Agriculteurs européens Les « malgré-nous » du conflit russo-ukrainien

Terre-net Média

Terre-net Magazine n°40 vient de paraître. Il est consacré en partie à l’embargo russe sur les produits agricoles et agroalimentaires. Voici l'édito de Frédéric Hénin, rédacteur en chef de Terre-net.fr.

Résultat du vote en ligne réalisé Résultat du vote en ligne réalisé par Terre-net Média auprès
de 976 agriculteurs du 14 au 21 octobre 2014. (©Terre-net Média)

« L’agriculture, le talon d’Achille de l’Union européenne ? Oui, car il a suffi de quelques jours pour que l’Europe subisse les impacts du blocus commercial que la Russie a, et s’est imposée, le 7 août dernier, sur un grand nombre de denrées périssables.

L’embargo russe porte d’ores et déjà sur quelque 5 milliards d’euros de produits agricoles et agroalimentaires européens. Et même si la France n’est que le 9e pays fournisseur de la Russie avec 758 M€ d’exportations, elle n’a pas fini d’en supporter les effets par ricochet.

Les capacités de résistance des filières agricoles et agroalimentaires européennes, très intégrées dans le commerce mondial, sont ainsi bien faibles au regard du fonctionnement plus basique de l’économie russe. Alors que les sanctions décidées par l’UE, les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux, n’auront d’impact que dans deux ou trois ans !

Les agriculteurs européens sont ainsi les "malgré-nous"(1) d’un conflit politique et militaire entre la Russie et l’Ukraine dans lequel ils n’avaient aucune raison d’être impliqués. Les soutiens financiers à apporter à l’agriculture, pour compenser leurs pertes de chiffres d’affaires et de revenu, devraient relever du budget européen et des décisions du Conseil européen et non pas seulement du budget de la Pac. Les outils économiques et assuranciels pour combler de telles pertes sont très insuffisants voire inexistants.

L’avenir est évidemment l’export agroalimentaire vers d’autres horizons et surtout, pour les pays frontaliers avec la Russie et l’Ukraine, le renforcement des liens avec les Etats-Unis et l’Otan.

En attendant, la crise russo-ukrainienne et l’embargo qui en est une conséquence, ont transformé en six mois la nature commerciale du futur traité de libre-échange transatlantique (Ttip), lui conférant un enjeu géostratégique, avec la volonté d’attirer des capitaux étrangers dans les pays de l’Est de l’Union européenne (2) notamment pour renforcer la souveraineté énergétique de ces pays. »

1) Terme employé durant la Seconde Guerre Mondiale pour désigner les Alsaciens et Mosellans enrôlés de force dans l'armée allemande, dont acteurs malgré eux du conflit. </br> 2) Et non pas de la Russie, comme c’est écrit dans l'édito du magazine N°40.

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