[Point de vue] Patrick Ferrère, AgriDées « Vous avez dit agribashing ? »

Patrick Ferrère Terre-net Média

Comment réagir face à l’agribashing ambiant ? Patrick Ferrère, délégué général du think tank AgriDées, suggère plusieurs pistes. Parmi elles : expliquer davantage au grand public toute l’ampleur des règles de la conditionnalité des aides et celles relevant du bien-être animal, et exiger plus de transparence sur les responsabilités respectives des différents acteurs de la chaîne alimentaire.

Selon Patrick Ferrère, l'agribashing tient notamment à la méconnaissance des citoyens concernant les nombreuses règles que doivent respecter les agriculteurs dans l'exercice de leurs pratiques (conditionnalité des aides, bien-être animal, etc.).Selon Patrick Ferrère, l'agribashing tient notamment à la méconnaissance des citoyens concernant les nombreuses règles que doivent respecter les agriculteurs dans l'exercice de leurs pratiques (conditionnalité des aides, bien-être animal, etc.). (©@agri_zoom) 

« Agribashing, un nouveau mot à la mode. Une situation que tous les responsables professionnels et de nombreux responsables politiques regrettent et condamnent.

Mais, au-delà, de quoi s’agit-il ?

De multiples enquêtes et plusieurs sondages mettent en valeur une forte montée de la perte de confiance des consommateurs français dans leur alimentation. Pourtant, en parallèle, nos concitoyens sont presque 80 % à déclarer leur affection pour les agriculteurs et pour leur métier proche de la terre, touchant au vivant, respectueux du temps et des saisons.

Patrick Ferrère, délégué général de Saf Agr'iDéesPatrick Ferrère, délégué général de Saf Agr'iDées (©M. Dupont-Sagorin)

Ce point de vue reproduit ici a été publié sur le site du think tank AgriDées.

Aussi, certains expliquent que comme pour d’autres sujets, notre société est schizophrène avec des prises de positions antinomiques quant à la perception de leur alimentation et l’appréciation de ceux qui en sont à l’origine.

Ce n’est pas si sûr ! L’agribashing à l’encontre des producteurs agricoles vient en grande partie de la méconnaissance de leur travail et de son encadrement. Les producteurs sont soutenus par des aides publiques. Mais celles-ci sont conditionnées au respect de nombreuses normes, réglementations, obligations concernant le respect de l’environnement et le bien-être animal. Quel pourcentage de la population le sait ? L’ambiance générale est plutôt de croire que les agriculteurs font ce qu’ils veulent dans leurs fermes et que, dès qu’une nouvelle obligation ou contrainte est demandée, ils y sont opposés.

Ainsi, gageons que si une grande campagne de communication était organisée sur ces règles de conditionnalité et de bien-être animal imposées aux producteurs, les consommateurs seraient plus enclins à aligner leur satisfaction de la qualité des produits sortants des exploitations agricoles sur leur appréciation du métier de paysan.

« Les agriculteurs n’ont pas à rougir de la qualité de leurs productions »

Aujourd’hui, toutes les activités se doivent d’être transparentes et lorsque nous découvrons des éléments cachés, le doute s’installe très vite. Les agriculteurs n’ont pas à rougir de la qualité de leurs productions : il faut surtout le faire savoir et la mobilisation des acteurs privés et publics à cette fin doit permettre de réaliser une belle et puissante campagne de communication sur cette réalité.

Et, certes la France peut l’engager pour ses producteurs mais, les règlements à appliquer étant européens, c’est au niveau de l’Union Européenne que cela pourrait être fait : une fierté pour les agriculteurs et une justification des soutiens publics alloués au respect de ces règles qui handicapent la compétitivité du secteur agricole européen faces à des conditions de production bien différentes et plutôt liberticides dans les pays-tiers.

À chacun dans les filières alimentaires d’assumer ses erreurs et responsabilités.

Enfin, nous avons pris une mauvaise habitude : faire porter sur l’agriculteur la responsabilité des accidents ou fraudes constatées dans nos produits alimentaires. Pourtant, quand on nous annonce que tel ou tel produit doit être retiré des rayons des magasins, le produit agricole, premier maillon de la chaîne, était d’excellente qualité. À chacun dans les filières alimentaires d’assumer ses erreurs et responsabilités. Faire porter l’opprobre sur le producteur n’est pas correct, et, ne pas corriger cette tendance est preuve d’une méconnaissance des uns ou irrespect des autres.

Les agriculteurs ne sauraient être condamnés d’un manque d’engagement vis à vis de la nature et de l’environnement. Il faut porter à la connaissance du plus grand nombre les obligations et contraintes du métier d’exploitant agricole par une communication grand public ; mais aussi, chaque maillon dans la chaîne d’élaboration de notre alimentation doit être transparent dans ses pratiques, et avoir le courage d’assumer ses propres responsabilités.

Autant de solutions pour mettre fin à une situation nommée par ce mot peu agréable : l’agribashing. »


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