Vins La nouvelle Europe, une concurrence possible pour les vins du nouveau monde

AFP

PRAGUE, 26 sept (AFP) - Souvent épouvantables du temps du communisme, les vins d'Europe de l'Est ont nettement gagné en qualité depuis dix ans, au point que certains oenologues voient dans la nouvelle Europe une future concurrence pour les vins du nouveau monde.

Du temps du Rideau de fer, le seul impératif était de produire beaucoup, afin d'assouvir en priorité la soif considérable des Soviétiques. A cette époque, la Bulgarie exportait 5 millions d'hectolitres par an vers l'URSS. Et la Roumanie de Nicolae Ceausescu produisait plus de 10 millions d'hectolitres, ce qui la plaçait alors au sixième rang mondial.

"Avant, nous produisions des vins médiocres en grande quantité, que nous exportions pour moitié dans les autres pays communistes", résume Csaba Horvath, directeur adjoint du Conseil national du vin de Hongrie.

"Maintenant, nous produisons de meilleurs vins en moindre quantité. Nous n'exportons plus que 20% de notre production, mais nos marchés-clés sont les pays de l'UE, surtout l'Allemagne et le Royaume Uni", ajoute-t-il.

En Roumanie et en Bulgarie, deux pays qui doivent rejoindre l'Union européenne en 2007 après la grande vague d'élargissement de l'an prochain, les volumes produits ont baissé de plus de moitié depuis l'écroulement du communisme fin 1989.

Mais il ne faut pas voir là une stratégie réfléchie. La privatisation des terres et des caves a émietté la filière du vin, naguère dominée par une poignée d'entreprises collectives. En Bulgarie, la restitution des terres à des gens souvent sans expérience a fortement réduit la productivité d'une industrie assez efficace du temps du communisme.

Comme dans les autres secteurs de l'économie, la transition a été moins chaotique en Europe centrale. La production a moins baissé et la qualité globale s'est améliorée plus rapidement.

"La Hongrie est la plus avancée, avec des vins déjà exemplaires", juge le consultant allemand Markus Del Monego, sacré meilleur sommelier du monde en 1998. Il vante un climat continental propice et un terroir qui permettent l'élevage de vins variés, des rouges de l'Eger aux blancs liquoreux du Tokaj.

Les investisseurs étrangers y sont déjà arrivés en nombre. Ils contrôlent déjà 20% du vignoble. Ce sont par exemple l'assureur français Axa ou encore le géant allemand du vin mousseux Henkell.

Pour Markus Del Monego, la Roumanie et la Bulgarie recèlent également d'énormes promesses, même si les investisseurs étrangers n'ont encore que très peu défriché ce marché.

"Ces pays ont un potentiel absolument fantastique", dit-il à l'AFP. Ils ont la capacité, pense-t-il, de concurrencer à leur tour les pays dits du Nouveau monde, comme l'Australie, le Chili ou l'Afrique du Sud qui ont su conquérir des parts de marché considérables ces dernières années, grâce à des vins d'un très bon rapport qualité/prix.

"Une fois que les vignes seront mieux gérées (..), les vins bulgares devraient retrouver leur position-clé dans les exportations de ce beau pays", écrit sur son site web la papesse britannique du vin Jancis Robinson, de retour d'un récent voyage en Bulgarie.

"La Hongrie, la Roumanie, la Bulgarie, ce peut être le nouveau Nouveau monde", affirme Markus Del Monego.

Déjà, afin de mieux vendre leurs vins à l'étranger, de nombreux viticulteurs remplacent les cépages traditionnels comme le feteasca roumain ou le kekfrankos hongrois par les cépages français mondialement reconnus que sont le cabernet sauvignon, le merlot ou le chardonnay.

Le temps presse car avec l'entrée dans l'UE, les vins des nouveaux membres ne seront plus protégés par d'importants droits de douanes sur leur marché intérieur. Dans une UE en surproduction, la compétition sera sévère sur les vins de table.

"Les producteurs slovaques vont devoir s'orienter vers la production de vins de bonne qualité", souligne Igor Samir, président de l'Association des viticulteurs slovaques. Car, sur ce segment, la nouvelle Europe a de gros avantages avec des terres peu chères et des coûts salariaux très bas.

En République tchèque, en Slovaquie ou en Slovénie, dont l'importante production est pratiquement exclusivement consommée sur place, les professionnels du vin comptent aussi beaucoup sur le chauvinisme de leur clientèle, à l'exemple de ce qui se passe en France, où les vins étrangers sont encore très peu acceptés.



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