Var Au Thoronet, vendanges du rosé au clair de lune

AFP

LE THORONET (Var), 21 sept 2004 - Lampe vissée sur la tête à la manière des mineurs, une vingtaine de vendangeurs parcourent les rangées de vignes dans la nuit étoilée: dans le domaine de l'Abbaye, au Thoronet, le raisin destiné au rosé se cueille "à la fraîche" car il ne doit pas "prendre couleur".

"Nous n'avons pas de système de refroidissement du raisin", raconte Franc Petit, 64 ans, propriétaire haut en couleur des 30 hectares de vigne classés en AOC Côte de Provence du domaine. "Le raisin, cueilli à la main, est vendangé la nuit pour qu'il reste frais naturellement", poursuit-il. "Si on le ramasse le jour, il est trop chaud, fermente trop vite et prend trop de couleur", explique le chef de culture, David Bondareff, l'un des six employés travaillant à l'année sur l'exploitation. "En plus, on évite toute manipulation supplémentaire par des machines à refroidir".

Les vendanges, qui durent environ 17 jours, ont débuté le 15 septembre. Dans les rangées de ceps, tonne la voix gouailleuse de titi parisien de Franc Petit, houspillant sa troupe de "20 mecs qui veulent pas travailler": "Enlève moi ces feuilles, c'est pas bon ça", "où t'as mis ton seau, t'en avais trois tout à l'heure", "viens là, et que ça saute"... "Ouh là là, le patron nous a tués", rigole un saisonnier au moment du café. "Les vendanges, c'est très difficile, surtout la nuit mais l'avantage c'est qu'on est mieux payé", explique un autre.

Parmi les saisonniers, figurent des Polonais, des Espagnols, des Marocains et des Algériens payés entre 1.100 et 2.000 EUR selon qu'ils sont conducteurs de machines, cueilleurs ou porteurs de seaux. S'y ajoutent deux stagiaires sénégalais venus six mois sous contrat OMI (Office de migrations internationales, permettant aux employeurs de recruter pour des durées déterminées des travailleurs saisonniers). "On a de plus en plus de mal à recruter des saisonniers français", explique Claude Petit-Bonnes, l'épouse de Franc, chargée de la commercialisation.

L'un des deux stagiaires, Boubacar Diallo, 34 ans, espère un jour "faire de la vigne au Sénégal", où elle est quasi inexistante, "après avoir appris ici les techniques". "Le gouvernement sénégalais, qui veut favoriser la diversification de l'agriculture, attribue des terres à ceux qui y sont prêts", déclare-t-il. La journée de travail débute vers 02H00 et s'achève vers 10H00. Le domaine, dont le chiffre d'affaires tourne autour de 690.000 EUR et dont 20% de la production est exportée, produit 180.000 bouteilles par an, dont 100.000 de rosé (cépages Cinsault, Grenache et Syrah), 40.000 de rouge (Cabernet-Sauvignon, Syrah et Grenache) et 20.000 de blanc (Ugni blanc, Rolle). Le blanc est également cueilli la nuit, seul le rouge est vinifié normalement.

La technique de cueillette nocturne s'est répandue en Provence ces dernières années, explique Franc Petit, un ancien horticulteur du Val d'Oise, qui a acheté le domaine en 1979 après avoir fait fortune dans les vêtements. "Le rosé, il y a 25 ans, c'était de la petite bibine qu'on buvait avec des glaçons. Aujourd'hui, c'est du vin de rosé" qui doit être clair et léger.



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