interne à Bio Cohérence, garantira que le producteur respecte, outre le cahier des charges européen, de nombreuses règles supplémentaires: refus catégorique des OGM (alors que les labels européen et AB tolèrent jusqu'à 0,9% d'OGM par ingrédient), obligation pour la ferme d'être 100% bio, alimentation animale 100% bio produite majoritairement dans la ferme, 100% d'ingrédients bio dans les produits transformés (contre 95% pour les labels bio européen et AB), limitation des antibiotiques, des antiparasitaires... En outre, le producteur labellisé s'engagera à effectuer un autodiagnostic de son exploitation afin de faire le point sur ses pratiques et de les améliorer, qu'il s'agisse par exemple du salaire versé à ses employés ou de son impact environnemental.
Les logos actuels
Son cahier des charges est désormais calqué sur celui du
label bio européen, qui devra obligatoirement apparaître sur les produits bio le 1er juillet 2010.

Bio Cohérence souhaite la plus grande transparence: éleveurs et agriculteurs auront connaissance de leur dossier et sauront pourquoi leur production a été -ou non- labellisée, assure ses représentants, ce qui ne serait pas toujours le cas aujourd'hui avec les autres labels.
Les premières certifications devraient avoir lieu dans les prochains mois, et les premiers produits apparaître en 2011 dans les rayons. Objectif: faire de Bio Cohérence un label aussi puissant que le Bourgeon en Suisse ou Soil Association en Grande-Bretagne.
Ces produits seront d'abord vendus dans des magasins spécialisés comme Biocoop et Biomonde. Les grandes surfaces pourraient aussi les distribuer, "mais pas à n'importe quelle condition", préviennent les promoteurs de Bio Cohérence, qui comptent sur l'intérêt croissant des consommateurs pour des produits bio de qualité pour imposer leurs exigences, notamment en terme de prix.
La récente initiative de Carrefour qui a lancé un label bio "dont le cahier des charges n'impose rien de plus que le label européen" et la propension des grandes surfaces à faire pression sur les producteurs bio pour faire baisser les prix les rendent plutôt méfiants...