Paroles de lecteurs Baisse du potentiel nourricier français, l'article le plus commenté ces jours-ci

Terre-net Média

Achat de terres agricoles françaises par les Chinois, course à l'agrandissement et à la mécanisation, marché mondialisé, émergence de nouveaux pays exportateurs plus compétitifs... selon les lecteurs, beaucoup de raisons peuvent expliquer la diminution du potentiel nourricier de la ferme France. Si certains sont fatalistes, d'autres entrevoient des solutions, dans l'essor des circuits courts notamment.

BléEst-il possible de développer les circuits courts en céréales ?
Les lecteurs ne sont pas tous d'accord sur la réponse. (©Terre-net Média)

Grimauxj : « Dans 20 ans, l’agriculture française sera chinoise. Et avec nos dirigeants actuels et leur sacro-sainte stratégie nationale du bas carbone, ça sera même plus rapide ! Non seulement, on n’exportera quasiment plus mais on sera tributaire d’autres pays pour la nourriture comme pour le carburant ; pays, qui n’en ont rien à faire du carbone et des autres débilités que l'État veut nous imposer et qui s’en mettront plein les poches, eux ! »

Loïc : « Grâce à qui ? À la FNSEA qui défend la course à l’agrandissement et qui empêche les jeunes de s’installer sur de petites ou moyennes surfaces. Aujourd’hui, la moitié des jeunes s’installent sans les aides, avec de faibles DPU et sans prêts bonifiés ! (...) »

Sinistre : « Ce n’est pas la faute de la FNSEA mais celle du marché actuel, qui ne permet pas de vivre sur ce type d’exploitations. La belle affaire de toucher 15 000 € quand pour s’installer sur une structure viable, il en faut 3 000 000... (...) Toutefois, aussi ridicules soient-elles, c’est idiot de ne pas profiter de ces aides. La vraie raison est plutôt que le projet n'est pas viable économiquement. »

Loïc : « Foutaise ! (...) La politique de l’agrandissement est bien là, soutenue par tous, coopératives et FNSEA. Pas besoin d’avoir 500 ha pour vivre ! 100 ha bien gérés suffisent, avec les mêmes aides pour tous, sans courir après la mécanisation et sans engraisser les coops. »

Les circuits courts, la solution ?

Sinistre : « (...) En céréales, avec tes 100 ha, tu ne résisteras pas longtemps. En dessous de 250 ha, difficile de s'en sortir... »

Phil47 : « Désolé Sinistre, les jeunes qui s’installent sans aides sont de plus en plus nombreux. (...) C’est un choix de vie et ne croyez pas que les projets ne sont pas viables. De petites surfaces en achat ou location, ça existe en circuits courts et ça roule. L’agriculture française ne nourrira jamais la terre entière. Il y aura toujours deux modèles en France, l’agriculture mondialisée et celle de proximité. L’avenir nous dira, comme le passé l’a déjà fait, quels agriculteurs seront encore là demain à vivre de leur passion. Si des Chinois rachètent de grosses exploitations en faillite, grand bien leur fasse. Personnellement, je sais d’où vient le lait que je bois, la viande et les légumes que je mange, parce que j’ai davantage confiance en ces jeunes, dont la vocation est de nourrir leurs voisins et non d’enrichir les multinationales. »

Sinistre : « Les circuits courts en céréales ? Balivernes ! Une micro niche plutôt. Moi, par exemple, j’ai 25 000 q à vendre. Allez les commercialiser en circuits courts, ça risque de vous occuper un bon moment ! Chacun pense pour sa pomme, alors que c’est au système global qu’il faut réfléchir. »

Émil30 : « Sinistre, les céréales en direct, ça marche. Il suffit d’avoir une production diversifiée. Beaucoup d’agriculteurs ont misé sur des structures moyennes (100 ha environ), ont refusé la course à l’équipement, synonyme d’endettement, et ont décidé de produire des céréales anciennes ou secondaires comme le seigle, le sarrasin, les variétés de blé oubliées, pour des magasins toujours plus nombreux proposant des aliments locaux. Certains cherchent des débouchés atypiques, comme l'industrie pour le lin et le chanvre, et réintègrent des légumineuses dans leur rotation pour améliorer leurs pratiques culturales et combler le déficit de protéines végétales en Europe et en France. La réussite ne passe pas par l’augmentation de la SAU, mais par la diversification de l'assolement et des clients. »

« Aucun agriculteur n'a demandé à être en concurrence avec le monde entier »

Phil47 : « (...) Certains ont fait le choix de la surface mais pour quel avenir à long terme ? Quel est l'intérêt de se battre sur un marché où l’on trouvera un autre agriculteur avec encore plus de céréales à commercialiser et qui, lui, sera prêt à vendre moins cher, qu’il soit étranger ou français ? Chacun est libre de ses décisions mais ne les assume pas toujours... »

