Accords commerciaux internationaux L'ONG Foodwatch dénonce « l'abandon du principe de précaution »

AFP

Paris, 28 juin 2016 (AFP) - Le « principe de précaution », en vertu duquel l'Union européenne a pu interdire l'importation de boeuf aux hormones ou l'utilisation de certains pesticides et OGM, n'est plus garanti dans l'accord commercial CETA négocié avec le Canada, ni dans le TTIP avec les Etats-Unis, a affirmé mardi l'ONG Foodwatch.

Devant des députés français, Foodwatch a présenté les résultats d'une analyse menée par des juristes allemands, belges et néerlandais, portant sur les textes disponibles de ces projets d'accords commerciaux, lesquels constituent, selon l'ONG, une « attaque en règle contre le principe de précaution » ancré dans le droit européen et inscrit dans la Constitution française depuis 2005.

Ce principe permet de protéger les citoyens et consommateurs européens en autorisant les législateurs à exiger la preuve qu'un produit ou un aliment mis sur le marché est inoffensif, et à prendre des mesures de précaution (qui peuvent aller jusqu'à son interdiction) en cas de doute scientifique.

Ce principe n'est reconnu ni au Canada ni aux États-Unis, qui fonctionnent sur un système inversé, où la charge de la preuve scientifique doit être apportée par le consommateur ou le citoyen qui s'estime lésé.

« Avec ces nouveaux traités, l'UE se trouverait soumise à de nouvelles contraintes, les règles seraient plus contraignantes, car les règles OMC seraient renforcées et il n'y a aucune référence au principe de précaution dans le texte », a expliqué à l'AFP le professeur de droit européen Nicolas de Sadeleer, l'un des quatre auteurs de l'étude.

« En cas de nouveau contentieux transatlantique sur un sujet alimentaire, par exemple entre l'UE et le Canada ou entre l'UE et les États-Unis, l'UE risque de ne plus avoir de marge de manoeuvre », a-t-il déclaré.

« Il est scandaleux que l'UE ait abandonné ce principe fondateur », a ajouté le fondateur de Foodwatch, Thilo Bode, ancien directeur international de Greenpeace. Foodwatch, fondé en 2002 en Allemagne, existe en France depuis 2013.

« Nous sommes juristes, il ne s'agit pas d'un point de vue militant, notre analyse des textes met en exergue la carence d'un principe juridique constitutionnel qui pourrait se retourner contre l'UE ou ses membres », a ajouté M. de Sadeleer.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net

Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous