Montréal L'OMC supendue à l'agriculture sous la pression des PVD et des manifestants

AFP

MONTREAL, 29 juil (AFP) - Pressés de respecter leurs engagements à l'OMC en baissant leurs subventions agricoles, accusées de ruiner les paysans du Sud, l'Union Européenne et les Etats-unis poursuivaient leurs discussions mardi à Montréal, où une nouvelle manifestation altermondialiste a rassemblé moins de 200 personnes.

La réunion informelle de 25 pays, destinée à faire avancer politiquement les négociations de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) en panne sur les grands dossiers à un mois et demi de la réunion ministérielle de Cancun (Mexique), était toujours suspendue mardi midi aux discussions euro-américaines entamées ces derniers jours sur les subventions agricoles, considérées comme le dossier clé des discussions.

Invités lundi par le directeur de l'OMC, le Thaïlandais Supachai Panitchpakdi à "faire preuve de souplesse", l'Europe et les Etats-unis se trouvent également sous la pression grandissante des pays en développement, qui excluent tout accord global à Cancun si rien n'est fait dans ce domaine.

La réunion de Cancun doit faire le point sur le cycle de libéralisation de trois ans lancé fin 2001 à Doha (Qatar), qui concerne des domaines aussi variés que l'agriculture, les droits de douanes industriels, l'accès des pays pauvres aux médicaments ou la libéralisation des services et de l'investissement.

Or c'est tout l'édifice de Doha, censé être un "cycle du développement", qui serait menacé en cas d'absence d'engagement des pays du Nord sur le volet agricole, ont indiqué mardi plusieurs représentants des pays en développement.

"Si rien n'est fait pour baisser les subventions agricoles et faciliter l'accès de nos produits aux marchés du Nord, les pays en développement pourraient envisager en réponse de relever leurs droits de douane", a indiqué mardin matin Philip Kiriro, président de la fédération nationale des agriculteurs du Kenya.

"Les pays en développement sont plus revendicatifs aujourd'hui. Or à l'OMC, il suffit qu'un seul pays bloque pour faire échouer l'ensemble de l'édifice", prévient Raul Montemayor, de la fédération philippine des coopératives agricoles.

"Les Etats-Unis et l'Union européenne doivent répondre aux attentes des pays en développement, qui veulent un accord. Cette fois-ci, ils ne pourront pas les laisser sur le bas côté", ajoute-t-il.

La balle apparaît donc clairement dans le camp de l'Europe et des Etats-Unis, qui s'étaient engagés à Doha sur le principe de l'élimination à terme de ces subventions, en veillant à les diminuer "de manière substantielle" au cours du cycle de négociations.

Mais il semble que les deux plus gros fournisseurs de subventions agricoles mondiaux soient encore loin d'un accord sur le sujet, chacun estimant que l'autre doit faire le premier pas en ce sens.

L'Union européenne estime ainsi avoir fait le nécessaire en réformant sa politique agricole commune (PAC) en juin dernier, qui découple le niveau des aides de celui de la production. "Cela ne sert à rien que l'Union européenne se déshabille si les Etats-Unis restent habillés", a ainsi déclaré lundi le Commissaire européen au Commerce, le Français Pascal Lamy.

Reste à voir la position des Etats-Unis, qui n'apparaissent -selon plusieurs observateurs- guère disposés à baisser leurs aides agricoles, alors que des élections sont prévues en 2004.

Le peu d'avancées dans les discussions a sans doute conforté les militants altermondialistes, mobilisés dans les rues de Montréal contre l'OMC qu'ils jugent à la solde des seuls pays riches et des multinationales.

Alors que plus de 230 manifestants avaient été arrêtés lundi, entre 100 et 200 militants altermondialistes ont défilé pacifiquement mardi matin.



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