Pollinisation des cultures Agriculteurs cherchent à louer abeilles pour le printemps

Afp

Parce qu'il y a de moins en moins d'abeilles dans la nature et d'apiculteurs dans les campagnes, de plus en plus d'agriculteurs louent des ruches pour aider à la pollinisation de leurs cultures.

Avant, la pollinisation était assurée gratuitement par des apiculteurs amateurs qui avaient quelques ruches au fond de leurs jardins. Mais aujourd'hui, beaucoup ont jeté l'éponge face à la hausse de la mortalité des abeilles. Selon le dernier recensement de 2005 : en 10 ans, la France a perdu 15.000 apiculteurs. Pour pallier ce manque, l'agriculteur n'a pas d'autre choix que d'installer ponctuellement des ruches au milieu de ses champs. « Il t'appelle et te demande 200 ruches pour la floraison. Si vous ne pollinisez pas un champ d'amandiers, vous arrachez vos arbres », explique Jean-Yves Foignet, président de l'Institut de l'abeille et apiculteur bio en Corse.

Les producteurs de melon, de kiwi, certains arboriculteurs, les producteurs de semences de nombreux légumes, de tournesol ou colza sont les principaux concernés. « Si on veut faire des semences de colza hybrides, on a besoin que l'abeille transporte le pollen des rangs mâles aux rangs femelles », illustre Jean-Christophe Conjeaud de l'association des agriculteurs multiplicateurs de semences oléagineuses (Anamso). Cette « pollinisation dirigée » permet d'« homogénéiser » les rendements et d'obtenir des semences de meilleure facture qui germent mieux, selon lui. L'abeille, prestataire de service donc.

33 euros la ruche

Une prestation qui rapporte en moyenne 33 euros par ruche (pour 20 à 60 jours) et assure à l'apiculteur un complément de revenus, selon une étude de l'Institut de l'abeille datée d'octobre. En France, le phénomène ne cesse de prendre de l'ampleur et s'organise. L'Anamso et le Gnis (interprofession des semences) viennent de mettre en place beewapi.com, plate-forme de mise en relation entre agriculteurs et apiculteurs. Objectif : « que chaque demande de ruches émanant des producteurs soit couverte par une offre de qualité ». Il faut dire qu'en 2012, les producteurs de colza ont eu du mal à trouver des ruches.

« L'année dernière, on a planté pour la première fois en France du colza Cruiser (du suisse Syngenta) et ça a créé un blocage chez beaucoup d'apiculteurs qui ne voulaient pas exposer leurs cheptels à ce pesticide » accusé de contribuer au déclin des colonies d'abeilles, raconte Olivier Belval, président du principal syndicat d'apiculteurs (Unaf). Si le problème ne devrait pas se reproduire -  le Cruiser a été interdit sur le colza en juin dernier -  le précédent a marqué les esprits.

Et les agriculteurs cherchent à obtenir des assurances auprès des 2.000 apiculteurs professionnels français. Mais ces derniers redoublent de prudence, craignant une dérive vers le modèle américain. Aux Etats-Unis, les apiculteurs sont avant tout des loueurs de ruches. Ils font du miel en bonus, explique Olivier Belval. Les ruches s'y louent 150 dollars et sont trimballées des champs d'amandiers en Californie aux pommiers de la côte Est, selon l'apiculteur ardéchois.

Le problème : la gestion industrielle de l'abeille (un apiculteur a facilement 15.000 ruches contre quelques centaines en moyenne en France) fragilise les colonies. L'abeille est lâchée dans un vaste champ en monoculture, son alimentation s'appauvrit, elle devient plus faible. Du coup, la ruche a besoin d'antibiotiques (bannis en France) et ses défenses immunitaires baissent, énumère Olivier Belval. « Là-bas, on considère le miel comme un sous-produit de la ruche », s'inquiète-t-il. A ce jour en France, de nombreux professionnels louent leurs ruches mais aucun ne pratique exclusivement cette activité. Pour l'instant...


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