Multiplicateur de semences Thomas Bourgeois : « Une meilleure valorisation de la surface cultivée »

Terre-net Média

La multiplication de semences se pratique de père en fils sur l'exploitation de Thomas Bourgeois dans l'Oise. Le choix des espèces varie selon les époques et se concentre aujourd'hui sur les céréales. Une activité exigeante mais source de revenus qui nécessite peu d'investissements.

Thomas BourgeoisThomas Bourgeois explique le pouvoir de multiplication des espèces : « Le blé possède un pouvoir de multiplication de 110 à 150 fois, c'est-à-dire qu'un grain en donne entre 110 et 150. Celui de l’orge, l’avoine ou du lin est plutôt de 100 fois. » (©Terre-net Média)

Thomas Bourgeois cultive 248 ha de céréales et d’oléoprotéagineux à Léglantiers dans l’Oise. Multiplicateur de semences depuis 1992, celles-ci couvrent plus de 40 % de sa Sau. Il multiplie pour Saaten-Union trois variétés de blé, dont des parents d’hybrides, une d’orge de printemps, une d’avoine et une de lin oléagineux. Blé, colza, pois et maïs, en cultures de vente, complètent l’assolement. « J’ai le même matériel pour mes cultures de vente que pour celle en multiplication. C’est simple, même si je dois particulièrement soigner le nettoyage entre deux parcelles. »

La France est le premier pays producteur de céréales en Europe, avec près de 8 millions d’hectares. Pour les ensemencer, il faut environ 10 millions de quintaux de semences (dont la plus grande partie est certifiée), ce qui mobilise 140.000 hectares pour leur production.

Le niveau de rémunération joue aussi pour beaucoup dans le choix de cette activité. « Au niveau du brut livré, je dégage 40 à 60 €/t de plus pour mes semences de céréales. » Thomas Bourgeois, également vice-président de la Fnams en charge des céréales et protéagineux, explique ainsi qu'un atelier semences peut pallier l’impossibilité d’agrandir l’exploitation par une diversification à forte valeur ajoutée, plus ou moins selon les espèces choisies. « Ainsi, sur une exploitation de taille moyenne avec une dizaine d’hectares de semences en plein champ à forte valeur ajoutée, potagères par exemple, il est possible de dégager autant de chiffres d’affaires, voire de revenus, qu’avec quelques centaines d’hectares de grandes cultures. Cette valeur ajoutée provient de la rémunération de deux facteurs : la technicité de ces productions associée à la prise de risques. »

La production de semences est exercée par tradition (héritage familial), par passion (goût de la nouveauté et de la technicité), par opportunité (voisinage, rencontre, démarchage), mais donc aussi par choix économique. « Les établissements semenciers sont toujours en quête de nouvelles surfaces. »

Certification sous conditions

Thomas Bourgeois travaille sous contrats annuels avec Saaten-Union, qui en avise le Gnis. Un contrôleur du Soc, Service officiel de contrôle et certification, ou un technicien agréé de l’établissement semencier, vérifie à chaque nouvelle campagne, que tous les critères de production sont respectés. « A ces conditions, mes semences peuvent obtenir leur certification. »

Parcelle de multiplication de semences de blé.Une bande de 10 m doit séparer une parcelle de multiplication de semences d'une autre parcelle d'une même espèce. (©Terre-net Média)

Une des contraintes à respecter est l’isolement. Une bande de 10 m doit séparer deux parcelles d’une même espèce, 20 m dans le cas de la production de parents d’hybrides pour respecter une exigence de pureté encore plus élevée. Il faut également assurer un taux de germination de 85 % minimum. « Je dois donc particulièrement veiller à la fusariose car elle peut altérer la faculté germinative. » Thomas Bourgeois doit éliminer toutes les repousses, surtout de folle avoine, afin de garantir la pureté spécifique de son lot. « Au-delà d’une folle avoine par 500 g, il sera déclassé. » La pureté variétale, elle, est le souci des équipes d’épurateurs de Saaten-Union qui viennent repérer les plantes qui ne correspondent pas au profil physiologique de la variété multipliée. « Ils passent au moment de l’épiaison, arpentent les champs et retirent les brins les plus hauts, les plus courts… »

Le multiplicateur stocke toutes sa production de semences, soit 700 t, dans des cellules à plat nettoyées, desinsectisées et après un vide sanitaire d’au moins un mois. « Le blé jusqu’aux mois de septembre-octobre, l’orge de printemps et l’avoine jusqu’en janvier-février, périodes auxquelles Saaten-Union récupère le produit. »


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net
Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous