; Interview de Marine Duquesne, GE-Gieq 3A, sur les groupements d'employeurs

Groupement d'employeurs Apprendre aux salariés la technique, et aux agriculteurs à manager

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Marine Duquesne, chargée de développement RH au GE-Gieq 3A, explique en vidéo le rôle des groupements d'employeurs dans la formation et la montée en compétences de leurs salariés. Les agriculteurs adhérents, eux, apprennent à mieux manager.

Le GE-Gieq 3A, ce n'est pas un, mais deux groupements d'employeurs. Le Gieq 3A tout d'abord, créé en 2013 à l'initiative de plusieurs exploitants agricoles et de la communauté de communes du sud Artois. Son objectif : l'insertion et la qualification de personnes ayant des difficultés d'accès à l'emploi. Puis en 2016, le GE 3A, groupement d'employeurs pour tout public du secteur agricole, a vu le jour, parce l'activité prenait de l'ampleur s'étendant notamment à l'agroalimentaire. 

Le Gieq 3 A en chiffres

  • Association à but non lucratif.
  • 190 adhérents : polyculteurs-éleveurs (90 %), agroalimentaire (10 %), très peu d'éleveurs purs.
  • 500 salariés.
  • En France : 150 Gieq (groupements d'employeurs pour l'insertion et la qualification) tous secteurs confondus (agricole, industriel, BTP...) dont 10 en agriculture (soit un par grande région). 

Première mission côté salariés, selon Marine Duquesne, chargée de développement RH au GE-Gieq 3A : « Les faire monter en compétences sur un domaine bien précis, dans différents métiers : conducteur d'engins, agent de production, mécanicien agricole par exemple », précise-t-elle dans la vidéo ci-dessus.

« Des formations adaptées à chaque salarié »

Pour cela, les groupements d'employeurs misent sur la formation. Chaque année, une cinquantaine de salariés sont concernés et participent « soit à des programmes existant déjà dans des centres, du niveau CAP à master, soit à des sessions construites à la carte avec des modules dans différents lieux : un Cases à tel endroit, une spécialisation en électricité ou hydraulique ailleurs... », détaille Marine Duquesne. « Cela permet d'avoir un contenu et un planning adapté à chacun, mais aussi à ce que recherchent les entreprises », insiste-t-elle. 

Écouter aussi Pierre-Yves Le Bozec, FNGEAR, sur les groupements d'employeurs :
« Du cousu main pour agriculteurs comme salariés »

Sachant que leurs contrats de travail sont principalement en alternance et d'une durée de 6 à 24 mois. « Au-delà, ils sont sensés sortir du dispositif pour intégrer soit l'exploitation où ils travaillent, soit le groupement d'employeurs GE 3A afin de les fidéliser », indique la chargée de développement RH. « Tout en poursuivant la mise à disposition de personnel sur les fermes, nous avons aujourd'hui nos premiers CDI », se réjouit-elle. La plupart en emploi partagé sur plusieurs structures. « Des salariés arrivent à un temps plein sur l'année en cumulant des temps partiels dans une dizaine d'entreprises », fait remarquer la jeune femme.

Elle pointe, par ailleurs, les difficultés de recrutement dans le milieu agricole, en particulier la pénurie de main-d'œuvre sur certains métiers. « Les agriculteurs sont assez exigeants, ils cherchent souvent le mouton à cinq pattes », constate-elle. C'est pourquoi il est essentiel de les accompagner au niveau du management. « Manager une équipe, c'est donner un cadre de travail et s'occuper de l'organiser. Mais aussi motiver et fédérer ses salariés autour de valeurs d'entreprise pour pouvoir mieux les impliquer et les fidéliser », conclut-elle.

« Manager : c'est organiser, motiver, fédérer »

Car les pratiques managériales impactent l'exploitation, comme le montre ce schéma selon le GE-Gieq 3A :

ge gieq 3A impact des pratiques managériales (©Terre-net Média)

Les 3 clés d'un management réussi d'après l'organisme sont donc  :

  • Définir un cadre de travail 

- objectifs, process, méthodes, etc.

- conditions, règles, contraintes, sécurité, etc.

- limites (ce qui est autorisé ou non, place de l'employeur),

- répartition des tâches, interactions entre les personnes, équilibre vie pro/perso...

  • Structurer l'organisation du travail

- communiquer et favoriser les retours d'expériences (points d'équipe et individuels, à intervalle régulier et/ou saisonnier, de recadrage éventuellement),

- mettre à disposition des équipements, matériels et outils adaptés,

- coordonner les objectifs...

  • Motiver, impliquer, fédérer

- parler des réussites (reconnaissance et valorisation) et des points d'amélioration (droit à l'erreur), sans réagir à chaud mais en prenant un peu de recul,

- prendre en compte les individus dans le collectif (veiller au principe d'égalité, s'adapter à chaque personnalité),

- proposer des projets collaboratifs et co-construits,

- veiller à la cohésion d'équipe au sein de la ferme et via des moments conviviaux hors travail...

Source : journées organisées sur le projet Cowform avec des témoignages d’éleveurs (par exemple celui de Christophe Destombes publié sur Web-agri), des interventions d’experts comme ici et la présentation d'audits travail réalisés dans des fermes (telle que pour l'EARL Destombes, détaillé dans un article paru sur Web-agri également).

Européen et initié le 1er janvier 2020 pour deux ans, le projet Cowform fait partie du programme transfrontalier Interreg 5, issu d'un partenariat franco-belge sur la cohésion sociale, la santé, la formation et l'emploi en élevage. Objectifs : favoriser l'emploi et la mobilité transfrontalière de la main-d'œuvre, mais aussi améliorer la qualité de vie au travail des producteurs bovins à travers une série d'actions (formations, groupes d'échanges...) autour de deux axes, l'un dédié aux demandeurs d'emploi et l'autre aux éleveurs employeurs de main-d'œuvre.

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