Inflexion, la valeur ajoutée est à vous Lin textile : la rentabilité revient à la mode

Terre-net Média

Après deux années de faible production de lin textile et grâce à une demande repartie à la hausse, les prix retrouvent fière allure. Des teilleurs exhortent à un retour de la production afin de garantir l’approvisionnement des marchés pour les campagnes à venir. Bien qu’excellente tête d’assolement, le lin ne s’invite pas aussi aisément dans les assolements. Un article extrait de Terre-net Magazine n°13.

80 % des surfaces de lin se trouvent en France
Pour le lin, la rémunération se fait en euros alors que les ventes ont cours en dollars. Le prix du lin teillé
n'a jamais été aussi élevé qu'aujourd'hui en Chine. Un euro fort pénalise donc la filière. (© Terre-net Média)

Deux chiffres marquants : 80 % des surfaces mondiales de lin se trouvent en France et 80 % de la production de fibres longues y est réalisée. « Le marché des fibres de lin dépend des volumes apportés par les trois producteurs traditionnels que sont la France, la Belgique et les Pays-Bas », insiste le Cipalin (interprofession du lin).

Cette place privilégiée ne met pourtant pas la culture à l’abri des aléas. Nicolas Defransure, technicien de la coopérative Lin 2000 dans l’Oise, rappelle les difficultés qu'a connues ce fleuron national dédié à l’exportation. « En 2006 et en 2007, l’offre a dépassé la demande, les stocks ont augmenté et les prix se sont dégradés jusqu’à 1 €/kg de fibres longues. »

En 2007-2008, la crise économique et la baisse des ventes de vêtements ont aggravé la situation alors que l’offre excédait toujours la demande. En l’absence de régulation, les stocks se sont accumulés. Par conséquent, les surfaces de lin se sont contractées.

Stocks nuls en perspective 

À tel point que « la petite récolte de 2010 et celle très mauvaise de cette année, alors que la demande renoue avec la hausse, augurent des stocks nuls pour fin août 2012 », observe le technicien. Laurent Cazenave, responsable marketing de Terre de Lin, confirme « qu'au niveau national, le rendement 2011 est inférieur à 5 t/ha de paille, contre une moyenne pluriannuelle à 7 t/ha. Sur 61.000 ha, la production de fibres longues a atteint 50.000 t, c’est-à-dire environ 800 kg/ha soit une demi-récolte. »

Les trois producteurs traditionnels de lin : la France, la Belgique et les Pays-Bas.
En moyenne sur dix ans, la rentabilité du lin
dépasse celle du blé. Le lin devient intéressant
à partir du moment où il dégage une marge
nette supérieure de 1.000 €/ha à celle du blé.
(© Terre-net Média)
Cependant, grâce aux réserves, la France conserve pour cette campagne sa capacité à approvisionner les marchés, qui réclament chaque année autour de 100.000 à 110.000 t de fibres de lin. Quoiqu’il en soit, le Cipalin prévient que « la pérennitéde la culture en Europe est subordonnée, compte tenu des perspectives de rentabilité des productions concurrentes, à une revalorisation substantielle des prix de vente des fibres ».

Rentabilité attendue

Alain Blosseville, liniculteur en Seine-Maritime et président de Terre de Lin, témoigne du « retour de conditions de marché plus favorables qui ont incité les teillages à appeler à une augmentation des surfaces ». En 2012, la sole de lin textile devrait ainsi s’accroître de 5 à 8 %, après une progression de 10 % en 2011. « Il est primordial que nous ayons une bonne récolte l’an prochain. En cas de rendements moyens, le lin profitera d’une très bonne rentabilité. »

Lin 2000 cherche également à reconstituer ses stocks pour assurer l’approvisionnement de ses clients et la pérennité de la structure. « Les prix actuels, explique Nicolas Defransure, varient entre 2 et 2,50 €/kg de fibres longues, un niveau… incitatif. » Ainsi, pour la récolte 2012, la coopérative promet un produit brut de 2.500 €/ha pour un rendement de 7 t/ha et un retour de la rentabilité qui, elle l’espère, encouragera les producteurs à réintégrer le lin dans leur rotation, voire à se lancer dans cette culture.

Lin 2000 propose d’ailleurs une prestation de services pour la récolte ; ce qui évite, aux agriculteurs, de devoir investir dans du matériel. Le teillage devrait contractualiser 1.100 ha pour les semis 2012 et souhaite atteindre 1.400-1.500 ha en 2013. Laurent Cazenave confirme que les prix du lin teillé se sont nettement améliorés par rapport à 2009 (+ 50 %), année où ils étaient très bas. « Dans le contexte international, il est cependant difficile d’avoir une visibilité sur les marchés. » Le responsable préfère donc rester prudent et « attendre la récolte 2012 avant de songer à bouger les lignes ».

 

Xavier Talpe, producteur de lin textile à Maulers (Oise) :
« Je regarde l’avenir avec un certain optimisme »

Xavier Talpe regarde l'avenir avec un certain optimisme.
Xavier Talpe, président de l'Association
générale des producteurs de lin, cultive
du lin textile sur une vingtaine d'hectares.
(© DR)

« La récolte 2011, peu abondante, et les très bonnes ventes de fibres sur la campagne (130.000 t) favorisent le retour de prix rémunérateurs. De plus, grâce à la conjonction de plusieurs facteurs, nous retrouverons un niveau de stock sain fin 2012 (lire l'article principal). Je regarde donc l’avenir avec un certain optimisme.

Et ce, même si les acheteurs chinois sont moins actifs actuellement, alors qu’ils concentrent 85 % des débouchés. C’est leur manière d’agir. Leurs achats suivent un rythme en dents de scie. Un moyen de mettre la pression sur les vendeurs… Pour l’instant, j’observe une réelle volonté commune de tenir bon chez les teilleurs. À l’heure actuelle, pour l’intérêt de la filière, ils ont l’obligation de rester fermes sur les prix.

Concernant la filière justement, même si le lin ne représente qu’une niche avec 0,5 % du marché mondial du textile, la France occupe quand même la première place en termes de production. Pour maintenir le cap, nous avons besoin d’une organisation commerciale performante, ainsi que d’une interprofession à même de surveiller les indicateurs de marché et de nous alerter en cas de crise imminente. Selon moi, la surface idéale de lin en France se situe entre 60.000 et 65.000 ha. Le déploiement de nouveaux débouchés permettra peut-être d’aller au-delà. »


Cet article est extrait de Terre-net Magazine n°13

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