OMC Une goutte d'ouverture sur l'agriculture dans un océan de divergences

AFP

MONTREAL, 30 juil (AFP) - A six semaines de la réunion ministérielle de l'OMC à Cancun, les Etats-Unis et l'Europe ont évoqué à Montréal de possibles accords sur l'agriculture et les médicaments, au terme d'une réunion qui a pourtant confirmé de fortes divergences entre pays sur l'ensemble des dossiers.

Au terme d'une réunion informelle de 48 heures de 25 pays membres de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) représentant 75% de la population et 70% des échanges commerciaux mondiaux, l'Union Européenne (UE) et les Etats-Unis se sont donnés jusqu'au 11 août, date du début des dernières négociations pré-Cancun à Genève, pour jeter les bases d'un accord destiné à réduire leurs subventions agricoles, qui ruinent les paysans du Sud en maintenant les prix mondiaux artificiellement bas.

"Il y a une piste de solution dans ce sens", a estimé le ministre canadien du Commerce Pierre Pettigrew, hôte de la réunion, en précisant que le représentant américain au Commerce Robert Zoellick et le commissaire européen au Commerce Pascal Lamy, avaient "commencé à élaborer" un avant projet en vue de la "dernière ligne droite" de Genève.

Ce projet d'accord entre les deux plus gros pourvoyeurs mondiaux de subventions agricoles, dénoncées par les autres pays de l'OMC, devrait passer par "un mélange de différentes formules de réduction des subventions agricoles" (soutiens internes, subventions aux exportations et accès aux marché), a indiqué M. Zoellick.

Reste à s'accorder sur les modalités de cette baisse, chacun affirmant qu'il ne réduira ses aides que si l'autre le fait suffisamment à son goût, pour parvenir à trouver un accord qui sera à la fois technique et politique.

Les pays en développement (PVD) ont en effet clairement réaffirmé à Montréal que le reste des négociations de Cancun (une trentaine de sujets) passait par une baisse substantielle des subventions agricoles.

Quel que soit l'éventuel accord, il risque d'être bien moins ambitieux que la "réduction substantielle des subventions, en vue de les éliminer" prévue en novembre 2001 à Doha lors du lancement de ce cycle de négociation de trois ans.

Des avancées pourraient également avoir lieu sur un autre sujet très important aux yeux des PVD: l'accès des pays pauvres aux médicaments, en suspend depuis le refus en décembre dernier par les Etats-Unis de signer un texte de compromis ratifié par les 145 autres pays de l'OMC.

Un compromis pourrait passer par l'ajout d'une "déclaration de confort" destinée à rassurer l'industrie pharmaceutique américaine sur le respect du droit des brevets, qui promettrait également d'âpres négociations.

Sur les droits de douanes industriels, qui représentent 80% du commerce mondial, les désaccords demeurent entre une moitié de l'OMC favorable à une harmonisation générale à la baisse (Etats-Unis, groupe de Cairns, Suisse notamment) et l'autre pour des niveaux de droit de douanes plus différenciés (UE, Japon, Inde et d'autres PVD).

Enfin, des désaccords forts restent sur l'ouverture à Cancun de négociations sur la libéralisation des sujets dit "de Singapour" (investissement et concurrence...), souhaité au Nord, et dont les PVD se méfient.

Globalement, "on est encore loin du réchauffement global", a admis M. Lamy.

Réchauffement ou pas, les Organisation non gouvernementales (ONG) ne manqueront pas de critiquer une réunion "qui n'a pas débouché sur des règles de commerce plus équitables ou l'accès aux médicaments à bas prix pour les pays ravagés par les épidémies scommele Sida", a déploré Mark Fried, d'Oxfam international.

Principaux concernés par ces thèmes, les délégués des pays pauvres, notamment africains, ont surtout brillé par leurs discrétion à Montréal.

Dans la rue, la pression des militants altermondialiste n'a guère été massive, avec des rassemblements de quelques centaines de personnes. Il est vrai que dès lundi soir, la police de Montréal avait incarcéré 238 manifestants.



© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Contenu pour vous