Paprika, framboises, lait L'agriculture hongroise manque de bras

AFP

Dans les serres chauffées par des sources chaudes naturelles près de Szeged, au sud de la Hongrie, le légume le plus produit et le plus consommé du pays, le poivron, utilisé pour produire l'épice paprika, manque de bras pour le cultiver et le récolter.

« En 2013, le taux de chômage en Hongrie était de 14 %, aujourd'hui il est de 3,5 %. Les autres secteurs ont absorbé la main d'œuvre. Qui veut venir récolter des légumes ? C'est très difficile pour nous », dit Ferenc Ledo, président de l'association Fruitveb réunissant tous les producteurs de fruits et légumes du pays lors d'une visite de journalistes français de l'association de la presse agricole Afja, à laquelle l'AFP participait. En Hongrie, le poivron fait partie de la vie : frais ou en saumure, blanc ou vert, il est sur toutes les tables à chaque repas. Sec et écrasé sous forme de poudre, ou en tube de crème de paprika, « l'or rouge » épice presque chaque plat de la cuisine magyar. Héritier de l'occupation ottomane, le poivron frais bénéficie même de deux labels d'Appellation d'origine protégée (poivrons de Szeged et de Kalocsa) et d'une Indication géographique protégée (IGP). Mais sa culture peine à résister à la concurrence, par manque de main d'œuvre pour travailler dans les serres. « Pour le poivron, nous subissons une concurrence de la Chine depuis une dizaine d'année » explique Diana Sidlovits, conseillère horticulture à la chambre d'agriculture de Budapest. « Depuis trois ou quatre ans, nous connaissons une très grave pénurie de main d'œuvre quantitative et qualitative » complète Ferenc Ledo. Même son de cloche auprès du président de l'Institut agronomique national NAIK, Csaba Gyuricza, qui regrette la quasi-disparition de la culture de la framboise dans le pays depuis 20 ans. « La Hongrie a été l'un des plus gros producteurs de framboises d'Europe avec jusqu'à 45 000 hectares de framboisiers » dit-il. Et cette surface est tombée à tout juste une cinquantaine d'hectares. En cause : le « réchauffement climatique » qui affecte les cultures dans tout le bassin des Carpates, mais aussi « la pénurie de main d'œuvre », dit-il.

« Les gens n'aiment pas travailler dans l'élevage »

Néanmoins dans ce petit pays d'Europe centrale à la population déclinante, et arc-bouté sur son refus de l'immigration, la perspective d'employer des travailleurs saisonniers venus d'autres pays dans les champs comme c'est le cas presque partout ailleurs dans l'Union européenne est difficile à imaginer. « Nous avons beaucoup trop de petits producteurs, surtout pour les légumes dont la récolte nécessite beaucoup de main d'œuvre » se défend Ferenc Ledo, qui penche plutôt pour une modernisation du secteur afin de moins dépendre de la main d'œuvre. Mihaly Kiss, exploitant agricole à la tête d'une ferme de 300 hectares une surface moyenne en Hongrie face aux énormes structures de plusieurs milliers d'hectares héritées des régimes communistes cherche de la main d'œuvre pour travailler dans ses champs de courges, de maïs, de blé ou de betteraves sucrières. Mais lorsqu'on lui demande s'il pourrait employer des travailleurs saisonniers pour l'aider aux champs, il marque un temps d'hésitation. Avant de répondre : « Non ». « Il faut acheter des machines pour minimiser les besoins en main d'œuvre », plaide-t-il, en évoquant son utilisation d'un service satellitaire depuis quatre ans pour mieux gérer les besoins en engrais sur les parcelles de son exploitation. « L'agriculture de précision, c'est l'avenir ». Idem au sein de la société agricole Kinizsi, une ferme géante de 3 600 hectares, qui possède 800 vaches laitières et seulement une dizaine de salariés, grâce à un investissement dans six robots de traite en libre-service où les vaches vont elles-mêmes se faire traire, attirées par des « granulés parfumés à la fraise ». « En Hongrie, les gens n'aiment pas travailler dans l'élevage laitier, car les conditions de travail sont difficiles, il faut se lever tôt, et les travaux sont monotones », affirme Nikoletta Gajba, chef d'élevage. « Quand nous avons acheté nos robots, une seule ferme était équipée en Hongrie, nous étions pionniers, maintenant il y en a plusieurs en projet », dit-elle.


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