Sinistre : « Vous oubliez qu’aucun agriculteur n'a demandé à être en concurrence avec le monde entier... Second problème, la production agricole mondiale ne couvrira pas les besoins alimentaires mondiaux. Au moindre accident climatique, ce sera la panique pour s’approvisionner et les prix flamberont. Les circuits courts en maraîchage, pourquoi pas mais en céréales, c’est anecdotique. Sans parler des betteraves, du colza et du tournesol... (...) »

Émil30 : « Je n’ai jamais dit que tout le monde devait vendre ses céréales en circuits courts. Ce que je dis, c’est que c’est possible et que ça peut et doit encore se développer. Et que les assolements peuvent se complexifier et s’allonger pour faire rentrer plus de protéines végétales. Que l’hyper spécialisation des régions doit cesser, pour faire cohabiter élevage et grandes cultures et revenir aux systèmes de polyculture-élevage. Une alimentation territorialisée doit se mettre en place pour le bien de l’agriculteur, du consommateur et de l’environnement. Les accidents climatiques, les ravageurs et les maladies peuvent être maîtrisés en diversifiant les productions et en répartissant le chiffre d'affaires sur des activités plus ou moins sensibles à tel ou tel événement. Par ailleurs, il y a bien d’autres moyens que la course au rendement pour couvrir la demande alimentaire mondiale, comme la densification des cultures, le moindre recours aux protéines animales, etc. De plus, ce n’est pas sur les Occidentaux que repose l’espoir de nourrir la planète. Les pays en voie de développement, l’Afrique en particulier, ont un potentiel de production énorme. »

Sinistre : « (...) Les accidents climatiques sont très mal gérés en France à cause des écolos, qui refusent les retenues d’eau permettant de limiter les inondations et d’irriguer en périodes sèches. La course au rendement, c’est dans votre tête. Les rendements moyens n’augmentent plus beaucoup depuis bien longtemps. (...) »

L'Afrique, un énorme potentiel agricole

Phil47 : « (...) La production est largement suffisante au niveau mondial, mais elle est mal répartie. Allez dire à quiconque ayant de l’argent : n’achète pas de pain aujourd’hui parce que tu gaspilles ce que les autres ne peuvent s’acheter. Quant aux accidents climatiques, ils restent localisés et ne créent pas de manque à l’échelle planétaire. (...) Ce qui est certain, comme l'explique Émil30, c’est que les prochains pays exportateurs ne sont pas loin et seront plus compétitifs. »

Sinistre : «  Vous parlez de compétitivité. Une chose est sûre, ce n’est pas l'agriculture de conservation qui sera compétitive sur le marché mondial. »

Loïc : « Comme l'a précisé Émil30, l’Afrique a un très gros potentiel agricole, avec des dizaines de milliers d'hectares non exploités et des sols fertiles non massacrés. (...) Quand ce continent aura la stabilité politique et la technicité, il nous mangera sur la tête ! Les Chinois commencent à s’installer chez eux, preuve qu’il n’y pas que le Berry qui les intéresse. Le Maghreb et le Moyen-Orient préfèreront se servir en Afrique sub-saharienne plutôt que chez les céréaliers français. C’est plus près et moins cher ! »

Sinistre : « Le développement de l’agriculture africaine prendra quelques décennies, mais ne pourra se faire qu’avec des prix mondiaux décents. (...) »

Rutabaga : « Un : plus un sol produit, plus sa fertilité augmente car les restitutions des feuilles, tiges et racines sont proportionnelles au rendement. (...) Deux : l’avenir de l’Afrique est dans son agriculture. Sur ce continent comme chez nous, le prix mondial du blé doit être assez élevé pour rémunérer tous les producteurs. (...) S’il est trop bas pour que les Africains aient intérêt à semer, (...) leurs gouvernements devront importer pour éviter les émeutes de la faim, s’ils ont de l’argent, du pétrole ou des mines bien sûr. Sinon, c’est la famine et des peuples entiers qui se déplacent pour pouvoir manger. Et ça n’est que le début de l’immigration, car la population de l’Afrique va doubler et aucun État ne se prépare à nourrir tous ses habitants. »

Zéro GES + zéro PAC : « (...) Si les leaders politiques de la planète admettaient qu’il sera impossible de nourrir la population mondiale en 2050 sans augmenter de 70 % la production par hectare, ce qui est irréalisable, une nouvelle agriculture complémentaire à celle dite conventionnelle pourrait se développer sur de très faibles surfaces, faisant travailler des milliers de personnes et fournissant des produits qui seront consommés sans avoir fait des milliers de kilomètres. (...) »


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