Paroles de lecteurs Faut-il privilégier les performances techniques ou économiques ?

Terre-net Média

La tribune de Mathieu Causse, éleveur aveyronnais président de l’association pour la santé de la terre et du vivant, publiée il y a quelques semaines sur Terre-net, aurait pu donner lieu à une tribune plus qu'à une revue de commentaires. Beaucoup de lecteurs partagent en effet les idées de ce producteur, qui estime que le monde agricole accorde une trop grande importance aux performances techniques des exploitations, au détriment de l'efficacité économique.

paroles de lecteurs tribune mathieu causse« Il ne s'agit pas de renier la recherche de la performance technique, mais d'inclure la préservation des sols, de notre planète et de la santé humaine », nuance Mathou. (©Association pour la santé de la terre et du vivant // Création Terre-net Média)

MDR : « Complètement d'accord avec vous, monsieur Causse, et merci à Terre-net de publier ce genre de tribune ! J'ai 28 Aubrac sur 42 ha et mon système a une efficacité économique de 72 %. Aucun achat d'intrants (pas de produits chimiques ni d'azote, très peu de fuel), donc aucune pollution, pas de problèmes d'érosion, toute la surface en herbe, un peu de MAE (mesures agro-environnementales, NDLR), du matériel systématiquement réparé, beaucoup de temps libre et ça marche ! Le but du jeu : ne rien acheter ! Et je ne suis pas le seul à faire cela... »

Balel : « Ça surprend, hein ? J'en connais un qui vit avec 4 ha de maraîchage et 7 truies. Il garde pour lui la valeur ajoutée et la valeur ajoutée de la valeur ajoutée. »

The germs : « Sur le fond, je suis tout à fait en accord avec ce monsieur. En agriculture aujourd'hui, il faut bien plus raisonner efficacité économique que rendement. Et les centres de gestion le montrent depuis longtemps : l'écart de marge brute en production laitière entre les meilleurs et les plus mauvais élevages est multiplié par trois (de 100 à 300 €/1 000 l). Maintenant, tout le monde n'a pas les mêmes climat, parcellaire, technicité, voire envie, pour arriver au niveau des exploitations les plus performantes. (…) »

« Complètement d'accord avec vous, monsieur Causse, vous avez entièrement raison »

L'épine : « M. Causse a entièrement raison, à quelques virgules près. Il y a 50 ans que je le pense ! Mais on m'a obligé, pour des raisons économiques, à adopter des pratiques que je pensais mauvaises à long terme. »

Consommateur  : « Mathieu Causse tient le bon raisonnement. Si tous les agriculteurs que vous êtes preniez en compte les mêmes paramètres de production, vous ne seriez pas à attendre après la Pac, ni à demander des conseils à des chambres d'agriculture qui sont au service des lobbies et de tous les acteurs collatéraux (Safer, banques, FNSEA, coopératives, etc.) qui vous ont mis dans de telles difficultés économiques. Toujours plus par tous les moyens, sauf naturels. Et l'Europe dans tout ça ? Elle vous aide encore ? Réveillez-vous les gars ! »

Mathou : « Il ne s'agit pas de renier la recherche de la performance technique, mais d'inclure la préservation des sols, de notre planète et de la santé humaine. Les études montrent que les teneurs en nutriments (vitamines, oligoéléments et minéraux) baissent depuis 50 ans. En cause : la fertilisation et la sélection variétale, plus axée sur le rendement que sur la qualité nutritionnelle. Bref, merci Mathieu Causse pour votre article et j'espère que ces paramètres seront mieux pris en compte par nos institutions et organismes de recherche. »

En élevage aussi, on peut optimiser les performances économiques sans pour autant chercher à atteindre le top niveau en termes de résultats techniques, comme le souligne MDR à propos du reportage chez Hélène Souffran, éleveuse de Nantaises :
« Un bel exemple où, une fois de plus, la performance ne se réduit pas au seul rendement, tout ça grâce à de belles Nantaises. »

Quelques sceptiques vis-à-vis du modèle de cet agriculteur

Pipo : « MDR, vous prétendez vivre avec 28 vaches ? Quelle blague ! Vous portez bien votre pseudo ! »

The germs : « (...) Je veux bien qu'en produisant moins, on gagne plus, mais allez expliquer cela aux exploitants agricoles qui doivent cumuler deux emplois pour s'en sortir, et à ceux qui sont en train de disparaître... Par ailleurs, sans MAE, le système de monsieur Causse fonctionnerait-il aussi bien ? Pour moi, ce n'est ni la taille de l'exploitation, ni le système, qui compte mais l'efficacité économique. Si cet agriculteur parvient à l'atteindre, c'est très bien, mais son modèle n'est pas transposable partout. »

Agrometis : « Comme il est illusoire, en effet, de penser que même en bio et en agro-écologie, les producteurs ne sont pas sensibles aux performances techniques. La recherche de la performance est inscrite dans nos gènes, pourquoi nier cela. (…) »

L'occasion, pour certains lecteurs, de stigmatiser à nouveau les pratiques agricoles et aux agriculteurs de leur répondre

Pour Janot et quelques autres : « Absolument d'accord avec cet article. Il y a de plus en plus de personnes malades (cancers, intolérances alimentaires, etc.). Faut changer les pratiques agricoles ! Toujours plus de rendements, de traitements fongicides, etc. font uniquement l'affaire des semenciers et des financiers de la chimie. L'État ferme les yeux pour faire toujours plus de fric. »

Maxens : « Je veux bien croire monsieur Causse. Comme je l'ai déjà dit, je ne prétends pas que les produits phytos sont inoffensifs, ou que le modèle agricole dominant est le bon. Mais à part contrôler et parfois interdire les importations en Europe, je ne vois pas comment être concurrentiel avec les autres pays dont on laisse entrer les productions agricoles qui ne respectent pas les mêmes normes. On peut faire plus de qualité, plus proprement, avec des volumes moindres, mais si personne n' achète nos produits, où est l'intérêt ? »

Capitaine : « Maxens, Mathieu Causse, président de l'association pour la santé de la terre et du vivant, vous explique clairement les ravages qu'occasionnent, sur les consommateurs et l'environnement, les pratiques agricoles exercées depuis trop longtemps. C'est à mes yeux un très beau message. Nous avons la possibilité de changer de cap, il manque plus que la volonté ! Monsieur Causse vous fait part de la pollution du milieu dans lequel il vit et qu'il maîtrise. Il fait en sorte, par ses actes et ses pratiques, de ne pas "polir le bois du cercueil de nos enfants" selon ses dires. Alors de grâce, ne faites pas d'amalgame avec les autres formes de pollutions qui nous entourent et qui font des milliers de morts par jour, car les agriculteurs n'en sont pas responsables ! L'automobile, les raffineries, l'alcool, le tabac, la déforestation, la violence conjugale et j'en passe... Si dans tous les domaines, chacun prenait les problèmes à bras le corps comme il le fait, la vie serait moins pénible. »

Maxens : « Trop facile de sous entendre que tous les problèmes sont dus à l'agriculture ! Avant, l'espérance de vie était moindre. Les maladies étaient moins nombreuses car à l'âge où certaines se déclarent de nos jours, les gens étaient déjà morts il y a 50 ans. Après, je ne dis pas que l'agriculture n'est responsable de rien, je dis qu'il faut raison garder et ne pas tout lui mettre sur le dos, comme nos concitoyens le font un peu trop systématiquement en ce moment. »

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