Notre-Dame-des-Landes Six mois après l'abandon, l'ex-Zad en mutation

AFP

Six mois après l'abandon du projet d'aéroport à Notre-Dame-des-Landes (Loire-Atlantique) et un printemps marqué par des expulsions, l'ancienne Zad opère pas à pas sa transition vers un territoire purement agricole, mais le chemin reste long avant sa totale « normalisation ».

L'ex-emprise aéroportuaire, zone d'aménagement différé (Zad) que les anti-NDDL avaient rebaptisée « zone à défendre », prend progressivement des allures de campagne ordinaire, malgré les « Zad » qui barrent les panneaux de signalisation et les épaves de voitures ou les pneus qui jonchent les bas-côtés des voies secondaires. Sur les deux axes principaux, les stigmates des affrontements d'avril-mai entre « zadistes » et gendarmes mobiles ont eux disparu. Remises en état, ces routes départementales, dont la fameuse D281, l'ex-« route des chicanes » fermée en 2012, sont ouvertes à la circulation depuis un mois, sans difficulté notable. « En six mois, c'est quand même un changement radical et visible à l'œil nu », souligne la préfète des Pays de la Loire, Nicole Klein, qui avait fait de cette route le symbole du « retour à l'état de droit » sur ce site.

« Aucun » des 39 squats évacués et démolis au printemps, lors d'une intervention qui a mobilisé jusqu'à 2 500 gendarmes mobiles, « n'a été reconstruit », se félicite également la préfète. Pour un occupant de la Zad, « ce qui a été profondément modifié, c'est l'aspect totalement illégal d'une grosse partie de l'expérience collective qu'on mène ici » puisque quinze projets agricoles portés par des « zadistes » ayant mis « un peu d'eau dans leur vin » ont été régularisés par l'État début juin. Ces projets, couvrant environ 140 hectares des 1 250 ha de surface agricole exploitable de l'ex-Zad, font pour l'instant l'objet de conventions d'occupation précaire (COP). Valables jusqu'à la fin de l'année, ces conventions pourront soit être renouvelées soit être transformées en baux, une fois éclaircie la question de la redistribution définitive des terres, que l'État veut vendre.

Le tribunal de Saint-Nazaire a ordonné jeudi la rétrocession de 150 hectares à une trentaine d'anciens propriétaires expropriés, une restitution qui devrait être effective « à l'automne », selon leur avocat Etienne Boittin. Le conseil départemental de Loire-Atlantique, qui avait acquis, puis revendu à l'État pour cinq millions d'euros de terres et de bâti va lui racheter environ 85 % de la surface totale, après le feu vert du Premier ministre. La valeur de ces biens doit être évaluée à l'automne, avant une rétrocession début 2019.

« Régularisation complète fin 2020 »

Le département deviendra ainsi le principal propriétaire foncier de l'ex-Zad, et son président Philippe Grosvalet (PS), fervent défenseur de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes, a assuré qu'il « poursuivrait l'action de l'État » sur le projet agricole. « Pour l'instant, ce sont de belles promesses, on reste prudent face à quelqu'un qui a été notre adversaire pendant des années », objecte Kevin, ex-habitant des « 100 Noms », l'un des habitats rasés au printemps. Des occupants et des paysans s'apprêtent à lancer un fonds de dotation pour acheter des terres, afin de donner la priorité à l'installation plutôt qu'à l'agrandissement de fermes existantes, et tenter de maintenir des activités agricoles, artisanales et de redistribution « non conventionnelles » et interdépendantes entre elles.


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