Barrage de Sivens Le combat acharné des « grimpeurs »

Afp

Lisle-sur-Tarn (France), 14 sept 2014 (AFP) - « Je suis prêt à mettre ma vie en danger » : perchés dans les rares arbres épargnés par les bulldozers, une poignée de « grimpeurs » tente de sauver coûte que coûte une zone de biodiversité, pourtant déjà détruite à 90 %, face à un projet de barrage dans le Tarn.

« Bienvenue dans le cimetière » : c'est ainsi que « Camille » présente à ceux qui viennent l'encourager le paysage lunaire où il a élu domicile. Le jeune militant de 29 ans vit perché sur une plateforme dans le seul arbre encore debout parmi ce qui était jadis la zone humide boisée du Testet, « la plus importante » de la région, selon ses défenseurs. « Ici, il y avait un bocage, une forêt marécageuse avec 94 espèces protégées, et des biches, des salamandres... », énumère-t-il.

Depuis mercredi et le passage des engins de chantier, il ne reste plus qu'une étendue totalement dénudée, tapissée de bois déchiqueté à la girobroyeuse afin de faire place au barrage de Sivens, du nom de la forêt alentour. Une croix faite de bouts de bois grossièrement taillés a été plantée, comme pour mieux marquer la mort de la zone. Parmi les éclats de branchages, on retrouve une boîte de conserve aplatie comme une galette, une bouteille plastique et des vêtements déchirés, témoins dérisoires de la cabane que Camille et ses amis avaient érigée il y a quelques semaines. Après des jets de gaz lacrymogènes par les gendarmes, « on a dû partir puis ils ont tout massacré », se souvient-il. Tout, sauf un arbre, celui où s'est réfugié Camille, comme il préfère se faire appeler. « C'est le seul arbre restant », explique-t-il. Aujourd'hui, il y vit avec deux autres militants, sur une plateforme installée « sans clou », tient-il à préciser.

Les derniers des Mohicans

La retenue d'eau, d'une capacité de 1,5 million de m3, est indispensable pour irriguer les terres agricoles alentour, estime le Conseil général du Tarn. Le département refuse d'abandonner le projet, malgré toutes les procédures judiciaires à son encontre et les doutes émis par la ministre de l'Ecologie, Ségolène Royal.

Pour les opposants, le projet est nuisible, non seulement car il détruit la zone humide mais également parce qu'il favorise une agriculture « extensive ». Depuis le début du déboisement le 1er septembre, des heurts entre militants et forces de l'ordre ont ralenti le chantier. Mais ces derniers jours, les travaux se sont nettement accélérés. « La zone humide est détruite à 90 % », reconnaît Christian Conrad, membre du collectif des opposants. « Jamais, elle ne reviendra à l'état initial », lâche le naturaliste de 67 ans, en grève de la faim depuis 12 jours.

Pourtant, « on continue », lâche Camille, les pieds nus poussiéreux solidement campés sur « sa » terre. « Oui, ça va devenir compliqué », avoue-t-il. « On n'est qu'une dizaine, perchés sur autant d'arbres. Il faudrait qu'on soit 10.000 ». Mais même s'ils font figure de « derniers des Mohicans », les grimpeurs sont « déterminés », assure « Victor », un ancien de Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique), où une importante mobilisation a provoqué le gel en 2012 de la création d'un nouvel aéroport. « Je suis prêt à mettre ma vie en danger », assure Camille.

Pour pallier leur faible nombre, face aux quelque 200 gendarmes qui leur font face presque tous les jours, les « grimpeurs » ont adopté la tactique du « attrape-moi si tu peux ». « Si on me déloge, je grimpe dans un autre arbre », explique Guillaume. Mais la bataille commence à « fatiguer », résume Arthur, 40 ans. « Justine », jeune femme dans la vingtaine à l'allure frêle, se souvient encore de la peur qu'elle a eue quand un gendarme l'a pointée avec un flash-ball. « Il m'a dit qu'il allait tirer ! ». Victor abonde : « je ne peux pas dire si on va tenir longtemps ou pas ». Et Camille de lâcher : « la semaine prochaine, on sera tous expulsés ». 


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