Urbanisation Zone agricole protégée : Chécy préserve son agriculture

Terre-net Média

Les zones agricoles au voisinage de Chécy, commune à l’est d’Orléans, ont au fil des années pris un caractère périurbain. L'activité s’est ainsi retrouvée morcelée, sans vision de développement. En 2008, les élus ont lancé un groupe de réflexion « Chécy poumon vert » qui a permis la mise en œuvre d’actions pour redynamiser l’agriculture locale.

Zone agricole protégée.La Zap empêche l’étalement urbain. (©Trame)

Les espaces agricoles et naturels situés en zones urbaines et périurbaines font l’objet de pressions foncières particulièrement fortes. C’est le cas dans l’agglomération orléanaise de Chécy, qui se trouve confrontée à cette problématique. Depuis 1975, la population de la commune a doublé jusqu’à atteindre aujourd’hui 8 700 habitants avec en moyenne 520 habitants/km². Chécy a ainsi progressivement pris un caractère périurbain. 

En 2008, dans un souci de développement équilibré de leur territoire, les élus de Chécy ont lancé le projet « Chécy poumon vert », avec pour objectifs principaux la protection et la valorisation des espaces agricoles et naturels sur son territoire, et la promotion du développement durable.

Un partenariat avec la Safer et la Chambre d’agriculture

En 2009, la commune a souhaité établir un diagnostic de territoire et recueillir des propositions d’actions. Elle a missionné la Safer du Centre et la Chambre d’agriculture du Loiret. L’étude comportait un diagnostic de territoire (relevés de terrain, données chiffrées et d'enquêtes qualitatives), l’analyse des enjeux territoriaux en lien avec les différents projets en cours et les propositions d’actions.

Cette étude a montré que la surface agricole déclarée en 2009 constituait 430 ha (28 % de la surface totale) et qu’il n’y avait plus qu’une exploitation dont le siège était sur Chécy, contre 15 en 1990. Parallèlement, au moins 8 exploitations ayant leur siège d’exploitation à l’extérieur cultivaient des parcelles sur la commune de Chécy. L’activité agricole se concentrait alors essentiellement dans les secteurs ouest, nord et sud-est de la commune. Autre résultat : en raison de la pression urbaine, les agriculteurs ne disposaient pas d’une vision à long terme quant au devenir de leurs exploitations et cela ne les incitait pas à réaliser des investissements importants. Ce manque de visibilité était renforcé sur certains secteurs par des petites parcelles avec des baux précaires.

Des premières actions sur le foncier

Suite à cette étude, les élus municipaux ont décidé d’engager des actions, en partenariat avec la Safer et la Chambre d’agriculture. Hubert Tinseau, adjoint au maire de Chécy et chargé  de l’environnement, des espaces publics et naturels, du développement durable et du tourisme, explique : « Afin d’agir sur le foncier, une convention a été signée début 2012, avec la Safer dans le cadre de la surveillance du marché foncier. Chécy s’est ainsi abonnée au portail internet Vigifoncier développé par la Safer, permettant à la commune de connaître en temps réel les projets de vente sur son territoire, et d’anticiper ainsi son évolution et les changements possibles d’occupation du sol. Cette convention donne aussi la possibilité à la commune de demander l’intervention de la Safer par préemption sur certains projets de vente, afin de garantir la destination agricole ou environnementale des biens vendus. Par ailleurs, une autre convention a été signée, la même année, avec la Chambre d’agriculture pour favoriser l’installation d’agriculteurs sur son territoire. Dans ce cadre, la commune a souhaité concrétiser l’installation d’un agriculteur ».

Une volonté de protéger cette zone agricole

Pour mieux maîtriser la gestion du territoire communal à vocation agricole mais menacé par la périurbanisation et l’étalement urbain, Chécy a aussi créé une Zone Agricole Protégée (Zap) de 285 ha en avril 2013. La Zap concerne des zones agricoles dont la préservation est d’intérêt général (cf. encadré). Elle permet de maintenir les activités agricoles. Elle empêche ainsi l’étalement urbain et préserve les paysages et promeut l’environnement agricole, les vignes AOC (gérées par une association) et la biodiversité.

Zone agricole protégée de ChécyChécy a classé 285 ha en zone agricole protégée afin de maintenir les activités agricoles et les développer. (©Trame)

Elle a été mise en place dans le cadre d’une large concertation et l’enquête publique a permis de constater un consensus total de la part des habitants. 

L’installation d’un maraîcher en bio

Depuis début 2016, Benjamin Trouslard a bénéficié de l’appui de la ville pour s’installer sur un terrain de 4,7 hectares et créer une exploitation en maraichage bio baptisée le « Potager d’antan ». La Mairie qui souhaitait l’installation d’un jeune maraîcher bio a facilité les investissements nécessaires : forage pour irrigation, mise à disposition de terrains… Le maraîcher propose aujourd’hui environ 40 légumes différents. La commercialisation se fait en vente directe et sur le marché de Chécy, chaque samedi. Il raconte : « Je cherchais depuis plusieurs années à m’installer en maraîchage bio. C’est la Chambre d’agriculture qui m’a parlé de la volonté de la municipalité de Chécy d’accueillir de jeunes agriculteurs, sur des terrains disponibles ou à reprendre. J’ai donc commencé à travailler sur un projet d’exploitation, accompagné de la Chambre d’agriculture et je l’ai proposé aux élus de Chécy ».

« Chécy poumon vert »

Hubert Tinseau témoigne : « Le groupe « Chécy poumon vert » que j’anime depuis 2008 fédère les acteurs concernés : agriculteurs, chasseurs, pêcheurs, randonneurs, associations environnementales, représentants de parents d’élèves, acteurs du tourisme, associations locales, élus du canton…

Il permet de partager les informations et les expériences, et de suivre l’avancée de ce projet transversal et original. Aujourd’hui, nous poursuivons nos actions. Dans le prolongement de la Zap et l’installation d’un jeune maraîcher, nous avons établi une charte de bon voisinage afin de concilier au mieux les activités agricoles sur la commune et la compréhension des riverains. Par ailleurs, nous avons réalisé l’inventaire de la biodiversité communale. Enfin, un état des lieux a été mené sur les espaces gérés par les services espaces verts de la Ville pour rationaliser les interventions et réduire les coûts pour la commune. Nous menons aussi une action de préservation des espaces naturels par l’achat de parcelles en zones humides et Natura 2000, ainsi que la mise en place de parcours pédagogiques (poissons, grands migrateurs et oiseaux). »

La Zone Agricole Protégée

Depuis la loi d’orientation agricole du 9 juillet 1999, il est possible de classer en Zones Agricoles Protégées (ZAP), des « zones dont la préservation présente un intérêt général en raison soit de la qualité de leur production, soit de leur situation géographique ». Ce dispositif est indépendant de l’évolution des documents d’urbanisme et inscrit la protection des espaces agricoles dans le long terme. Son utilisation a pour objectif de soustraire à la pression foncière des terres agricoles menacées ou fragilisées par l’urbanisation, et de limiter la rétention foncière liée à la spéculation. Elle favorise ainsi la sécurisation et la pérennisation des exploitations agricoles en milieu périurbain.
Rédaction : Elsa Ebrard de Trame pour la revue Travaux & innovations

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