Journée européenne des coopératives agricoles Adhérents, consommateurs… : les coopératives veulent rassurer tous azimuts

Terre-net Média

Les coopératives françaises sont face à un dilemme : elles sont à la fois confrontées à la loi du marché, qui leur impose d’atteindre une taille à la hauteur de leurs ambitions, mais aussi à une certaine défiance de leurs adhérents et des consommateurs. Un dilemme qui a alimenté les débats de la 6e journée européenne des coopératives agricoles, organisée mardi 22 septembre.

Philippe Mangin quittera la présidence de Coop de France en décembre prochain.Philippe Mangin, président de Coop de France, ne se représentera pas en décembre prochain lors du congrès de la Fédération.(©Terre-net Média) 

Philippe Mangin, le président sortant de Coop de France, ne le cache pas : la confiance des adhérents dans leurs outils coopératifs doit être un défi permanent pour les coopératives. L’internationalisation croissante de nombreuses coopératives françaises nourrit depuis plusieurs années une certaine défiance des adhérents. Mais pour Michel Prugue, président de Maïsadour, « le métier de paysan coopérateur va au-delà de l'acte de production ». « Il faut qu'il y ait une réappropriation par l'adhérent de ce qu'est sa coopérative », a-t-il insisté lors des débats de la 6e journée européenne des coopératives, organisée mardi 22 septembre à Paris.

« Nous n’avons jamais poussé à développer d’abord notre coopérative pour ensuite convaincre les adhérents qu’il est judicieux de le faire », a expliqué David Potereau, administrateur chez Saveol, coopérative bretonne spécialisée dans la tomate.

La taille critique à atteindre pour une coopérative dépendrait ainsi de ses ambitions. « La Chine concentre désormais 60 % de la consommation d’amidon, explique pour sa part, Alexandre Luneau, directeur du marketing stratégique et des risques marchés du groupe Tereos. Il faut être capable d'accompagner les clients là où ils sont. Pour une coopérative, se développer est obligatoire si on veut concurrencer les géants privés. »

50 % des coops ont ouvert leur capital à des tiers

Pour financer leur développement en France ou à l’international, « la moitié du top 30 mondial des coopératives ont ouvert leur capital à des tiers, industriels ou financiers », explique Marion Dietz, qui a réalisé pour Unigrains une étude sur l’évolution du financement des coopératives. Ceci dit, certaines coopératives proposent de nouvelles formes d’apports de capitaux à leurs adhérents, pour que ces derniers puissent profiter de la croissance des filiales. Ainsi, Vivescia a ouvert en 2010 le capital de sa principale filiale Siclaé à ses adhérents et salariés.

Outre un juste retour financier au regard de la croissance de leur coopérative, les adhérents attendent beaucoup d’une meilleure gouvernance. A deux mois de son départ de la présidence de Coop de France, Philippe Mangin le reconnaît : « Nous devons réviser nos modes de gouvernance. C'est en cours chez certaines, mais ce n’est pas le cas partout. Il faut ouvrir une réflexion là-dessus. »

Le président d’Emc2 plaide pour une gouvernance des élus au sein d’un conseil de surveillance, pour davantage « surveiller » l’action des cadres dirigeants. « Les membres élus doivent être davantage des surveillants que des gestionnaires. » Pour lui, « il faut un contrôle beaucoup plus rigoureux des cadres de direction. Sommes-nous assez exigeants à l’égard de nos managers ? Je n’en suis pas certain. » Faudrait-il tout simplement revoir les statuts du modèle coopératif ? « Attention, alerte le leader de Coop de France. Dès la moindre modification du statut coopératif, les services de Bercy seront prêts à remettre en cause la fiscalité des coops. »

Faire valoir la spécificité coopérative

Il n’y a pas que les adhérents que les coopératives doivent rassurer. Le consommateur aussi doit l’être. « C'est sur les produits alimentaires que se greffent les principales angoisses des consommateurs », observe Nathalie Damery, présidente de l’observatoire Société et consommation. Le scandale des lasagnes à la viande de cheval, avec pour principal acteur Spanghero, qui était à l’époque une filiale de la coopérative Lur Berri, avait contribué à ternir l’image de la coopération.

« Notre difficulté est d'expliquer au consommateur la différence des coopératives, explique Michel Prugue, président de Maïsadour. C’est l’objectif de la campagne de communication de la coopération agricole. » Chez Sodiaal, « nous considérons que le consommateur doit savoir qu’Entremont et Candia sont des marques de coopératives », ajoute pour sa part Frédéric Rostand, directeur général.

« Nous faisons venir des représentants de distributeurs dans nos réunions de sections pour leur montrer qu'il faut garder de la valeur sur nos territoires », témoigne encore Christophe Brasset, directeur des métiers agricoles chez Vivescia. « L’important, c’est d’avoir un projet lisible aussi bien pour l’adhérent que pour le consommateur », résume Philippe Mangin. C’est finalement l’une des conditions pour restaurer la compétitivité de la filière alimentaire française, « en cultivant le "vivre ensemble" de tous les acteurs », conclut Thierry Blandinières, directeur d’Invivo.

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