Procés Meurtre dans une truffière: 12 ans de réclusion requis

Afp

Valence, 29 mai 2015 (Afp) - «Il y a eu une obsession de débusquer le voleur (...), de l'éliminer»: contre un agriculteur accusé du meurtre d'un homme surpris dans une truffière de Grignan (Drôme), l'accusation a requis vendredi une peine de 12 ans de réclusion en balayant les arguments de la défense.

Si l'avocat général, Gilbert Emery, a écarté la peine maximale (30 ans de réclusion) eu égard au passé de Laurent Rambaud, 37 ans, agriculteur, pompier volontaire et responsable syndical à l'existence jusque-là exempte de tout délit ou crime, il a en revanche tiré à boulets rouges sur la stratégie de la défense centrée sur la «peur» que l'accusé dit avoir ressenti au moment des faits. «Vous ne pouvez pas retenir la peur comme argument»; l'accusé «avait conscience de ses actes»; il n'était pas «animé par une peur panique», a estimé l'avocat général, rappelant que Laurent Rambaud était armé «comme en guerre». «Il part en chasse pour 50 ou 200 euros» de truffes, a dit le magistrat.

Laurent Rambaud est jugé depuis mardi à Valence pour avoir tué de deux tirs de fusil à pompe Ernest Pardo, 42 ans (bien 42), le 20 décembre 2010 en pleine « psychose » des voleurs de « diamants noirs » dans la région. Prise pour un voleur, la victime avait été visée une seconde fois dans le dos alors qu'elle se relevait. « Je ne dis pas qu'Ernest Pardo était un saint, je m'en fiche, on n'a pas le droit de tuer un homme », a asséné Gilbert Emery. « Il n'y a pas eu de sommation de Rambaud qui tire à vue ». Il y a aussi eu « une obsession de débusquer le voleur, de l'attraper, de tirer, de l'éliminer », a martelé le magistrat dans un réquisitoire implacable, regrettant au passage que les défenseurs de l'accusé aient « sali » la victime, en questionnant un enquêteur sur son passé judiciaire. « C'est honteux de salir sa mémoire, en quoi ça importe qu'il ait pu voler une voiture quand il était plus jeune ? » a tonné M. Emery.

« La Drôme a peur »

« Je ne souhaite pas à M. Rambaud le bagne, mais je ne souhaite pas non plus l'impunité », avait plaidé quelques heures avant Me Naceur Derbel, avocat de la fille de M.Pardo. « On nous assène l'angoisse, la peur, tout le monde a peur. On imagine un Roger Gicquel au J.T de TF1 dire + La Drôme a peur +; trêve de plaisanterie et d'enfumage ! », a ironisé l'avocat. Et de rappeler, comme le reste des parties civiles, que Laurent Rambaud, pompier volontaire connu pour sa maîtrise de soi a eu « une démarche de véritable chasseur, en allant, l'arme prête, faire feu, en avançant dans le noir, sans faire le moindre bruit ».

Admettant que l'accusé « est un homme ordinaire qui a commis un acte extraordinaire », Me Luc Simonin, avocat de la compagne de la victime, a accusé Laurent Rambaud d'avoir « volé la peur », de s'être « emparé du concept de peur » alors que « c'est Ernest Pardo qui a du avoir une peur bleue ce soir-là ! ». Misant sur le profil de l'accusé, son avocat, Me Alain Fort, a fait valoir qu'une peine de douze ans de réclusion « revenait à exclure » Laurent Rambaud de la société.  «Laurent Rambaud cherchait des solutions » aux vols de truffes  depuis des années », « il cherchait à travailler en paix », a insisté Me Fort. « Il ne va pas tirer pour tuer, il va tirer d'abord dans les jambes pour écarter le danger », a plaidé Me Fort, rappelant que le deuxième tir était survenu une seconde après le premier, à cause, selon la défense, d'une « ombre » vue dans la main de la victime, prise pour une arme. Mais il n'y avait pas d'arme. Seulement une petite pioche.


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