Sucre La libéralisation condamne l'île Maurice à restructurer son économie

AFP

PORT-LOUIS, 7 oct (AFP) - L'île Maurice, un des pays africains les plus prospères, doit aujourd'hui restructurer son économie en vue de la suppression des préférences commerciales accordées par l'Union européenne et qui ont bâti son succès économique.

Cette petite île de l'océan Indien doit en plus affronter de plein fouet la concurrence des pays asiatiques, dont l'Inde et la Chine dans le secteur du textile.

"La libéralisation du commerce mondial et les règles de l'OMC (Organisation mondiale du commerce) forcent les autorités mauriciennes à revoir leur stratégie par rapport aux deux principaux piliers économiques de l'économie mauricienne, l'industrie sucrière et l'industrie textile", explique le vice-Premier ministre Pravind Jugnauth.

Maurice bénéficie d'un quota d'exportation de 500.000 tonnes de sucre sur le marché européen, dans le cadre des accords de partenariat entre l'Union européenne et les 77 pays d'Afrique, des Caraïbes et du Pacifique (ACP) qui sont reconduits depuis le milieu des années 70.

Ces accords garantissent aussi un prix préférentiel, aligné sur celui offert aux producteurs sucriers européens.

Mais "le processus de libéralisation commerciale que préconise l'OMC exerce une pression croissante sur le régime sucrier européen et menace l'accès préférentiel du sucre en provenance des pays ACP sur le marché européen garanti par le protocole sucre", reconnaît Pravind Jugnauth.

Plusieurs pays, dont l'Australie et le Brésil, ont porté plainte devant l'OMC contre la politique sucrière européenne, jugée illégale.

"Des jours difficiles attendent aussi le textile mauricien avec le démantèlement prochain de l'accord multifibre en 2005", qui accorde un avantage tarifaire aux pays exportateurs de textile sur le marché européen, estime un industriel mauricien qui a requis l'anonymat.

"Les producteurs mauriciens de textile vont se retrouver en situation de concurrence avec les producteurs comme la Chine, le Bangladesh et l'Inde", ajoute-t-il.

"Malgré tous nos efforts pour convaincre la communauté internationale de la nécessité de maintenir les régimes préférentiels pour les pays vulnérables comme Maurice, force est de constater que la globalisation va continuer à s'accélérer entraînant une compétition plus dure sur le marché international", poursuit-il.

"Nous n'avons pas le choix", reconnaît le secrétaire adjoint de la chambre de commerce et d'industrie de Maurice, Rajiv Servansingh. "Il s'agit aujourd'hui de (...) nous adapter à la compétition internationale féroce découlant de la libéralisation du commerce mondial, sans être dépendants de préférences commerciales", poursuit-il.

Pour le secrétaire général de la chambre d'agriculture de Saint-Louis, Jean-Noël Humbert, "un petit pays comme Maurice ne peut être sujet aux mêmes règles qui sont appliquées aux grands pays développés et aux grands pays en développement".

Sur le plan international, le ministre mauricien de l'Industrie et du Commerce international, Jayen Cuttaree, milite en faveur de la création d'un fonds européen pour aider les pays ACP à restructurer et à moderniser leur industrie du textile et de l'habillement.

Il a évoqué ce sujet la semaine dernière à Bruxelles avec le commissaire européen au commerce Pascal Lamy et son homologue au développement, Poul Nielson.

Le nouveau gouvernement dirigé par Paul Bérenger et les dirigeants de secteur privé mauricien doivent eux-aussi se pencher sur ces questions le 18 octobre.



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