Dans la Manche Ouverture du procès d'un trafic de produits phytosanitaires interdits

AFP

Le procès d'un trafic de produits phytosanitaires qui a permis l'importation illégale d'Espagne de 80 tonnes de produits interdits s'est ouvert mercredi en correctionnelle à Coutances (Manche).

Treize personnes comparaissent. La plupart sont des maraichers poursuivis pour détention et utilisation de produits phytopharmaceutiques ne bénéficiant pas d'autorisation, de février 2018 à novembre 2020 à Créances (Manche) ou aux alentours.

Le trafic porte sur du dichloropropène, un produit contre les nématodes à kystes, parasite des carottes, interdit en France depuis 2018. Ce pesticide est toxique pour la santé humaine et dangereux pour l'environnement selon l'Ineris (Institut national de l'environnement industriel et des risques).

L'enquête a mis au jour l'importation illégale d'Espagne de 80 tonnes de produit à base de ce pesticide utilisées dans le secteur de Créances, réputé pour ses carottes. Deux des prévenus doivent répondre de mise sur le marché en bande organisée de produits phytopharmaceutiques ne bénéficiant pas d'une autorisation, et de publicité ou recommandation de ces produits. Un des maraichers est poursuivi également pour blanchiment aggravé, soit aide à la justification mensongère de l'origine des biens de l'auteur d'un délit. Le procès doit durer trois jours mais les avocats de la défense se succédaient mercredi pour plaider la nullité de la procédure ou l'ouverture d'une instruction.

Dans le cadre de cette enquête, vingt personnes avaient été auditionnées les 4 et 5 novembre, en garde à vue ou en auditions libres, dans la Manche, le Gard et les Pyrénées orientales, selon le parquet. « La majorité des personnes mises en cause » ont « reconnu avoir participé à l'importation et à l'usage de ce produit phytosanitaire », avait indiqué le parquet. Mi-décembre le tribunal administratif de Caen a donné tort en référé à certains de ces maraichers qui demandaient la suspension de procès verbaux ordonnant la destruction d'une partie de leur production.

Dans un communiqué; la FDSEA de la Manche a estimé mercredi « un peu facile de jeter l'opprobre » sur ces producteurs. Le syndicat critique la « suppression arbitraire, depuis trois ans, d'un traitement adéquat » et déplore que les « enveloppes promises en compensation des préjudices (...) n'ont toujours pas été versées aux producteurs ».

Annick Briand, qui représente la Confédération paysanne partie civile au procès, a estimé auprès de l'AFP que les prévenus « jettent un discrédit sur l'ensemble de la profession agricole » alors qu'ils sont selon elle une « minorité » de producteurs de carottes de Créances à ne pas avoir respecté les règles.

« Le dichloropropène est interdit par l'Union européenne depuis 2009. Une dérogation en France a été accordée jusqu'en 2018. Donc ça fait dix ans que ces producteurs auraient dû anticiper un changement de système, comme l'ont fait les autres. On peut pas parler de surprise », a ajouté cette maraîchère bio.

L'alternative consiste à sortir de la monoculture en favorisant une rotation des cultures et utilisant des cultures pièges, a-t-elle précisé. Mais « c'est vrai qu'il y a eu des chutes conséquentes de rendements, des pertes de chiffre d'affaires. Certains producteurs de carottes ont arrêté leur activité », a ajouté Mme Briand.

Des dérogations à l'utilisation du dichloropropène continuent à être accordées à l'Espagne, l'Italie, le Portugal et Chypre qui ont aussi des cultures sur terres sableuses, selon la Confédération paysanne. France nature environnement (FNE) est également partie civile. Mi-décembre le tribunal administratif de Caen avait donné tort en référé à certains de ces maraîchers qui demandaient la suspension de procès verbaux ordonnant la destruction d'une partie de leur production.


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