Bioénergies et élevages Les nouveaux secteurs industriels allemands

Terre-net Média

La dualité de l’agriculture allemande se caractérise par le maintien de systèmes d’élevage de dimension familiale et l’essor de grosses exploitations quasi industrielles. Mais le développement de l’élevage et des bioénergies rend l’Allemagne dépendante des importations de céréales fourragères et de soja, ce qui crispe l’opinion publique.

Bâtiment délevage de 150 place en Allemagne avec logettes en creux.Bâtiment d'élevage de 150 places en Allemagne avec logettes creuses sur paille broyée. (©Terre-net Média.)

Les principaux concurrents de la France en matières d’exportations agricoles et agroalimentaires sont depuis quelques années nos voisins européens, et en première ligne, l’Allemagne réunifiée depuis 1990. A l’ouest, le pays s’est spécialisé dans les productions animales et les bioénergies et il est un exportateur net de céréales. Toutefois, les productions agricoles allemandes ne représentent que 70 % de celles de la France. Sur une surface inférieure d’un tiers à celle de notre pays et avec une population de 81 millions d’habitants, le taux d’autosuffisance de l’Allemagne est néanmoins de 87 %. Et malgré un solde commercial agroalimentaire déficitaire, la première puissance économique européenne est à ce jour un redoutable concurrent pour la France. Elle lui a pris de nombreuses parts de marché à l’export. 

La nouvelle édition du Déméter 2015 justifie ces propos en reprenant les grandes lignes d’une analyse économique de l’agriculture allemande rédigée par le service agricole de l’Ambassade de France à Berlin ; une analyse enrichie par la contribution de Crystel l’Herbier, ingénieur Etudes économiques à Arvalis-Institut du végétal. 

Une agriculture de plus en plus dépendante des importations

L'agriculture allemande repose sur une majorité d’exploitations inférieures à 20 ha (46 %) pluriactives qui ne valorisent que 8 % de la Sau. Seules 10 % des exploitations ont une superficie supérieure à 100 ha mais elles cultivent plus de 57 % de la Sau allemande. Ces dernières sont majoritairement à l’Est de l’Allemagne.

La production totale de blé oscille entre 22 et 26 Mt et celle de colza entre 3,6 et 4,6 Mt selon les années. Mais sur le long terme, ces productions végétales régressent.

Les exportations de céréales varient chaque année en fonction de la récolte mais les importations sont en forte hausse depuis dix ans. Cette tendance s’explique par le développement de l’élevage (3 Mt) et par le développement de la production de bioénergies, consommatrices d’espaces agricoles aux dépens du blé, du triticale et de l’orge destinés à l’alimentation animale.

La France reste le principal fournisseur de céréales fourragères de l’Allemagne mais ses parts de marchés ont été divisées par quatre en 15 ans. Les grains importés proviennent majoritairement de Pologne, de la République tchèque et de Hongrie principalement (entre 3 et 4 millions de tonnes selon les années).

La production porcine a progressé de 2 millions de tonnes par an depuis 1997 pour atteindre 5,5 Mt alors que celle de la France a diminué de 350.000 tonnes. En fait, une partie de la croissance allemande traduit à la fois un rattrapage constaté après l’unification du pays mais aussi une concentration des élevages dans la partie occidentale du pays. En ex-Rda, la production porcine a chuté de 75 % en deux ans. A ce jour, elle est à peine supérieure de 50 % à son niveau de 1989. Toutefois un rééquilibrage s’opère vers l’est.

Une population de plus en plus hostile

A ce jour, l’autosuffisance atteint 118 % en 2012. Résultat, le secteur porcin est très dépendant des exportations (329.000 t en 2011) vers les pays tiers or la compétitivité des abattoirs et de la filière dans son ensemble repose sur une main d’œuvre européenne détachée qui sera mieux payée dans les prochaines années. Les éleveurs ont été par ailleurs fortement touchés par l’augmentation des prix des aliments et la population est devenue de plus en plus hostile à l’augmentation de la taille des élevages.   

Même réunifiée, l’Allemagne produit moins de lait en 2012 qu’avant l’instauration des quotas, Le déficit est de 4 millions de tonnes réparti équitablement à l’ouest comme à l’est (ex-Rda). Ceci-dit, les moindres baisses constatées dans certains landers de l’ex-Rfa se traduisent au final par une concentration de la production laitière en Bavière et en Basse Saxe.

Après 2015, la production laitière allemande dépendra du niveau du prix du lait acheté et de la concurrence exercée par le développement des surfaces agricoles destinées à la production de biogaz.

Aujourd’hui, les revenus procurés par cette activité énergétique rendent les exploitations moins vulnérables à la volatilité des prix du lait. Le prix du foncier de plus en plus onéreux orientera aussi le choix de production des éleveurs.

Mais le secteur pourrait être confronté dans les prochaines années à des problèmes de renouvellement des générations d’éleveurs en âge de cesser leur activité.

Essoufflement de la production de volailles

La production de volailles s’essouffle et celle de dindes baisse en Allemagne. Mais le secteur a connu un important essor. Par rapport à l’année 2000, le pays produit dorénavant 700.000 tonnes de volailles de plus par an qui satisfont les critères de consommation standardisés du marché européen (pas de restitution à l’exportation vers des pays tiers). Plusieurs facteurs expliquent cet engouement qui se traduit, par des importations croissantes de céréales, pour nourrir les animaux.

Les aviculteurs ont bénéficié d’aides importantes pour construire des bâtiments performants de grande dimension et aux normes en termes de bien-être animal. Le code de l’urbanisme a facilité pendant des années les projets de construction de bâtiment d’élevage. Et la valorisation des effluents en biogaz procure des revenus complémentaires. Enfin, les coûts de transformation dans les abattoirs renforcent la compétitivité de la filière avicole.

Mais comme pour le porc, la filière avicole est très dépendante des exportations et elle sera impactée par l’augmentation des coûts salariaux dans les abattoirs. Le modèle de production rencontre par ailleurs de plus en plus d’hostilités auprès des consommateurs. Enfin, le code de l’urbanisme se durcit et le prix du foncier élevé rend la construction de nouveaux poulaillers plus difficile et plus onéreuse.


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