OMC Europe et Etat-Unis sous la pression sur les subventions agricoles

AFP

MONTREAL, 29 juil (AFP) - Accusés de ruiner les paysans du Sud par leurs subventions agricoles, l'Europe et les Etats-Unis ont commencé à se positionner sur le sujet mardi à Montréal, alors que les pays en développement menaçaient de tout bloquer à l'OMC s'ils n'obtenaient pas des concessions importantes.

Mardi, lors d'un mini-sommet de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) plusieurs représentants de pays en développement (PVD) ont clairement affirmé que l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis devaient s'engager franchement à réduire leurs subventions agricoles, qui font baisser les prix agricoles mondiaux et ruinent les agricultures traditionnelles des PVD.

Mise en cause, l'UE a assuré qu'elle était prête, selon un porte-parole, à "réduire de 60% ses subventions agricoles internes" grâce à la récente réforme de la politique agricole commune (PAC), sans cependant préciser comment était établi ce chiffre.

Les Américains se sont de leur côté gardés de dévoiler leurs propositions, en estimant avoir déjà proposé "depuis un an" une baisse générale des subventions internes au niveau mondial "qui permettrait de mener à bien la réforme de politique agricole nécessaire", a expliqué un porte-parole.

Ces prudentes déclarations ne sont toutefois pas de nature à satisfaire les PVD, qui estiment que les deux géants commerciaux doivent s'engager à réduire toutes leurs subventions (internes et aides à l'exportations) et ouvrir davantage leur marché, comme ils s'y étaient engagés en novembre 2001 à Doha, lors du lancement du cycle de négociations commerciales actuel, qui doit en principe s'achever fin 2004.

Faute d'un engagement ferme dans le domaine agricole, ont répété plusieurs de leurs représentants mardi, c'est l'ensemble du cycle de négociations qui sera menacé.

"Il faut regarder quel est le mandat de Doha. Les Etats-Unis et l'UE doivent s'engager sur l'ensemble du volet agricole. L'UE a fait un pas en avant, mais elle n'a pas fait assez spour réduire ses aides à l'exportations", a estimé la ministre chilienne du Commerce, Maria Soledad Alvear Valenzuela.

Quant aux Etats-Unis, "on n'a pas encore la clarté nécessaire" pour apprécier leurs position", a-t-elle ajouté.

La position des Etats-Unis est difficile sur ce point, selon plusieurs observateurs. Au printemps, le président George Bush a accordé plus de 180 milliards de dollars de subventions internes sur dix ans à ses agriculteurs.

"Et l'on voit mal comment il pourrait, en raison des négociations à l'OMC, revenir sur ce projet voté par le Congrès, de surcroît au moment de briguer un second mandat de président", a observé mardi un spécialiste du dossier.

Or "si nous n'obtenons pas quelque chose sur les trois volets, nous ne serons pas prêts à nous engager dans les autres domaines de la discussion", notamment sur les sujets dits de Singapour (investissement, concurrence)" que les Américains et Européens veulent négocier lors de la réunion ministérielle de l'OMC en septembre à Cancun, a prévenu la ministre chilienne.

Mardi après-midi, les discussions ont porté sur les droits de douanes industriels et le traitement différencié des pays en développement, sujet sur lesquels aucun accord n'a été trouvé jusqu'ici, dans un domaine qui concerne la grande majorité des échanges mondiaux.

"Des pays comme les Etats-Unis, l'UE et le Japon demandent plus de flexibilité, c'est-à-dire de baisse de droits de douanes, aux PVD. Or ces derniers demandent que plusieurs secteurs en soient exemptés", résume un responsable de l'OMC.

Le peu d'avancées dans les discussions a sans doute conforté les militants altermondialistes, mobilisés dans les rues de Montréal contre l'OMC qu'ils jugent à la solde des seuls pays riches et des multinationales. Mardi, entre 100 et 200 d'entre eux ont défilé pacifiquement aux abords de la réunion.



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