Qualité des sols « Le semis direct n’est qu’un moyen parmi d’autres pour atteindre l’objectif »

Terre-net Média

Les principes de l’agriculture de conservation ont été progressivement mis en pratique chez Eric Boisleux, polyculteur dans le Pas-de-Calais. Il a trouvé les bons compromis pour les adapter à son système en tenant compte des cultures de son assolement parmi lesquelles pois de conserve et haricots et de son parc matériel.

Eric BoisleuxEric Boisleux est président de l'Apad 62 (Association pour une agriculture durable), association d'agriculteurs qui s'intéressent à l'agriculture de conservation. « Cette association a vocation à former au semis direct sous couvert végétal et à accompagner l’évolution. Chaque agriculteur est technicien du groupe. » (©Terre-net Média)

Eric Boisleux, agriculteur à Wancourt dans le Pas-de-Calais, installé en 1987, terminait fin mars ses semis de lin et de féveroles et s’attaquait à ceux de pois et de haricots. Ses parcelles n’ont visiblement pas une allure commune.

Il s’est intéressé aux Tcs en 2000. Et aujourd’hui, « j’en suis à ma septième campagne en semis direct ». Toutes les cultures de l’assolement – blé, orge d’hiver et de printemps, colza, lin fibre, pois de conserve et haricots - y ont droit, à l’exception des deux dernières. « J’ai essayé différentes techniques pour le lin car cette culture est très délicate. Pour les cultures d’industrie, les cahiers des charges m’obligent à utiliser un semoir spécifique. Je reste donc en Tcs pour ces deux espèces. » Eric Boisleux accepte ce compromis. 20 % de sa sole est travaillée tous les ans. « Mon objectif est de conserver voire améliorer la qualité de mon sol, le semis direct sous couvert végétal n’est qu’un moyen parmi d’autres pour atteindre l’objectif. »

Couverture permanente des sols

Hormis la quête de réduction du travail du sol, l’agriculteur s’impose la couverture de ses parcelles. « Je sème mes engrais verts après chaque récolte. » Avant les pois, il choisit un couvert en partie gélif pour garantir la protection du sol et se contenter d’une préparation devant le semoir. « A défaut d’hiver, je passe le broyeur puis un herbicide total. » Avant les autres cultures de printemps, le mélange d’interculture se compose d’au moins six espèces : colza, tournesol, féverole, pois, vesce, trèfle. « Il m’arrive de profiter d’une opportunité et de récolter le colza du couvert. » Avant les haricots, la difficulté est de trouver une espèce qui ne pompe pas toute la réserve hydrique et qui tient jusqu’à leur implantation début juin. « J’ai opté pour la sécurité. Je sème un couvert gélif après récolte puis un autre en sortie d’hiver (fin mars-début avril) à base de phacélie surtout, pour les bénéfices sur la structure du sol, et de trèfle. Un broyage de l’ensemble encore bien vert juste avant le semis donne un bon coup de fouet à la culture suivante. »

Avant les cultures d’automne, les repousses du précédent font office de couvert. « La meilleure façon de semer les mélanges d’interculture est de procéder avec autant de soin que pour une culture de vente. Mais la réalité peut se révéler plus compliquée. L’été, les chantiers se télescopent. » Voici résumés les principes de l’agriculture de conservation : couverture permanente des sols, semis direct sous couvert mort ou vivant, vivant de préférence, rotation longue.

Les rendements progressent

Au niveau économique, les premières années, les résultats n’ont pas baissé mais n’ont pas augmenté non plus. Eric Boisleux n’a pas fait évoluer son parc matériel en dehors de l’achat du semoir. Les deux tracteurs de 150 ch développent une puissance supérieure aux besoins mais ils n’avaient pas encore assez d’heures pour être remisés. Le matériel de travail du sol reste sur l’exploitation pour les pois et les haricots. « Je consomme moins de fuel mais j’ai eu quelques défauts de rendements, mes erreurs de débutant. » Le tout s’équilibrait. « Je commence à profiter des économies, grâce au non remplacement du matériel, qui est sous-utilisé. Et puis les rendements s’améliorent, en colza (15 q/ha de plus que la moyenne du secteur en 2014) et haricots (en 2014, sans irrigation, rendement supérieur à la moyenne usine des irrigants, malgré une récolte avancée pour problème de sclérotinia). En lin textile, malgré une bonne quantité, la qualité n’est pas encore au rendez-vous. Quant aux autres cultures, les rendements sont pour l’instant du même ordre que chez les laboureurs. »

ENGRAIS

Fertilisation

« L’important pour la fertilité du sol, c’est le rapport C/N. L’idéal serait d’atteindre le climax, c'est-à-dire de fournir assez de carbone (25 t/ha/an) au sol, pour que les protozoaires et bactéries s’en nourrissent et qu’avec l’azote capté de l’air rejettent une fiente à C/N environ égale à 15. A ce niveau, la fertilisation des plantes se fait naturellement. Un idéal inatteignable car nos cultures n’apportent pas assez de carbone au sol. Mais rien n’empêche de l’avoir en ligne de mire… Au démarrage, en agriculture de conservation, il faut plutôt apporter plus d’azote, pour compenser la présence importante et brutale de matière en l’absence d’organismes en quantité suffisante pour la digérer. Au bout de dix ans, normalement, la tendance devrait s’inverser. »

Adventices

Gaillet dans le blé

La flore adventice s’est modifiée dans les champs d’Eric Boisleux. « Chénopode, matricaire et vulpin ont disparu. J’ai découvert la grande berce et la consoude, et redécouvert le gaillet gratteron et le brome. Rotation et lutte herbicide parviennent à les maîtriser. » Les deux premières années, dépourvu du travail du sol, l’agriculteur avoue s’être fait prendre, mais depuis il s’est ressaisi et ne laisse rien passer pour éviter à tout prix d’augmenter le stock semencier de ses parcelles. « Aujourd’hui, je peux réduire les volumes. »

Maladies

Septoriose du blé

Eric Boisleux se félicite d’avoir peu de maladies. « Sûrement la conjonction de plusieurs facteurs mais je pars du principe qu’une plante saine et bien enracinée sera moins sensible. Quand je traite, c’est au dixième de la dose préconisée par ceux qui font du bas volume. Par exemple en blé : mes dépenses en fongicides varient de 9 à 25 €/ha pour trois à quatre passages. »

Insectes

Charançon sur colza

La pression a fortement diminué. Eric Boisleux reste vigilant, en post-levée, en lin et pois, très sensibles aux altises et sitones. « J’évite de traiter les pucerons du blé pour préserver les auxiliaires qui généralement me le rendent bien et se chargent du problème. Je fais preuve de patience mais surveille très attentivement cependant, pour ne pas risquer de me faire déborder par les prédateurs. Pareil en colza qui de toute façon a une bonne capacité de compensation. J’ai rarement des problème de charançons et je préfère laisser les méligèthes participer à la fécondation de ma culture. »

Limaces

Piège à limaces en colza

« Jamais d’antilimaces ! Surtout pas. » Un roulage après la récolte du colza écrase une partie des œufs. En blé de colza, les limaces attaquent les repousses laissant à la jeune culture le temps de suffisamment se développer pour ne plus être inquiétée. « Et puis le danger survient chaque année à la même période. Pourquoi ne pas décaler le semis pour l’éviter ? Quant au colza que je sème au 10 août, fin septembre, il est suffisamment fort pour supporter les éventuels assauts. Et plus on met d’antilimace  plus il y a de limaces. »


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