Tempête du 24 janvier, un agriculteur témoigne « Nous aimerions vite effacer tout ça »

Propos recueillis par Frédéric Henin et Leslie Gadal Terre-net média

Michel Sendra, viticulteur et céréalier dans l'Aude, a subi de plein fouet la tempête du samedi 24 janvier, dans un contexte viticole déjà peu favorable. Retour sur les conséquences pour lui de la catastrophe qui a balayé le Grand-Ouest.

Terre-net Média (Tnm) : Quels sont les dégâts occasionnés par la tempête du 21 janvier dernier sur votre exploitation ?

Carte d'identité

Michel Sendra, âgé de 31 ans possède une exploitation viticole en appellation Aoc Cabardès (environ 15 hectares) et céréalière biologique (20 à 30 hectares), sur la commune Villegailhenc au Nord-Est de Carcassonne.

Retrouvez le témoignage de Michel Sendra, joint par téléphone sur le Jewee du 30 janvier, en cliquant ICI.

Michel Sendra (M.S) : Le tunnel où était entreposé du matériel s’est écrasé sous la force du vent. Nous avions essayé de sortir du matériel, mais nous n’avons pas eu le temps. Nous avons dû sortir très vite. Le toit du silo également s’est envolé chez le voisin, et beaucoup d’arbres ont été arrachés. La veille de la tempête de fortes pluies, 50 mm d’eau à peu prés sont tombées, les sols étaient détrempés, tous les arbres n’ont pas résistés. Ils sont tombés sur l’exploitation, aux abords des vignes. Ils ont coupé des chemins, des ruisseaux.

Tnm : Comment gérez vous l’après tempête ?


Le tunnel où était entreposé du matériel s’est écrasé sous la force du vent.  (© Michel Sendra)
M.S : Nous déblayons, nous tronçonnons, nous  débarrassons, nous n'arrêtons pas. Pendant le week-end nous avons  fait ça familialement.  L’embêtant, c’est que le temps ne nous accompagne pas. Tous les jours ou tous les deux jours, il pleut. Nous prenons donc du retard pour remettre les choses en l’état. C’est un petit peu démoralisant parce que nous aimerions vite effacer tout ça et repartir. Nous avons beaucoup de travail sur l’exploitation. Mais l’embêtant aujourd’hui c’est que nous devons attendre les experts des assurances pour le matériel. Nous ne devons rien toucher. Où j’avais le tunnel, en attendant le matériel est dehors, il prend la pluie, il s’abîme.

Tnm : Qu’attendez-vous du gouvernement ?

« On aurait dit qu’un train passait dans la maison »

« Le vent a commencé à souffler assez fort le matin. Comme nous y sommes habitués, nous ne nous sommes pas inquiétés. Avant 14h, nous n’étions pas classés en alerte rouge. En début d’après midi, le vent a commencé à être assez fort, avec des effets de bourrasques. On aurait dit qu’un train passait dans la maison. L’exploitation avait eu peu de dégâts en 1999, la tempête a été plus violente cette fois. »
M.S : Premièrement, nous espérions depuis plusieurs jours être classés en zone sinistrée, chose qui a été faite. Sinon, le gouvernement souhaite remettre en question le plan de calamité, pourtant aujourd’hui nous pouvons mesurer une fois de plus son utilité. Tous les agriculteurs ne pourront pas s’assurer sur des gros risques comme la tempête dernière. Au niveau viticole, les exploitations sont déjà en difficulté. Le secteur est en crise depuis 5 ans. On rogne partout. Tous les produits phytosanitaires, les engrais ont augmenté de 30%. Sur la même période, notre revenu a diminué de 30%, voire 40% ou 50% suivant les secteurs. Ainsi, au niveau des assurances nous souscrivons au minimum. Nous ne pouvons pas nous permettre d’encore s’assurer en plus. Ce fonds là est donc indispensable pour assurer les personnes qui ne peuvent pas se le permettre. Il garantira de disposer d’une indemnisation minimale en cas de gros dégâts ou de tempête.

Tnm : Quel bilan tirez-vous à la suite de cette tempête et quelles sont vos perspectives d’avenir ?

M.S : Je commence à me poser des questions. Il y a eu 2 tempêtes en moins de 10 ans. C’est beaucoup en si peu de temps. J’en tire donc des conclusions par rapport à mon exploitation. Nous allons repenser certaines choses en ce qui concerne les bâtiments, afin d’éviter qu’ils ne retombent. Des travaux d’élagage sont aussi envisagés sur des arbres que nous ne prenions pas en compte auparavant. Plein de choses vont être revues.

Au niveau climatique, je me demande d’où ça vient. Deux tempêtes comme cela en moins de 10 ans, ça fait beaucoup. C’est de l’argent de l’exploitation qui est dépensé. Si une troisième tempête de ce type en moins de dix ans arrivait, elle occasionnerait de trop gros frais sur l’exploitation. Nous ne pourrons pas le supporter.

« On reprend le sourire quand on voit tous les collègues qui appellent »

« Via le réseau JA, des collègues du département, des voisins, même des autres départements, dans le Gard ou le nord de la France nous appellent. Ils nous demandent si on veut qu’ils viennent sur les exploitations nous redresser tout ça, ça redonne le moral.

Concrètement, j’ai reçu des appels téléphoniques pour remplir des fiches par rapport aux dégâts que j’ai subis, mes besoins en main d’œuvre et en matériel. En fonction des besoins, ils nous envoient des gens qui conviennent par téléphone de dates pour se rendre sur l'exploitation nous aider à dégager le plus gros ou à démonter certaines choses.

Au niveau du réseau, tout est en train de se mettre en place. Les membres des Ja des départements qui n’ont pas été touchés sont en train de se mobiliser. Je pense qu’ils feront des bus pour venir aider ceux qui ont eu les plus gros des dégâts. »


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