Retraites agricoles « Continuer à travailler » ou « plumer les réserves »

AFP

« Faire attention », continuer à travailler, louer sa maison... avec 730 euros par mois en moyenne pour une carrière complète, les anciens exploitants agricoles doivent souvent « se débrouiller » avec des « retraites de misère », « vivre très petit » ou « plumer les réserves ».

Patrice, 62 ans, ancien éleveur de brebis laitières (Tarn):  Agriculteur jusqu'à ses 60 ans, à son compte puis associé avec son épouse, Patrice Galinier touche une retraite de 750 euros. Sa compagne, qui prendra sa retraite dans cinq ans, « n'aura pas plus ». « Ça veut dire qu'il faut continuer à travailler ou vivre très petit. Personnellement, j'ai un revenu annexe : je vends des pâtisseries, des spécialités locales. Mais il faudra arrêter, un jour...», explique-t-il. « Mes voisins touchent à peine 600 euros. Ces petites retraites, c'est une honte ». « On nous dit que les agriculteurs ont un capital. Mais ce capital en 2018, personne n'en veut... Il n'y a plus aucun jeune qui s'installe. Dans mon village au départ, on était 13 éleveurs, aujourd'hui il n'y en a plus que trois ». « Les bâtiments sont chers à entretenir, la location du foncier ne rapporte pas grand chose. C'est comme si on n'avait rien ».

Annie, 71 ans, ancienne arboricultrice (Bouches-du-Rhône) : Après avoir été co-exploitante et salariée à temps partiel, Annie Légier touche « autour de 1 100 euros » mensuels, dont 550 de la MSA. Son mari, ancien chef d'exploitation, touche 850 euros. « On peut vivre mais on fait attention. On a quelques hangars, des terres à louer. Avec le chauffage, les assurances... Il ne reste pas grand chose », détaille-t-elle. « Les femmes ont de très petites retraites. À notre époque, des femmes chef, il n'y en avait pas beaucoup et en tant que conjointe, on cotisait moins ». « Je cultivais des pommes et des poires, on a eu des années en dents de scie, le gel, la grêle... Financièrement, l'exploitation ne peut pas toujours supporter deux têtes ». « Conjointe d'exploitant c'est très bien au début mais les jeunes doivent absolument devenir exploitantes, parce que sinon, en fin de carrière, c'est une catastrophe ».

Marie-Thérèse, 69 ans, ancienne éleveuse laitière (Morbihan) : Partie avec une carrière complète, dont 10 ans à la tête de son exploitation et aujourd'hui veuve, Marie-Thérèse perçoit 1 200 euros, dont 850 de la MSA et une réversion pour les années de salariat (non agricole) de son mari. « Si je n'avais pas la réversion, je toucherais une retraite de misère, à peine plus de 500 euros. J'ai élevé trois enfants, alors avec les aides, j'arriverais à 700, ou 800 à peine ». « C'est compliqué, quand on est seul, les frais sont les mêmes : l'électricité, le chauffage... On fait avec, on se débrouille. Quand on est à la campagne on peut avoir son jardin, les loisirs ne nous coûtent pas cher. Mais on ne peut pas voyager comme certains ».

François, 74 ans, ancien polyculteur (Seine-Maritime) : Ancien producteur de lait, de céréales, d'oléoprotéagineux ou de betteraves, François Legras touche 824 euros de retraite. « Les disparités me révoltent un peu. Mon épouse, ancienne enseignante, touche deux fois plus que moi. Elle a bien sûr mérité ce qu'elle a mais les agriculteurs sont vraiment les oubliés » du système, confie-t-il. « On nous reproche d'avoir du foncier mais on devrait nous féliciter. Louer mon foncier, ça a permis à un jeune de s'installer, il n'aurait jamais pu acheter ! ». Les propriétaires participent « au maillage du territoire, à la création de petites exploitations ».

Joël, 65 ans, ancien éleveur laitier (Corrèze) : Salarié agricole pendant 18 ans puis chef d'exploitation, Joël touche 960 euros par mois « tout compris ». Son épouse de 60 ans, qui ne travaille plus, percevra, « d'ici deux ans, autour de 600 euros ». « Heureusement qu'on n'a pas que ça ! On a vendu six hectares et le bâtiment. Il était temps d'arrêter, on en pouvait plus. En attendant sa retraite, on plume les réserves, on n'a pas le choix », décrit-il. « Si les gens continuent de travailler au lieu de prendre leur retraite, bientôt ils n'auront même plus besoin d'en payer, des retraites ! Les paysans, ils crèveront. »


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