Barrage de Sivens La suspension des travaux envisagée

Afp

Toulouse, 29 oct 2014 (AFP) - Le président socialiste du Conseil général du Tarn a annoncé mercredi qu'il envisageait de « suspendre les travaux » sur le site du barrage contesté de Sivens, le temps d'une remise « à plat » du projet, après le décès sur les lieux de Rémi Fraisse, un manifestant de 21 ans.

Dans le même temps, la ministre de l'Écologie, Ségolène Royal, est sortie de son silence sur l'affaire pour annoncer qu'elle réunirait mardi prochain, à Paris, « l'ensemble des parties prenantes » au dossier, « des élus en particulier ». « Il faut que l'on trouve une solution qui justifie l'engagement des fonds publics et européens sur des ouvrages comme ceux-là », a-t-elle dit.

A Lisle-sur-Tarn, près de Gaillac, le projet vise à créer une modeste retenue d'eau d'1,5 million de mètres cubes, pour un coût d'investissement de 8,4 millions d'euros. Ce barrage-réservoir serait construit en travers d'un petit cours d'eau, afin de sécuriser l'irrigation des cultures.

Les travaux étaient, de fait, suspendus depuis la mort du jeune Toulousain au cours de violents affrontements entre opposants au barrage et forces de l'ordre, dans la nuit de samedi à dimanche. L'enquête privilégie désormais la thèse d'un décès dû à une grenade offensive lancée par les gendarmes après la découverte de traces de Tnt sur ses vêtements.

Le socialiste Thierry Carcenac, à la tête du conseil général du Tarn depuis 23 ans à Albi, a expliqué dans une interview publiée par La Dépêche du Midi qu'il envisageait de « suspendre les travaux mais en aucun cas "sine die" » (de manière indéfinie), comme l'avait affirmé son collègue au Sénat, l'écologiste Jean-Vincent Placé. Pour Thierry Carcenac, il va falloir « remettre les choses à plat » et « c'est toute la politique de l'eau sur le bassin Adour Garonne qui doit être repensée ». Mais pas question a priori d'abandonner le projet : il s'agirait seulement de l'« améliorer ». « Il n'est pas possible que des gens violents imposent leur décision à tous les autres », a-t-il déclaré au journal Le Monde, en référence à une partie des manifestants venus « harceler » les forces de l'ordre.

« On ne peut pas accepter » de telles violences « dans une démocratie », a dit le président François Hollande en ouverture du conseil des ministres, après avoir rappelé « la compassion à avoir » à l'égard de la famille de la victime.

Dans le Tarn, un collectif d'associations opposées depuis 2011 au projet de barrage a appelé les conseillers généraux du Tarn à « abandonner le projet dans sa version actuelle », plutôt que de prendre le risque de « faire de nouvelles victimes ». Interrogé par l'AFP, le porte-parole de ce collectif, Ben Lefetey, a évoqué une responsabilité du Premier ministre, Manuel Valls, qui devant de Jeunes agriculteurs en Gironde, avait dit le 6 septembre : « je sais l'importance de mobiliser la ressource en eau (...) c'est pour cela que nous avons tenu bon à Sivens. Les travaux de ce barrage vont enfin commencer».

Redimensionner le projet

Mercredi matin, le Premier ministre, Manuel Valls, a de son côté répété que c'était « au Conseil général du Tarn » de décider du devenir des travaux du barrage de Sivens.

« Tous les élus de gauche ou de droite sur la région, du Tarn, du Tarn-et-Garonne, de Midi-Pyrénées, les agriculteurs, je pense beaucoup d'habitants, sont favorables à ce type de projets », a déclaré le chef du gouvernement sur Rtl. « Après, il faut évidemment le redimensionner, il faut tirer les conséquences des préconisations des rapports (d'expertise, ndlr), c'est aux élus de prendre ces décisions », a poursuivi Manuel Valls. Le ministre du Travail, François Rebsamen, a plaidé lui, à titre « personnel », pour une « suspension » des travaux afin de « ramener le calme ».

A Albi, les conseillers généraux doivent débattre vendredi des préconisations des experts mandatés par Ségolène Royal. Ils ont publié lundi un rapport très critique sur le projet. Ils ont jugé le projet surdimensionné, pointé son « coût d'investissement élevé » (8,4 millions d'euros), et regretté qu'il n'y ait pas eu de « réelle analyse des solutions alternatives possibles ». Le rapport a également évoqué « un risque financier important » si le dossier était maintenu en l'état.

Pour défricher 34 hectares sur le site, le chantier avait commencé en septembre, encadré par un très grand nombre de gendarmes. Les opposants avaient tenté, en vain, d'empêcher la destruction de 13 hectares de « zones humides » de bois et prairies, un « réservoir de biodiversité » qui abritait 94 espèces protégées selon eux. Soutenus au niveau national par La Confédération paysanne, Europe-Ecologie-Les Verts ou le Parti de gauche, les opposants font notamment valoir que le projet ne bénéficierait qu'à un faible nombre d'agriculteurs (19 selon eux, 40 selon les experts, 81 selon le département).

"Pigeon de la farce"

Alors que le gouvernement lui renvoie la responsabilité de toute l'affaire, Thierry Carcenac s'est présenté comme « le pigeon de la farce dans un dossier validé par l'Etat ». « Ce n'est pas le département qui a fait les études, qui a eu des autorisations, qui a signé avec les Chambres d'agriculture, c'est l'Etat », a-t-il dit. Se disant « très affecté » par le décès du jeune homme, le président du Conseil général a cependant fustigé « la mauvaise foi » de ceux qui profèrent des « attaques injustes ». « On est dans l'irrationnel pour un barrage de 1,5 million de mètres cubes qu'un agriculteur peut parfaitement réaliser dans son champ », a-t-il avancé.

Le Parti de gauche (PG) avait réclamé mardi soir la démission du ministre de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, en contestant « la répression depuis plusieurs semaines pour faire passer coûte que coûte un projet absurde, inutile et coûteux ». Réponse mercredi sur Europe 1 de Bernard Cazeneuve : « Je n'ai aucunement l'intention de partir alors que je fais mon devoir avec le sens de l'Etat et de la République ».

De nombreuses questions se posent encore sur les circonstances de la mort du jeune Toulousain Rémi Fraisse, quasi instantanée après une explosion. « On a retrouvé des traces de Tnt sur certains scellés provenant des effets vestimentaires de la victime », a annoncé mardi le procureur d'Albi, Claude Dérens. Or cet explosif militaire « figure dans la composition des charges des grenades lacrymogènes ou offensives utilisées par les gendarmes ». L'enquête « ne peut donc aujourd'hui exclure le rôle de la grenade offensive jetée depuis la redoute où s'étaient retranchés les gendarmes » dans la nuit de samedi à dimanche, lorsqu'ils affrontaient des opposants au projet de barrage, a dit le magistrat. Le ministre de l'Intérieur a annoncé mardi soir qu'il avait décidé de suspendre l'utilisation des grenades offensives utilisées par la gendarmerie. 


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