Surproduction, chute des cours, embargo Dans les champs, « le feu couve »

Afp

Paris, 22 sept 2014 (AFP) - L'exaspération des légumiers bretons, qui ont incendié vendredi le centre des impôts et la Mutualité sociale agricole de Morlaix (Finistère), est partagée dans le monde agricole avec le risque de voir éclater d'autres colères.

La chute des cours, liée à des productions abondantes et à l'embargo russe sur les fruits et les légumes, la surabondance des céréales sur le marché mondial et les difficultés récurrentes de l'élevage bovin se conjuguent à la révision des aides européennes. Même si le nouveau vent de colère se rallume sur le Finistère quelques mois à peine après la révolte des Bonnets rouges, personne ne considère les événements de Morlaix comme anodins ni isolés.

La région souffre certes d'une surproduction d'artichauts, qui « entraîne une nette baisse des cours », de l'ordre de 20 % à 40 %, observe l'Interprofession des fruits et légumes frais (Interfel). D'ailleurs, « ce n'est pas la première fois que les producteurs de légumes bretons font le coup », rappelle Laurent Pinatel, porte-parole de la Confédération paysanne. Déjà, au printemps 1961, les producteurs de choux-fleurs et d'artichauts avaient occupé la sous-préfecture finistérienne.

Mais « ce n'est pas un problème spécifiquement breton, l'ensemble de la production de fruits et légumes est en difficulté », relève Guy Vasseur, président de l'assemblée permanente des Chambres d'agriculture. Même sans surplus de production, pommes, poires et carottes françaises affichent des cours à l'expédition inférieurs de 10 % à 30 % par rapport aux années précédentes, selon l'Interfel. L'embargo russe, qui prive les producteurs de débouchés en une année particulièrement faste en termes de rendements, cause beaucoup de tort aux producteurs européens et les 125 millions d'euros débloqués en urgence par la Commission européenne à la mi-août sont notoirement insuffisants. « Il faudra d'autres décisions, sinon les gars ne pourront pas tenir », prédit Guy Vasseur.

Privés jusqu'à cette année des aides directes de la politique agricole commune (Pac), les producteurs de fruits et légumes sont à la merci des importations espagnoles ou d'Europe de l'Est, où la main d'œuvre est bien moins chère. Mais aussi du « comportement de la grande distribution qui appuie encore plus pour écraser les marges », dénonce le président des Chambres. Autant « d'ingrédients qui font un cocktail qui peut être détonnant » et qui ont conduit les Chambres d'agriculture à « alerter le ministre sur ce feu qui couve », ajoute-t-il.

Ras-le-bol généralisé

« Ce n'est pas un hasard si ça pète dans ce secteur », confirme Laurent Pinatel, déplorant que certains responsables « soufflent sur les braises ». La remarque vise explicitement le président de la Fdsea du Finistère, Thierry Merret, qui a déclaré samedi « tirer un coup de chapeau » aux incendiaires de Morlaix. Le président de la Fnsea, Xavier Beulin, a aussitôt pris ses distances, appelant « au dialogue et à l'apaisement », tout en avertissant le gouvernement que « la tension monte dans les campagnes ». « Il y a un ras-le-bol généralisé autour d'une réglementation devenue excessive. (...) Il faut lâcher un peu la pression sur les paysans, au niveau des contrôles et des sanctions », réclame-t-il.

Le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll, qui recevra mercredi matin les représentants des agriculteurs du Léon (Finistère), a de nouveau condamné lundi ces débordements et l'attitude de M. Merret, qu'il « connaît bien » pourtant. « La justice est en cours, il y aura des sanctions » a-t-il prévenu. Une autre réunion prévue dans le cadre du suivi de l'embargo aura lieu vendredi avec les syndicats de producteurs de fruits et légumes. « Nous sommes dans une crise conjoncturelle à cause des aléas climatiques et de l'embargo russe, nous avons déjà engagé un dialogue depuis plusieurs semaines », a rappelé Stéphane Le Foll. Parmi les leviers d'action possible côté ministériel, on évoque toujours la possibilité d'un allégement et d'un étalement des charges. Mais l'hypothèse évoquée d'une suppression des exonérations de cotisations pour l'emploi de saisonniers a douché les espoirs la semaine dernière. 


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