Label « Bee friendly » Des producteurs de fruits deviennent amis des abeilles

AFP

Producteur de poires et de pommes, Emmanuel Dalle héberge dans son exploitation de Saulty (Pas-de-Calais) des abeilles, indispensables à ses cultures et dont il protège la survie, depuis qu'il s'est engagé dans le label « Bee Friendly ».

Dans ce logo au cœur entourant une abeille, se reconnaissent des dizaines de producteurs de fruits et légumes sensibilisés par le déclin de ces insectes pollinisateurs, dont la mortalité a augmenté en moyenne de 5 à 30 % entre 1995 et 2015, selon l'Union nationale de l'apiculture française (Unaf). Pire, selon l'ONU, 40 % des pollinisateurs invertébrés sont menacés d'extinction à l'échelle mondiale. Or, les abeilles contribuent à la pollinisation de 90 % des principales cultures dans le monde. Un sujet dont l'Europe s'empare enfin. Après avoir confirmé mi-mai les restrictions d'utilisation imposées en 2013 à trois néonicotinoïdes, des produits phytosanitaires considérés comme nocifs pour les abeilles, l'Union européenne (UE) a présenté vendredi un plan d'action pour la protection des pollinisateurs.

À Saulty, c'est en toute sécurité que les abeilles butinent, dans un petit bois séparé des vergers de poires par un chemin de terre. « Ce ne sont pas des voisins antipathiques », s'amuse Emmanuel Dalle. Cette « adoption » ne va pourtant pas de soi dans le monde agricole. « Avec l'arrivée des néonicotinoïdes dans les années 1990, les relations se sont tendues entre agriculteurs et apiculteurs, jusqu'à dégénérer parfois en conflits », explique à l'AFP Amélie Bajolet, de l'association « Bee friendly ».

Vers le label en trois ans

Face au danger pour la biodiversité, cette association, créée en 2012 et présente en France, en Allemagne et en Italie, s'est donné pour mission de « créer du lien » entre ces deux camps, « développer de bonnes pratiques agricoles » visant à réduire l'utilisation des insecticides et « valoriser les productions » engagées dans une démarche de préservation des abeilles. Plusieurs sociétés en sont déjà partenaires : les Vignerons de Buzet et Gérard Bertand pour la viticulture ; Andros et Blédina pour la filière fruits et légumes. S'y ajoute Monoprix, première enseigne de la grande distribution à s'être engagée dans le processus.

L'idée de départ, explique à l'AFP Karine Viel, en charge du projet « Tous cultiv'acteurs » à Monoprix, « c'était que tous les fournisseurs de fruits et légumes pour notre marque distributeur (MMD) acquièrent le label "Bee Friendly" d'ici trois ans », soit près de 700 producteurs disséminés dans toute la France. Mais devant la difficulté de l'entreprise -le label comprend 28 critères et trois niveaux d'exigence, dont un éliminatoire- l'enseigne a opté par « humilité » à ce que ce soit plutôt un « idéal visé ». « Ce qu'on valorise surtout, ce sont les progrès accomplis car on a conscience que la marche est un peu haute », souligne Karine Viel.

14 000 ruches

Depuis le lancement du projet, l'enseigne du groupe Casino a déjà vu des progrès : en un an, le nombre de ruches installées sur les exploitations de ses agriculteurs partenaires a augmenté de 75 %, à 14 000 unités. Parmi les producteurs ayant déjà obtenu le label figure T&B Vergers, auquel Emmanuel Dalle vend ses fruits. Aux côtés de Mickaël Varras, l'un de ses cogérants, le producteur raconte avoir eu du mal au départ à trouver un apiculteur prêt à l'accompagner, tant ces deux mondes ne se fréquentaient pas. Un seul a répondu, Alain Demailly, un amateur voisin, ravi à présent de l'aventure : « de quatre ruches à l'année en 2017, j'en ai à présent treize sur l'exploitation ». Lui qui fait toujours son miel « dans sa cuisine » envisage désormais de s'installer dans des locaux appropriés. « On va l'aider », glisse Michaël Varras, pour qui ce label est « parlant»  pour le consommateur. Depuis, Emmanuel Dalle économise sur les « ruches à bourdons », vendues 100 euros chacune et qui l'aidaient à polliniser ses arbres et « quand je dois utiliser un insecticide aujourd'hui, je me demande quel impact il aura sur les abeilles », explique-t-il, avant d'ajouter : « car ce sont nos hôtes, maintenant ».


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