En Île-de-France Des « couveuses agricoles » pour revenir à une agriculture de proximité

AFP

La conduite du tracteur est assurée, le tracé du sillon un peu hésitant mais Yves-Anne va pouvoir planter ses choux. En reconversion professionnelle, l'ancien postier a intégré une « couveuse agricole » en Île-de-France.

« L'Île-de-France s'est spécialisée dans les grandes cultures mais les attentes des consommateurs ont évolué », analyse Maëla Naël, de la coopérative Les Champs des Possibles à Montreuil (Seine-Saint-Denis) qui met des « espaces-tests » à disposition des aspirants agriculteurs non loin de Paris.

Au fur et mesure de l'urbanisation, les terres maraîchères d'Île-de-France ont été grappillées notamment en première couronne de Paris. Avec ces incubateurs d'agriculteurs, il y a la volonté « de redéployer une agriculture de proximité avec une commercialisation en circuit court », explique-t-on au Champs des Possibles.

La couveuse a notamment soutenu le projet de Damien, ancien pompier qui a décidé de changer de métier après avoir souffert d'une dépression. Bâton de berger à la main, il mène depuis mai son troupeau de brebis dans les pâturages et villages de Seine-et-Marne. « On se concentre vraiment sur la technicité et au fur et à mesure de l'avancée de notre parcours dans la couveuse, on a de plus en plus de responsabilités, soit administratif soit au niveau de la vente », se réjouit le jeune homme de 28 ans. Malgré « les jours d'orages ou le travail sous la grêle », le métier lui plaît.

« 80 % d'installation »

Ces espaces-tests ont aussi été créés en France pour répondre aux besoins d'accompagnement des nouveaux paysans. Depuis plus d'une dizaine d'années, plus d'un tiers d'entre eux ne sont plus issus du milieu agricole, selon la chambre d'agriculture d'Île-de-France. Il en existe une cinquantaine de ces espaces en France, gérés par un réseau d'agriculteurs qui met à disposition « le cadre juridique, le foncier, les outils de production, le bon sens paysan », énumère Nils Maurice du Réseau national des espaces-tests agricoles (Reneta).

La couveuse, c'est le « demi-pas entre l'idée et la création de sa propre entreprise », explique Yves-Anne qui cultive depuis mars des fruits et légumes bio sur une parcelle de 2,6 hectares à Vienne-en-Arthie (Val-d'Oise).

À 50 ans, cet ancien tailleur de pierre, postier puis vendeur a décidé de « se tourner vers la terre comme beaucoup de Français ». Il se « teste » pour savoir s'il est « vraiment fait pour ça » et « ne pas idéaliser le métier ». Debout depuis 7 h, il écoute attentivement les conseils prodigués par Sophie, maraîchère expérimentée, pour éliminer les mauvaises herbes et gérer l'eau en période de canicule.

Lorsque sa tutrice s'est installée, ce dispositif lancé en 2009, n'existait pas : « Je n'y connaissais rien, j'en ai bavé. Avec la couveuse, tu vois toute la saison et tu peux faire toutes les bêtises possibles et ne pas payer les pots cassés », estime l'agricultrice. « Il faut se méfier car cela peut très vite tourner au vinaigre », prévient Sophie.

L'agricultrice insiste aussi auprès de son apprenti sur les transformations physiques : « On perd la douceur de ses mains ». Planter les melons, semer les chicorées..., Yves-Anne note les tâches de la semaine. « Il n'y a pas de question stupide. On apprend à gérer, à relativiser si on loupe un légume ». En quatre mois, il a déjà ciblé la difficulté du terrain, qui est en pente. « On se dit "un terrain, c'est un terrain, je peux y faire pousser un truc" mais je me rends compte tous les jours que c'est une contrainte avec le tracteur ».

En moyenne, les apprentis agriculteurs restent deux ans dans ces incubateurs. Ils sont rémunérés avec leur production qu'ils peuvent compléter avec une allocation Pôle emploi. « Le nombre de paysans qui diminue chaque année est assez effrayant donc on essaye de mettre en place un système qui permet aux gens de s'installer de façon résiliente et économiquement viable », assure Maëla Naël du Champs des Possibles. Selon les données du Réseau national des espaces-tests agricoles, 80 % des personnes qui ont intégré une couveuse s'installent à leur compte et 10 % deviennent salariés agricoles.


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