Semis direct sous couvert Philippe Bosc : « Produire autant avec moins, en améliorant la vie du sol »

Manon Mouly Terre-net Média

Philippe Bosc est éleveur bovin viande dans l’Aveyron. « C'est mon père qui a commencé à semer en direct il y a 20 ans. La couverture du sol est beaucoup plus récente. Je la pratique réellement depuis 2010 même si mes premiers couverts datent de 2003. » Riche de son expérience, de ses réussites mais aussi de ses échecs, Philippe témoigne.

Semis direct sous couvert.Grâce aux améliorations techniques des machines, Philippe Bosc a pu faire évoluer la méthode du semis direct sur son exploitation (©Manon Mouly)

« Au départ, nous ne pensions pas à l’intérêt agronomique du semis direct. Notre idée était simple : limiter les coûts d’implantation des cultures et la difficulté du travail du sol. » L’exploitation de Philippe Bosc, éleveur bovin viande dans l’Aveyron, est située sur des sols calcaires où affleurent les rochers. « Le travail du sol était très fastidieux, il fallait enlever les pierres puis les casser », se rappelle-t-il. Sur ses 150 ha de SAU, 15 ha sont dédiés à la culture de céréales, 25 ha aux prairies temporaires et le reste aux prairies longue durée et permanentes. 

La mise en place d'une nouvelle méthode de travail sur une exploitation peut se révéler complexe : « Les premiers semoirs n'étaient pas du tout adaptés pour passer dans les résidus végétaux. Au début, nous avons essuyé beaucoup d'échecs. Le désherbage n’était pas maîtrisé, nous étions vite envahis par les mauvaises herbes. » La rotation n'était pas non plus un remède connu. « Les graminées nous posaient de plus en plus de problème. Nous sommes un peu revenus aux TCS mais ça n'a fait qu'empirer les choses : plus je grattais la terre, plus je favorisais les mauvaises herbes. »

Petit à petit, essais après essais, ils trouvent les solutions. « On s’est mis à mieux organiser la rotation au niveau de l’exploitation. » Et le semis direct sous couvert est mis en place pour les céréales et les prairies temporaires. Ils changent aussi de matériel. « Nous avons maintenant un semoir Semeato. Il convient bien pour semer dans les résidus végétaux et il est facile à régler. »

Les mélanges d'espèces mieux adaptés

« L’objectif du couvert est qu’il se développe suffisamment pour concurrencer les adventices. » Philippe se lance, tente, évolue et s’améliore. « Au départ nous ne mettions qu’une ou deux espèces. Puis, nous nous sommes aperçus que les mélanges étaient mieux adaptés. En effet, selon la météo, les plantes se développent plus ou moins bien. Avec un mélange, la couverture est assurée. Et c’est facile, les fournisseurs proposent des mélanges déjà prêts. »

Philippe a souvent recours aux protéagineux, et plus globalement à des espèces qu’il n’a pas dans son assolement : pois, radis, vesce, lin, colza, féverole... « Je choisis en fonction des besoins. S’il faut restructurer le sol, je prends des plantes structurantes. Si j’ai besoin de plus de fourrages pour mes animaux, je vais choisir des espèces comestibles », explique Philippe. Avec l’expérience, il constate l’importance du rôle des associations pour les sols. « J’aimerais associer des espèces qui ont des développements racinaires différents pour mieux structurer le sol. Nous pourrions mieux valoriser les couverts végétaux si nous connaissions mieux les effets des interactions entre chaque plante. »

Semer le plus rapidement possible après la moisson

Aujourd’hui, la rotation de Philippe est sous la forme : première céréale, couvert d’été, deuxième céréale, couvert d’été, puis une prairie implantée sous couvert pendant deux ou trois ans.

La gestion d’un couvert végétal est technique. Elle demande de pouvoir s'adapter. Selon la météo ou l’état du sol, il arrive que les plans doivent changer. « Cet été, derrière un triticale de blé, le sol était tellement sec que je n’ai pas pu semer le couvert. En plus, il était annoncé des températures supérieures à 40°C, et je savais que je n’avais aucune réserve de fraîcheur. » La température du sol est en effet un critère très important pour la date des semis. « En semis direct, il faut semer un peu plus tôt les céréales d’automne, environ 10 jours. Au printemps, c’est plutôt l’inverse. L’important, c’est la température du sol. Il faut attendre que la terre se réchauffe. » 

Semis direct sous couvert. L’objectif du couvert végétal est d’empêcher le développement des adventices. Sans travail du sol, c’est une des seules techniques capables de gérer les mauvaises herbes. (©Manon Mouly) 

S’il y a un avantage certain à cette technique, c’est qu’elle a permis à Philippe de s’intéresser aux sols et à l’agronomie. Il est devenu acteur de ses choix culturaux. « Certains agriculteurs pensent qu’il faut labourer de temps en temps. C’est tout l’inverse ! Quand vous faites du semis direct, vous créez une structure verticale dans le sol. Les vers de terre montent et descendent, construisent des galeries que les racines utilisent. Le labour détruit cette verticalité. Il faut ensuite plusieurs années pour la recréer. »

Produire avec moins tout en améliorant la vie du sol

Sans oublier les nombreux autres avantages. « Aujourd’hui j'ai des rendements identiques au conventionnel avec des coûts d’implantation beaucoup moins élevés. La marge est meilleure et nous gagnons un temps considérable. » D'un point de vue agronomique aussi Philippe semble satisfait : « Le sol se comporte mieux. Il y a beaucoup de vers de terre, une meilleure portance et l’infiltration de l’eau est plus rapide. En 10 ans, nous avons gagné 1 point de MO. Finalement, un sol en bonne santé, c’est aussi des animaux en bonne santé », assure-t-il.

Si aujourd’hui Philippe a réussi à mettre en place un système qui fonctionne, c’est grâce à sa détermination et à sa volonté de s’améliorer. « Nous avons fait évoluer nos pratiques au cours des années », confie-t-il.

« N’ayez pas peur des échecs »

« Lorsque je me suis intéressé à la technique du semis direct, en 95, elle était peu connue. Personne ne nous en avait parlé. » Il a alors rejoint un groupe d’exploitants dans l’Aveyron qui la pratiquaient et échangeaient sur leurs expériences. « La meilleure méthode pour se former, c’est d’avoir le témoignage d’un autre agriculteur. Il faut aller sur son exploitation, étudier sa manière de travailler, comprendre pourquoi ça marche », assure Philippe. Un peu philosophe, il conclut : « Il ne faut pas avoir peur d’essayer, quitte à se tromper. On apprend plus de ses échecs que de ses réussites. L’essentiel est de comprendre pourquoi ça n’a pas fonctionné. C’est une faculté que l’on a quand on est jeune : on n’a pas peur de se tromper. Il faut garder cet esprit-là longtemps. »


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net
Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous