Réchauffement climatique Les agriculteurs et les gaz à effet de serre : des progrès déjà en cours

Terre-net Média

Les agriculteurs sont les premiers concernés par le changement climatique mais sont souvent peu conscients qu’ils agissent déjà pour réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. L’enjeu d’ici décembre 2015 avec la Cop 21 est de promouvoir et diffuser plus largement leurs bonnes pratiques.

Paysage agricoleLes cultures et les prairies stockent du carbone dans la biomasse et dans le sol. (©Terre-net Média)

En décembre 2015, la conférence internationale sur le climat, la Cop 21 se tiendra à Paris. L’enjeu est crucial : aboutir à un accord sur le climat afin de maintenir le réchauffement mondial en deçà de 2°C. L’agriculture est directement et sévèrement impactée par le changement climatique : sécheresse, inondations et modifications des calendriers culturaux notamment.

Quoi qu’on en dise, l’agriculture contribue d’une manière spécifique à la diminution de l’impact de l’effet de serre, car les cultures, les herbages stockent du carbone dans la biomasse et dans le sol. Dans la lutte pour la diminution des émissions de gaz à effet de serre, celles du secteur agricole ont déjà baissé de 12 % depuis 22 ans alors que la production a considérablement augmenté pendant cette période. A ce jour, le secteur agricole est à l’origine de 21 % de ces émissions (en troisième position après les transports et l’industrie).

« Les vendanges en Champagne commencent deux semaines plus tôt », constate Arnaud Descotes, directeur adjoint technique et environnement du comité interprofessionnel du vin de Champagne. « Les sécheresses sont de plus en plus fréquentes, les variations climatiques atteignent plus ou moins 10°C, il est plus difficile de récolter les blés. L’automne et le printemps sont plus doux », ajoute Dominique Bordeau, agriculteur en Mayenne.

A l’échelle nationale, les rendements en blé stagnent depuis la fin des années 90, les stades de floraisons ont été avancés et les agriculteurs ont dû modifier leurs calendriers culturaux. Pour autant, ils n’expliquent pas ces phénomènes par un réchauffement climatique « Beaucoup aiment à dire : ce ne sont que des années isolées, ce n’est pas cyclique. Et ceux qui veulent l’admettre sont plutôt sceptiques et dénoncent souvent les causes non-anthropiques. Il faut adopter la coresponsabilité » explique Bertille Thareau, ingénieur de recherche en sociologie.

Des actions mesurées et rémunérées

Mais les agriculteurs sont-ils prêts à aller vers une agriculture moins émettrice ?  Sans le savoir, la plupart ont déjà sauté le pas. « Les agriculteurs n’agissent pas uniquement pour un seul intérêt. Bien souvent, lorsqu’ils travaillent à l’optimisation économique de leur exploitation, à être autonome dans l’alimentation de leur troupeau ou encore à limiter leurs intrants, de manière inconsciente, ils agissent contre le réchauffement climatique », admet Laurence Ligneau, chargée de mission énergie-climat à la Chambre régionale d’agriculture de Bretagne. Elle ajoute que les exploitations agricoles sont avant tout des entreprises dont la vocation est de faire des bénéfices. « Ces actions doivent être mesurées (avec des unités qui parlent à tous) et rémunérées au-delà des aides Pac pour leur donner une vraie valeur économique », suggère-t-elle.

Il faut ajouter que dans le contexte actuel, les agriculteurs n’ont pas la tête à l'environnement. Les éleveurs laitiers, les céréaliers et les producteurs de viande, la crise n’épargne personne. Dominique Bordeau reste pourtant optimiste « les agriculteurs ont besoin de temps. Lorsque nous aurons un climat cyclique, bien défini, je sais qu’ils prendront le temps de s’adapter. Ils s’adaptent toujours, d’ailleurs ils ont déjà commencé », explique l’agriculteur. 


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