; Opposition sur la bassine de Mauzé sur le Mignon

Stockage de l'eau Dans le Marais poitevin, la fronde contre les « méga-bassines »

AFP

Cet agriculteur veut « sécuriser » son accès à l'eau. Oui, mais « pour faire quoi ? », s'oppose un autre. Dans le Marais poitevin, la commune de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), avec son projet de retenue d'eau, est devenue un symbole de deux visions divergentes sur l'avenir de l'agriculture.

À la sortie du bourg, dans la plaine céréalière, une réserve, sorte de cratère plastifié - ou « bassine », nom donné par les opposants - vient de sortir de terre, sur une surface grande comme 7 terrains de football.

Après une dizaine d'années de discussions, négociations, conflits, et d'une capacité de 240 000 m3, elle est la première d'un projet de 16 autres prévues pour servir 220 exploitations, en majorité dans les Deux-Sèvres, sur le bassin de la Sèvre niortaise, rivière cruciale pour l'alimentation du Marais poitevin.

L'ouvrage en cours de remplissage servira à irriguer cinq exploitations qui espèrent ainsi « sécuriser » les cultures face aux aléas climatiques. « On va avoir le moins d'impact possible sur le milieu, tout en continuant à faire notre métier, à produire des céréales et du lait », résume David Paillat, qui exploite 420 ha.

À l'abri de grillages, la réserve est pour l'heure surveillée par un vigile 24h/24h ainsi que des caméras et détecteurs de mouvement - un coût total de 100 000 euros. Car le climat est tendu dans la campagne paisible de Mauzé-sur-le-Mignon.

Depuis septembre, par deux fois, des manifestations suivies de violences se sont soldées par la destruction d'une réserve voisine en Charente-Maritime, jugée illégale, et des blessés chez les gendarmes.

Concrètement, ces ouvrages sont remplis avec les cours d'eau et les nappes en hiver quand l'eau est plus abondante, pour servir l'été, quand elle est plus rare. Le principe tient du « bon sens » selon Thierry Boudaud, président de la Coop de l'eau, la coopérative d'agriculteurs qui porte ce projet : « réduire de plus de moitié les captages en été, quand les nappes sont au plus bas ».

« Le projet est très regardé, le premier en France où l'on décide de conditionner l'accès à l'eau à des évolutions de pratiques fortes », souligne-t-il. Les agriculteurs se sont ainsi engagés à diminuer de 50 % les produits phytosanitaires d'ici 2025 et planter 100 km de haies d'ici à 3 ans.

Pas opposé « bêtement »

Le sujet du stockage d'eau divise : d'un côté, les promoteurs de l'agriculture irriguée - 5 % des surfaces en France, soutenus par le syndicat majoritaire FNSEA et le gouvernement qui veut faciliter les projets de stockage - défendent un modèle garant d'une « souveraineté alimentaire ».

De l'autre, les opposants, autour du syndicat minoritaire Confédération paysanne, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO), les Soulèvements de la Terre et le collectif Bassines non merci, sont partisans d'un modèle paysan. Soutenus par les visites ces derniers mois de Yannick Jadot, Jean-Luc Mélenchon ou Cécile Duflot, ils dénoncent un « accaparement de l'eau » au profit de la culture intensive chimique et « la fuite en avant d'un modèle productiviste ».

Ils pointent également des menaces sur le Marais poitevin, deuxième zone humide de France, en tension hydrique chronique. « On a des sols qui s'assèchent de plus en plus tôt et de plus en plus longtemps », souligne Jean-Jacques Guillet, ancien maire d'Amuré (Deux-Sèvres) et membre du collectif Bassines non merci.

Leur cible : la culture du maïs, gourmande en eau. La Coop assure pourtant qu'elle est « en forte régression », représentant 35 % des surfaces.

Le coût de ces ouvrages, qui pourront engranger 6,1 millions de m3 d'eau hivernale, interroge également : 60 millions d'euros financés à 70 % par des subventions publiques et 30 % par des agriculteurs. « A qui ça profite et pour quoi faire ? », se demande Rémi Laurendeau, maraîcher bio proche de la Confédération paysanne.

Pour sortir du conflit, une concertation entre agriculteurs et associations écologistes, pilotée par l'Etat, avait abouti en 2018 à un protocole dont la plupart des organisations environnementales se sont désolidarisées, jugeant « les contreparties des agriculteurs très marginales », selon le porte-parole national de la Confédération paysanne, Nicolas Girod.

A Mauzé, le maire DVD Philippe Mauffrey ne compte plus les manifestations. La prochaine mobilisation nationale est annoncée du 25 au 27 mars. « On n'entend que les messages alarmistes des opposants mais on a peu entendu les agriculteurs expliquer leur projet aux habitants, ça, je le regrette ».


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