Accès à l’alimentation L'idée d'un « chèque alimentaire » pour les victimes de la crise fait son chemin

AFP

« Chèque alimentaire » ou « sécurité sociale alimentaire » ? Face aux risques de « pandémie de la faim » chez les plus pauvres, le gouvernement planche sur un système d'aide qui permettrait à la fois aux plus modestes de manger (des produits sains), et aux agriculteurs de vivre.

« Il y a une inégalité alimentaire dans notre pays, ça veut dire qu'on n'a pas tous accès aux mêmes produits et face à cette inégalité alimentaire, comment on fait pour accompagner ? », s'est interrogé vendredi le ministre de l'agriculture et de l'alimentation Julien Denormandie sur BFM Business. Le ministre a rappelé l'engagement pris récemment par le président de la République de mettre en place des «  chèques alimentation ».

Pour les agriculteurs, consultés par les pouvoirs publics, et interrogés par l'AFP, toute aide sociale nourricière devrait impérativement aider aussi les producteurs en difficulté, plutôt que de baisser les prix alimentaires comme le réclame la grande distribution.

La FNSEA (principal syndicat agricole français, classé à droite) propose une « carte à puce » ou un « chèque » distribué par les CCAS (centres d'aide sociale dépendant des villes) permettant de dépenser cinq euros par jour dans des magasins de producteurs, des marchés locaux et dans les rayons de produits régionaux des supermarchés, pour des produits de base. « C'est de l'argent public, il ne faut pas le dépenser pour acheter des produits importés, le but serait de développer des filières locales pour aider ces populations-là ». Ce type de proposition, sur le modèle des « food stamps » américains, n'avait jusqu'à présent pas l'aval du ministère de l'Economie. Selon Les Echos vendredi, le gouvernement évalue désormais plusieurs projets, dont un proposé par le ministère de l'agriculture et un plus modeste venant de Bercy, d'un budget allant de 200 millions à 4 milliards d'euros.

Quels produits, pour qui ?

Une solution qui « ne convient pas » à la Confédération paysanne, car « elle encourage l'agriculture industrielle », dit son porte-parole Nicolas Girod à l'AFP. « Notre idée, c'est la création d'une branche de la sécurité sociale garantissant un accès universel à l'alimentation - produits locaux, restauration collective ». Le syndicat prône aussi la création de « caisses locales d'alimentation ».

Le président du Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef - classé à gauche et surtout présent dans le Sud-Ouest), Pierre Thomas, choqué par le dénuement des étudiants, suggère de « d'abord lutter contre le gaspillage » en « récupérant tous les produits jetés qui ne correspondent pas aux normes ». 

Porte-parole du mouvement Amap Miramap, groupement d'associations militant pour le maintien d'une agriculture paysanne, Evelyne Boulogne se dit elle plutôt défavorable au don des excédents aux associations. « Car nous voulons que nos paysans vivent dignement, la nourriture ce n'est pas la gratuité, et l'agroindustrie défiscalise à tour de bras en donnant sa malbouffe aux associations, alors que les populations défavorisées ont besoin d'alimentation de qualité », explique-t-elle. La solution passerait, selon elle, par «beaucoup de petites épiceries sociales locales en lien avec un ou deux agriculteurs » .

De fait, le cœur du travail à réaliser est de « gréer le dispositif », a admis M. Denormandie vendredi. C'est-à-dire « dire en gros quelles sont les personnes qui seront bénéficiaires et quels sont les produits qu'on pourra acheter avec ».

Lors du premier confinement en mars, les paysans avaient multiplié les distributions solidaires. Des opérations qui ont aussi permis d'écouler des excédents de fromages, de fruits ou de légumes restés sans débouchés après la fermeture des restaurants et des marchés de plein air. Mais depuis l'automne, l'amplification de la crise sociale oblige à changer de braquet. Le Secours populaire, association qui lutte contre la précarité, a recensé en 2020 en France une hausse de 45 % des demandes d'aide alimentaire par rapport à 2019, tandis que les Restos du Cœur, qui œuvrent dans l'aide alimentaire, prévoient d'accueillir plus d'un million de personnes cet hiver, contre 875 000 en 2019-2020.


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