Champignons La guerre contre le trafic de cèpes importés est lancée

AFP

TULLE (Corrèze), 15 octobre 2003 - Alors que la saison des champignons des bois bat son plein, pouvoirs publics et professionnels partent en guerre contre la "francisation" des cèpes importés sur le territoire français et tentent de rendre plus "transparente" une filière difficile à contrôler.

La méthode des trafiquants est simple : il suffit de modifier l'étiquetage de cèpes d'importation afin d'augmenter de 20 à 40% le prix de revente. "Des cas de fraudes importantes commises par des individus ou des sociétés ont été décelés", explique Pierre Delmas, le directeur adjoint de la direction de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) de Tulle.
La tromperie est d'autant plus aisée qu'il existe un "circuit de vente complexe où les champignons changent entre quatre et six fois de propriétaires" en quelques jours et qu'il est impossible de les différencier à l'oeil nu, précise M. Delmas.
La DGCCRF de Tulle tente donc depuis un mois une expérimentation pilote --en collaboration avec 15 autres directions en France-- qui vise à déterminer l'origine des cèpes. Si les résultats sont concluants, cette initiative sera étendue aux autres champignons des bois. Car l'enjeu est financier mais aussi sanitaire : les champignons importés de pays d'Europe de l'Est peuvent contenir une radioactivité plus élevée en raison de la proximité avec Tchernobyl (Ukraine), zone fortement contaminée après la catastrophe nucléaire de 1986.
Un laboratoire de la répression des fraudes, basé à Bordeaux, collecte ainsi des échantillons de cèpes provenant des dix régions les plus productrices de France et analyse leur composition pour établir de véritables "cartes d'identité". Et pouvoir ensuite faire des comparaisons et savoir si le ramassage a été fait en France ou pas.
"Ces informations nous permettront de mieux cibler et d'orienter les contrôles des inspecteurs" des fraudes, souligne Bernard Médina, le responsable du laboratoire bordelais. Une régulation du marché que les professionnels de la filière appellent de leurs voeux : "Nous avons demandé des contrôles plus fréquents car nous pâtissons des dérives", affirme Michel Monteil, le directeur général d'une des plus grosses entreprises françaises de commercialisation de champignons des bois, basée à Brive (Corrèze).
L'année dernière, "alors que de petites quantités de cèpes ont été récoltées dans le département, on trouvait partout en France de cèpes étiquetés Corrèze", déplore-t-il. Pour éviter ce genre de situation, les professionnels ont eux aussi décidé d'agir. Depuis quelques semaines une vingtaine d'entreprises font régulièrement remonter aux Services des nouvelles du marché (SNM) de Rungis, chargé de veiller à la transparence des marchés agricoles, des évaluations de la pousse dans tout le territoire.
Ces données vont "aider à moraliser et à rendre plus transparent le marché des champignons des bois, qui est très opaque", estime le responsable des SNM de Rungis, Jean-Yves Sarton. "Il faut organiser la profession" et pourquoi pas "fédérer tous les collecteurs de campagnes" qui, en saison, achètent les cèpes ramassés par les particuliers pour les revendre, insiste M. Monteil, par ailleurs vice-président de la fédération des syndicats agricoles des cultivateurs de champignons.
Reste cependant à convaincre dans un milieu où tout se paye en liquide et où règne une "tradition de méfiance", comme le résumait un inspecteur de la répression des fraudes lors d'un contrôle en Haute-Corrèze.



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