Brexit A la recherche de l' impossible accord commercial

AFP

La seconde phase des négociations de l'UE avec Londres, portant sur la relation future, en particulier commerciale, s'ouvre lundi avec la présentation par le négociateur en chef européen, Michel Barnier, de ses priorités. Etats des lieux avant ces discussions. Les Britanniques sont entrés samedi dans une période de transition jusqu'au 31 décembre, pendant laquelle ils continuent d'appliquer les règles européennes. C'est pendant cette période que sera négociée la nouvelle relation.

Le mandat de négociation dévoilé par Michel Barnier devra être approuvé par les Etats membres lors d'une réunion ministérielle le 25 février. Les discussions pourront alors officiellement débuter. Le Parlement européen votera pour sa part une résolution, non contraignante, sur la relation future lors d'une session plénière à Strasbourg la semaine du 10 février.

Première échéance : le 1er juillet, date avant laquelle doit être décidé de prolonger ou non la période de transition -et donc de négociation- d'une ou deux années. Mais le Premier ministre britannique Boris Johnson a déjà rejeté une telle extension et l'a inscrit dans la loi. Un sommet UE/Royaume-Uni est d'ores et déjà prévu en juin pour « faire le point »

Accord limité

Si l'on tient compte du temps nécessaire à la ratification d'un accord, Londres et Bruxelles ne devraient disposer, au mieux, que de huit mois, de mars à octobre, pour parvenir à s'entendre. « C'est mission impossible », résume un diplomate européen.

Compte tenu de ces contraintes, l'UE ne pourra atteindre son objectif initial d'un «accord global» couvrant tous les aspects de la future relation (commerce des biens et des services, migration ou encore politique étrangère).

Une dizaine de tables de négociation thématiques seront ouvertes en parallèle, sur une dizaine de cycles de négociations de trois semaines: une de préparation, une de négociation et une de débriefing. Selon une source européenne, cela ne fait au total qu'« une quarantaine de jours de négociation pure ». Cela semble bien peu quand il a fallu des années à l'UE pour s'entendre avec le Canada, un partenaire autrement moins important que le Royaume-Uni.

Barnier à la manoeuvre

Certains dossiers devront être réglés impérativement avant le 31 décembre « sans quoi ils créeront une situation de rupture », a averti Michel Barnier. Bruxelles a pour priorité de parvenir en 2020 à des compromis sur la pêche, la sécurité intérieure et extérieure et surtout le commerce de biens. Le reste sera négocié plus tard.

En matière commerciale, Londres n'ambitionne de toute façon qu'un simple accord de libre-échange, à l'image de ceux négociés par l'UE avec le Canada ou le Japon. L'UE souhaite aussi que l'accord comprenne un mécanisme pour régler les différends, qui pourrait imposer des sanctions, voire suspendre le futur «deal» en cas de non-respect de ses dispositions.

M. Barnier a précisé que l'accord devait comprendre un texte destiné à s'assurer que Londres ne dérégule pas à son avantage son économie en matière environnementale, sociale, fiscale ou d'aides d'Etat.

Le risque de dumping britannique constitue la principale préoccupation de Bruxelles et des Etats membres, qui veulent que Londres commerce en suivant des règles du jeu équitables ("level playing field").

Certains Etats membres auraient aimé que les Britanniques s'alignent sur les règles de l'UE dans ces quatre domaines, puis s'adaptent de manière automatique aux changements de législation. Une demande jugée indispensable étant donnée la proximité géographique et économique du Royaume-Uni. Mais le ministre britannique des Finances, Sajid Javid, a déjà fait valoir « le droit à la divergence » réglementaire du Royaume-Uni. Et M. Johnson « a clairement indiqué qu'il veut un accord de libre-échange de type canadien sans alignement », rappelle un responsable britannique.

« Il va être difficile de maintenir l'unité européenne », estime un diplomate européen, les priorités des capitales n'étant pas les mêmes. Les pays de l'est de l'Europe attachent ainsi une grande importance aux biens industriels. D'autres, comme le Luxembourg, aux services financiers. La France, le Danemark, l'Irlande, la Belgique et les Pays-Bas tiennent, eux, à garder leur accès aux eaux britanniques pour la pêche, un sujet ultra-sensible qui sera scruté par les autres pays, inquiets des concessions à Londres.

La pêche devrait d'autant plus animer les discussions que Bruxelles semble conditionner l'ouverture des négociations purement commerciales à un accord dans ce domaine. Les deux parties ont d'ailleurs promis de s'entendre sur la pêche avant le 1er juillet.


© Tous droits de reproduction réservés - Contactez Terre-net


Tags

A lire également

Chargement des commentaires


Contenu pour vous