France Une sécheresse aussi sévère que celle de 1976 n'est plus exclue

AFP

Une sécheresse aussi sévère que celle de 1976 n'est désormais plus à exclure mais les pouvoirs publics sont mieux préparés qu'il y a 30 ans, selon le ministère de l'Ecologie.

Les précipitations ont été inférieures de 70 % à la normale en automne et en hiver dans une grande partie du pays (Poitou-Charente, Nord-Aquitaine, Midi-Pyrénées, Sud, Oise, Picardie). Ile-de-France, Bretagne et Normandie enregistrent des déficits de 20 à 50 %.

Une seule région, l'Auvergne, a été abondamment arrosée, les autres étant plus ou moins dans la normale. « En Poitou-Charente et en Paca, il a moins plu cet automne et cet hiver que dans l'hiver 1975-76 », note l'entourage du ministre de l'Ecologie, Serge Lepeltier.

Facteur aggravant, le manque d'eau de l'automne-hiver 2004/2005 fait suite à deux hivers déjà déficitaires, situation qui n'était pas celle de 1976. Du coup, les nappes phréatiques ne se sont pas rechargées et sont à un niveau extrêmement faible.

A partir d'avril, les pluies ne rechargent plus les nappes mais servent à la végétation et aux cultures, évitant d'autant le recours à l'irrigation. Conséquence de ce phénomène, deux scénarios sont désormais envisageables.

S'il se met à pleuvoir régulièrement et suffisamment à partir de maintenant et jusqu'à fin août, les nappes se maintiennent à leur niveau actuel et les cultures "ne grillent pas". Ou bien, comme en 1976, il ne tombe plus une goutte d'eau jusqu'à fin août, végétation et cultures "tirent" sur les nappes et celles-ci baissent encore.

Dans ce second scénario catastrophe, les pouvoirs publics sont mieux préparés qu'en 1976. Au niveau national le gouvernement a élaboré des plans sécheresse au printemps 2004 qui ont été activés cette année dès le 15 mars. « Ils permettent aux agriculteurs de savoir à quoi s'en tenir avant même l'entrée en vigueur des mesures de restriction de la consommation d'eau », souligne l'entourage de M. Lepeltier.

Fin mars, les préfets ont été invités à intervenir et six départements font déjà l'objet de mesures de limitation de la consommation. L'Oise et le Morbihan ont limité l'irrigation et les usages domestiques non prioritaires (lavage de la voiture, arrosage des jardins, remplissage des piscines). Deux-Sèvres, Charente, Charente-Maritime et Vienne ont restreint uniquement l'irrigation.

Les arrêtés de restriction sont prêts pour 60 autres départements, a précisé jeudi M. Lepeltier lors d'une conférence de presse, soulignant que c'était « la première fois » que de telles mesures étaient prises en amont, « dès le printemps ». Si le scénario catastrophe devient réalité, le ministre n'a pas exclu « des ruptures d'eau potable » cet été « dans certains départements », mentionnant expressément les Deux-Sèvres.

Au niveau local, les collectivités sont toutefois mieux équipées pour faire face à la pénurie qu'en 1976. « De nombreux villages et même des petites villes n'avaient alors que leur propre forage, tous les services d'eau étaient indépendants les uns des autres. Aujourd'hui, de nouveaux forages ont été réalisés, des retenues d'eau ont été réalisées pour ces situations d'urgence et surtout les services d'eau ont été mis en réseau », explique-t-on au ministère.

Les agriculteurs étant mieux sensibilisés, les prélèvements agricoles pour l'arrosage et l'irrigation, qui représentent 80 % de l'eau consommée durant l'été dans certaines régions comme le Sud-Ouest, pourront aussi être mieux maîtrisés. D'ores et déjà la crainte de la sécheresse a contribué à faire baisser les surfaces ensemencées en maïs ce printemps de 6 % en moyenne par rapport à 2004 et même de 10 % en Poitou-Charente. Les exploitants ont opté pour des cultures moins gourmandes en eau, pois et tournesol notamment.


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